Si le diabète compte, dans différents travaux, pour un tiers des
cas de gastroparésie (GP), la prévalence de la GP chez les
diabétiques est mal connue, variant selon qu’elle est déterminée en
mesurant le temps de vidange gastrique (estimée alors de 30 à 50 %
chez les patients diabétiques de type 1 depuis longtemps), ou
repose sur l’existence de symptômes (estimée alors de 5 à 83 %).
Des auteurs danois ont dans ce contexte cherché à évaluer plus
précisément la prévalence de la gastroparésie chez les patients
ayant un diabète de type 1 (DT1), en cotant la symptomatologie liée
à la GP.
Une prévalence de près de 10 %
C’est auprès de 1 028 diabétiques de type 1 suivis en
consultation externe au Steno Diabetes Center qu’a été menée
l’étude conduite par K Kofod-Andersen. Ces patients ont répondu à
un questionnaire adressé par mail (taux de réponse de 74,4 % ; n =
765 répondants) précisant l’existence, dans les deux semaines
précédentes, de symptômes de GP (nausées/vomissements ; sensation
précoce de satiété, de plénitude gastrique ; ballonnement),
et un indice de sévérité des symptômes a été établi.
Un score total GCSI (Gastroparesis Cardinal Symptoms
Index) égal ou supérieur à 1,90 affirmait la présence d’une
symptomatologie liée à la gastroparérie. Chez les 102 patients qui
avaient un tel score, a été attentivement recherchée une étiologie
autre que le diabète susceptible d’expliquer la GP, qu’il s’agisse
de pathologies (affections gastriques, post-chirurgicales ou non ;
affections neurologiques ; anorexie mentale ; connectivites ;
dysthyroïdie ; insuffisance surrénalienne ; hypokaliémie…) ou
de traitements médicamenteux ralentissant la vidange gastrique
(anticholinergiques, antidépresseurs, antagonistes calciques,
sédatifs, antipsychotiques, opiacés, dopaminergiques…). Une telle
étiologie a été retrouvée chez 30 patients, qui ont été exclus de
l’analyse, ramenant le nombre de patients ayant une symptomatologie
compatible avec une GP diabétique à 72 (9,8 %), le diagnostic
n’ayant été posé auparavant que chez 9 de ces derniers.
La médiane du score GCSI était de 0,71 (0,0-4,36). Chez les
diabétiques de type 1 atteints de gastroparésie (score GCSI ≥
1,90), les taux moyens d’hémoglobine glyquée étaient plus
élevés que chez ceux indemnes de GP (8,4 ± 1,3 % vs 8,2 ± 1,2 % ; p
= 0,02). L’analyse selon la présence ou l’absence de complications
du diabète montre, chez les patients atteints de GP, l’existence
plus fréquente d’une neuropathie périphérique (16,7 % vs 6,7 % ; p
< 0,001), d’une rétinopathie diabétiques (p = 0,006), en
comparaison de ceux ayant un DT1 n’ayant pas de gastroparésie,
ainsi qu’une tendance à la présence plus fréquente d’une
néphropathie diabétique (p = 0,08). Parmi les patients ayant une
GP, 26 % avaient aussi des manifestions d’une autre neuropathie
autonome (dysfonction érectile, entéropathie, neuropathie vésicale
ou cardiaque).
Davantage d’hypoglycémies sévères
C’est aussi une fréquence accrue d’hypoglycémies sévères, qui
est mise en évidence en cas de gastroparésie. Parmi les 433
diabétiques de type 1 pour lesquels les données intéressant les
hypoglycémies étaient disponibles, les 39 ayant une GP ont
rapporté, par semaine, en moyenne 2,2 ± 0,7 épisodes d’hypoglycémie
sévère, vs 1,5 ± 0,4 épisodes rapportés par ceux indemnes de GP (p
= 0,01), sans majoration observée du risque d’hypoglycémies
légères.
De cette étude, il ressort une forte prévalence des symptômes de
gastroparésie chez les patients atteints de diabète de type 1,
proche de 10 %, plus fréquente chez ceux dont l’hyperglycémie est
mal contrôlée, et atteints d’autres complications
microangiopathiques diabétiques. C’est sur le dépistage de la
gastroparésie en population diabétique qu’insistent les auteurs
(peu de cas avaient été reconnus dans la cohorte étudiée), ainsi
que sur ses conséquences : risque accru d’hypoglycémies sévères, de
malnutrition, de moindre absorption des médicaments,
d’hospitalisations, retentissant sur la qualité de vie.
Dr Julie Perrot
Kofod-Andersen K et coll. : Prevalence of gastroparesis-related symptoms in an unselected cohort of patients with type 1 diabetes. J Diabetes Complications, 2102 ; publication avancée en ligne le 28 mars (doi: 10.1016/j.jdiacomp.2012.02.009)
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