Genève, le samedi 16 juin 2012 – La lutte contre la
circulation croissante de faux médicaments a entraîné une
mobilisation accrue ces dernières années. Emergence d’une véritable
prise de conscience de l’importance du phénomène jusqu’aux plus
hautes sphères gouvernementales, collaboration plus active des
services de douane face à ce fléau et sensibilisation du grand
public notamment sur les dangers inhérents à l’achat de médicaments
sur internet ont notamment été au rendez-vous. Cependant, d’autres
outils doivent encore se développer pour parfaire cet arsenal,
notamment dans les pays pauvres, premiers touchés par cette
pratique crapuleuse. Ainsi, s’il existe des appareils de contrôle
permettant de déterminer la qualité d’un produit pharmaceutique,
ces dispositifs restent souvent peu accessibles aux pays en voie de
développement en raison de leur coût et de conditions d’utilisation
inadaptées aux spécificités du terrain. Pourtant, depuis 2006, des
chercheurs suisses œuvrent pour la mise au point d’un outil
répondant mieux à ces différents enjeux. C’est l’histoire cet
avènement que nous raconte l’un de ses artisans, le professeur
Pascal Bonnabry, pharmacien chef de la pharmacie des hôpitaux
universitaires de Genève (HUG).
Selon les rapports de l’Organisation mondiale de la santé (OMS),
les contrefaçons de produits pharmaceutiques représenteraient dans
certains pays, et tout particulièrement dans les pays émergents,
jusqu’à 60 % des médicaments vendus. On estime que 10 % du marché
mondial des médicaments serait à l’origine de millions de morts.
Ainsi, plusieurs millions de vies pourraient être sauvées chaque
année grâce à une lutte plus efficace contre ce trafic, plus
lucratif et moins risqué que celui des drogues illégales. L’Afrique
est particulièrement touchée : une boîte de médicaments sur trois
contient des substances sans principe actif, sous dosées ou
toxiques.
Un procédé pas tiré par les cheveux
Sensibilisé au problème de la contrefaçon, après avoir effectué
pour des sociétés privées des analyses de médicaments prélevés sur
des marchés au Pakistan et en Chine, le Dr Serge Rudaz de l’UNIGE
eut l’idée de développer un appareil de contrôle-qualité low-cost.
Les fabricants habituels de ce type d’appareils n’étant pas
intéressés par l’idée, il soumet son projet au Professeur Claude
Rohrbasser de l’école d’ingénieurs et d’architectes de Fribourg
(EIA-FR) rencontré lors d’un séminaire scientifique en septembre
2006.
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C’est donc en collaboration avec l’EIA-FR que sera développé un
nouvel appareil d’analyse peu coûteux, propre, robuste, fiable,
facile d’entretien et adapté aux conditions tropicales basé sur la
technique de l’électrophorèse capillaire. L'électrophorèse
capillaire (EC) est une méthode qui permet la séparation, la
détection et la quantification de composés inorganiques et
organiques tels que les médicaments, les protéines, les acides
aminés. La séparation des composés, au travers d’un capillaire, est
performante et rapide.
Un appareil adapté aux conditions d’utilisation des pays en
voie de développement
Courant 2008, et après la réalisation de plusieurs prototypes,
la version actuelle de l’ECBudget a été mise au point (ECB2). Tout
le travail de développement de l’ECB a consisté à simplifier et à
supprimer les éléments non strictement indispensables pour les
usages visés afin de pouvoir offrir un appareil coûtant moins de 10
000 francs suisses (soit environ 8 300 euros). De plus, la
maintenance technique a été simplifiée, les pièces de rechange sont
peu onéreuses et les quantités de solvants utilisés très faibles
(un millionième de litre par analyse), limitant ainsi son impact
sur l’environnement et son coût de fonctionnement.
Et ça marche !
De mai à octobre 2009, une étudiante du Tecnologico de Monterrey
(Mexique) a réalisé son travail de doctorat, en Suisse, sur le
thème du développement de méthodes d’analyses fiables des
médicaments contre la malaria, le Sida et les infections
bactériennes*. Une attention particulière a alors été portée à la
robustesse de l’appareil en vue de son envoi sur le terrain et au
développement de procédures d’analyses simplifiées pouvant être
réalisées avec succès par des techniciens de laboratoires. Les
résultats obtenus avec la dernière version de l’appareil dépassent
les prévisions. Les mesures obtenues sont comparables à celles
réalisées avec des appareils déjà présents dans le commerce. L’association Pharmelp a alors été
créée afin de coordonner et d’organiser le développement de ce
dispositif dans les pays émergents. L’objectif est de déterminer la
composition des médicaments, posant actuellement le plus de
problèmes et en vérifier le contenu. Pour ce faire Pharmelp
participe à : la mise à disposition (sous forme de prêt) d’un
appareil d’électrophorèse capillaire (ECB2), la formation, sur
place, du personnel à cette nouvelle technique analytique et le
transfert de connaissances sur les méthodes d’analyses développées
et validées en Suisse Actuellement, trois programmes ont été
déployés (Mali, Cambodge, Sénégal), deux projets sont en voie de
finalisation (Burkina, Congo) et un projet est en cours
d'élaboration (Côte d’Ivoire).
* Ce travail a été co-dirigé par les professeurs Claude
Rohrbasser et Pascal Bonnabry et le docteur le Dr Serge
Rudaz.
Professeur Pascal Bonnabry
Pharmacien chef de la pharmacie des hôpitaux universitaires de Genève (HUG), au nom de l’association Pharmelp
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