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Les risques artériels de la pilule à l’épreuve de l’épidémiologie scandinave…

Publié le 22/06/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

L’augmentation du risque de maladie thrombo-embolique veineuse liée aux pilules estro-progestatives a été reconnue dès leurs premières commercialisations dans les années 60, conduisant à l’élaboration de pilules contenant des doses plus faibles d’estrogènes au cours des années 70.

Bien que depuis longtemps suspectée, l’augmentation du risque d’accident vasculaire cérébral (AVC) ischémique et d’infarctus du myocarde (IDM) chez les femmes utilisant une contraception estro-progestative n'a été évaluée que par peu d’études et leurs résultats restent contradictoires. Or, ces complications artérielles, même si elles sont peu fréquentes parmi les femmes en âge de procréer, pourraient avoir des conséquences plus graves en terme de morbi-mortalité que la maladie thrombo-embolique veineuse.

Une meilleure  connaissance de ce risque pourrait influencer la prescription d’une contraception, en particulier si une différence était observée entre les différents types de méthodes disponibles (patch, anneau vaginal, pilule, DIU…).

14 251 063 personnes-années !

Pour répondre à ce besoin, Øjvind Lidegaard et coll. ont mené une étude de cohorte historique sur 15 ans, de 1995 à 2009, incluant 1 626 158 femmes danoises âgées de 15 à 49 ans, correspondant à 14 251 063 personnes-années (!). Utilisant l’exhaustivité remarquable des registres des populations scandinaves (chaque citoyen Danois recevant un numéro d’identification unique à la naissance), ils ont comparé les données provenant du National Registry of Patients (en identifiant les AVC ischémiques par les codes « cerebral infarction » et « cerebral apoplexy », qui regroupe environ 10 à 20 % d’hémorragies cérébrales), et les données du Register of Medicinal Products Statistics pour identifier les prescriptions de contraception hormonale.

Une augmentation du risque significative même avec les pilules faiblement dosées 

Durant cette période d’observation, il y a eu 3 311 AVC ischémiques) et 1 725 IDM chez les femmes étudiées. Parmi les femmes utilisant une contraception hormonale (représentant 4,9 millions de personnes-années), il y a eu 1 051 AVC ischémiques (21,4 pour 100 000 personnes-années) et 497 IDM (10,1 pour 100 000 personnes-années), ce qui correspond à un risque brut inférieur à celui observé pour les femmes n’utilisant pas une telle contraception (respectivement 24,2 pour 100 000 et 13,2 pour 100 000 personnes-années). Ce premier résultat, qui aurait pu faire paradoxalement conclure à un effet protecteur de la contraception hormonale, illustre le fait que les femmes avec ou sans contraception sont très différentes. Celles utilisant la pilule sont en particulier plus jeunes, et les auteurs nous démontrent (s’il était encore besoin de le faire) que l’âge est un des facteurs les plus déterminant du risque thrombotique artériel (100 fois plus d’infarctus parmi les 45-49 ans que chez les 15-19 ans, après ajustement). Une épidémiologie « primaire » aurait pu dès ces premiers résultats totalement nous égarer !

Après ajustement (par l’âge, le niveau d’éducation, l’année, et les facteurs de risque), par rapport aux femmes sans contraception, les risques relatifs (RR) d’AVC ischémique et d’IDM parmi les femmes utilisant une contraception estro-progestative dosée entre 30 à 40 µg en estrogènes étaient compris entre 1,40 et 2,20 pour l’AVC ischémique, et 1,33 et 2,28 pour l’IDM, selon le progestatif associé. Pour une contraception faiblement dosée en estrogènes (20 µg), les risques relatifs étaient de 1,60 (intervalle de confiance à 95 % [IC95] entre 1,37 à 1,86) pour les AVC ischémiques et 1,40 (IC95: 1,07 à 1,81) pour les infarctus du myocarde. Pour une contraception fortement dosée (50 µg), les risques relatifs étaient de 1,97 (IC95: 1,45 à 2,66) pour les AVC ischémiques et 3,73 (IC95: 2,78 à 5,00) pour les infarctus du myocarde.

Les différences observées en fonction des progestatifs associés  n’étaient pas significatives. L’utilisation d’un anneau vaginal ou de patch transdermique était associée à un risque plus important d’AVC ischémique (respectivement multiplié par 2,5 et 3,2) mais les différences avec les autres contraceptions estro-progestatives n’étaient pas significatives.

Il est important de noter que les femmes n’utilisant plus de contraception hormonale avaient un risque thrombotique artériel comparable à celui des femmes n’en ayant jamais utilisé (RR: 1,04, IC95: 0,95 à 1,15 pour les AVC ischémiques, RR: 0,99, IC95: 0,86 à 1,13 pour les IDM), ce qui écarte l’hypothèse d’un effet à long terme des contraceptions hormonales sur ce risque.

Il faut ajouter qu'une augmentation du risque thrombotique artériel n’a été observée avec aucune des pilules progestatives pures.

Enfin, contrairement à ce qui est communément admis, le tabagisme n’avait pas dans cette étude d’influence sur le risque relatif de thrombose artérielle pour les différents dispositifs étudiés, suggérant une absence d’effet synergique entre le tabac et la contraception hormonale en ce qui concerne les thromboses artérielles. Cependant l’information sur le tabagisme n’était disponible « que » pour 480 223 patientes.

10 à 20 événements supplémentaires pour 100 000 femmes/an

Bien que cette étude soit remarquable par l’importance de l’échantillon présenté et le nombre d’évènement rapportés pour une pathologie rare (thromboses artérielles parmi les femmes de 15 à 49 ans), elle souffre des limites inhérentes aux cohortes historiques utilisant des bases de données, la définition des cas n’étant pas reproductible et l’évaluation n’étant évidemment pas réalisée en aveugle.

Cependant,  les résultats apportés par Lidegaard et coll. sont globalement rassurants, avec un risque plus faible pour les pilules faiblement dosées en estrogènes. Avec des données rapportant une augmentation du risque d’approximativement 50 à 100 %, le nombre d’évènement thrombotique artériel supplémentaire attribuable aux contraceptions estro-progestatives n’est « que » de 10 à 20 pour 100 000 femmes par an.  En pratique, si ce travail ne permet pas d’orienter le choix de la contraception vers tel ou tel dispositif, il rappelle l’importance de l’évaluation du risque cardiovasculaire avant la prescription d’une contraception hormonale, et confirme l’absence d’impact des pilules progestatives pures sur le risque thrombotique artériel. 



Alexandre Haroche


Lidegaard O et coll.: Thrombotic stroke and myocardial infarction with hormonal contraception. N Engl J Med 2012; 366: 2257-66.



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