La première description d’une association entre thrombose
veineuse profonde (TVP) et maladies inflammatoires chroniques de
l’intestin (MICI) date de 1936. De récentes études ont montré que
le risque de TVP était, chez ces malades, multiplié par un
coefficient variant de 1,5 à 7. De plus, les embolies pulmonaires
(EP) sur un tel terrain seraient plus souvent fatales.
Les auteurs ont voulu, sur l’année 2008, vérifier les résultats
d’un protocole de qualité de soins, observé par 170 centres
américains d’excellence, sur les porteurs de MICI, que leur
intervention ait intéressé ou non le tube digestif, (pour éliminer
le biais de la poussée aiguë), et en prenant en compte les
pathologies associées. Ils ont retenu, sur plus de 271 000
dossiers, 2 249 MICI, dont 1 146 maladies de Crohn ou iléites
régionales. Pendant la même année, dans les mêmes centres, plus de
84 000 sujets ont subi une intervention sur l’intestin (dont plus
du ¼ sur l’appendice). Sur tous ces patients, on a noté
l’occurrence dans les suites opératoires de TVP, EP, et décès dans
les 30 j.
On a constaté la survenue de TVP ou de PE chez 57 opérés de
MICI, soit 2,5 % à comparer avec une incidence de 1 % sur les 270
000 patients opérés d’autre chose. En revanche, le risque
d’infarctus du myocarde ou d’accident vasculaire cérébral est
similaire avec ou sans MICI. La MICI sévit davantage chez les
Blancs ou Hispaniques que chez les Noirs, et atteint des sujets
plus jeunes (âge moyen 43 vs 55 ans), davantage en surpoids, plus
souvent consommateurs de tabac et de corticoïdes, mais quand même
d’un stade ASA (American Society of Anaesthesiology)
meilleur (1 ou 2), et ayant au total une mortalité opératoire
légèrement plus faible, malgré un taux de sepsis supérieur.
En analyse multivariée, même après prise en compte des variables
parasites (âge, indice de masse corporelle, prise de corticoïdes),
la présence de MICI double le risque de maladie thromboembolique,
et c’est un des facteurs les plus discriminants en ce sens (avec
l’infection postopératoire). En revanche, la présence de TVP ou de
PE ne modifie pas la mortalité des opérés de MICI (8,7 %).
Dans le sous-groupe des 100 patients porteurs de MICI ayant subi
une intervention non intestinale, on constate encore un risque de
maladie thromboembolique de 5 %, vs 0,8 % chez 213 402 patients
sans MICI, soit un risque quintuplé !
Peut-être faudrait-il reconsidérer la prophylaxie anticoagulante
en cas de maladie inflammatoire chronique de l’intestin.
Dr Jean-Fred Warlin
Merrill A, Millham F : Increased risk of postoperative deep vein thrombosis and pulmonary embolism in patients with inflammatory bowel disease. Arch.Surg. 2012; 147: 120-124.
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