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Diagnostic précoce de la maladie d’Alzheimer : à quoi bon ?

Publié le 26/06/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Paris, le mardi 26 juin 2012 – Le débat autant philosophique que médical autour de la pertinence de poser précocement le diagnostic de la maladie d’Alzheimer avait déjà été richement nourri lors de l’élaboration du premier plan Alzheimer. La commission de préparation diligentée par le professeur Joël Ménard avait ainsi relayé l’existence de doutes en la matière. Face à la controverse, les auteurs du rapport de la commission Ménard adoptaient d’ailleurs une position ambiguë, s’interrogeant sur l’opportunité d’un diagnostic précoce, à l’heure où l’efficacité des traitements ne semblait guère concluante, tout en se déclarant favorables à la généralisation des consultations mémoire. Cinq ans plus tard, alors que le premier plan Alzheimer a, en dépit de la polémique existant, fait du développement d’un diagnostic plus précoce, l’une de ses principales orientations, les questions subsistent. Les réticences émises il y a quelques jours par le Collège nationale des généralistes (CNGE) au sujet de recommandations récemment réactualisées de la Haute autorité de Santé (HAS) sur le diagnostic de la maladie d’Alzheimer le confirment.

Au moindre doute, des examens approfondis

La HAS a en effet procédé ces derniers mois à une relecture de ses « prescriptions » quant à la prise en charge de la maladie d’Alzheimer, contrainte de procéder à une telle démarche par l’annulation de ses précédents travaux par le Conseil d’Etat, en raison de recours formés contre eux suspectant des conflits d’intérêts masqués. Ces nouvelles recommandations s’intéressent notamment à la question du diagnostic et affirme clairement l’utilité de le poser de manière précoce. « La mise en place précoce de thérapeutiques, d’une prise en charge médico-sociale et d’un accompagnement devrait assurer une meilleure qualité de vie aux patients et aux aidants sur un temps plus prolongé, permettrait de limiter les situations de crise, pourrait retarder l’entrée en institution » assurent en effet les experts de la HAS. Aussi suggèrent-ils de mettre en œuvre un processus de diagnostic face à toutes plaintes évoquant une altération de l’état cognitif, tout signalement par des proches d’apparition de troubles cognitifs, tous patients ayant été hospitalisés pour un événement pouvant être associé à un déclin cognitif (chute, accident vasculaire cérébral…) et à l’entrée et en cours de séjour dans une structure d’hébergement.

Le patient veut-il ou non savoir ?

La HAS décrit ensuite les différentes étapes de ce diagnostic (examen clinique, évaluation fonctionnelle et cognitive globale, examens paracliniques…). Les tests pouvant être utilisés notamment pour l’évaluation psychique et comportementale ainsi que neuropsychologique sont par ailleurs énumérés. Enfin, sont décrits les cas dans lesquels on pourra avoir recours à l’imagerie fonctionnelle, l’analyse du LCR, un électrœncéphalogramme ou encore une biopsie cérébrale. Une fois le diagnostic établi avec certitude, l’annonce du diagnostic au patient est fortement préconisée. Il est en effet rappelé qu’elle permet de « respecter la liberté de choix de la personne et sa dignité ». Cependant, les recommandations de la HAS rappellent qu’avant toute annonce il est nécessaire « d’évaluer la volonté du patient de connaître le diagnostic et sa conscience du trouble ».

Des critères flous qui favorisent la multiplication des examens

La publication de ces préconisations a provoqué une réaction plutôt réservée du CNGE. L’organisation considère en effet que l’affirmation selon laquelle un diagnostic des troubles cognitifs légers (TCL) permettrait « de préserver la qualité de vie du patient et de ses aidants et de circonscrire les situations de crise à venir » n’est pas une hypothèse clairement « validée ». Par ailleurs, les généralistes s’interrogent sur la pertinence de soumettre des patients à de multiples bilans et à des examens parfois invasifs « alors qu’il n’existe actuellement aucun traitement validé de ces troubles ». La multiplicité des tests et des actes ne peut d’ailleurs qu’être accrue en raison de l’absence de critères diagnostiques bien établis des TCL. Face à ces différents éléments, le CNGE « demande que les recommandations de la HAS sur le diagnostic de la maladie d’Alzheimer et apparentées soient fondées sur des preuves plus robustes sur le bénéfice de la prise en charge des patients à chaque stade de leur maladie, en particulier au stade précoce ».

Une balance bénéfice/risque vraiment favorable ?

A ces arguments avancés par le communiqué du CNGE pourraient en outre être ajoutées les interrogations encore fréquentes sur la fiabilité de certaines échelles utilisées pour le diagnostic des démences. Une récente étude menée par l’université d’Exeter a ainsi mis en évidence que les résultats à l'Addenbrooke's Cognitive Examination Revised pouvaient être différents en fonction de la perception d’eux-mêmes des patients. Par ailleurs, si l’on reconnaît l’existence de certains bénéfices à un diagnostic précoce on pourrait de la même manière se demander si les désavantages d’un tel diagnostic ne surpassent pas les éléments positifs. « Porter un tel diagnostic induit un stress. Il faut donc bien mesure son intérêt pour le patient » confirme le président du CNGE, le professeur Vincent Renard, interrogé par le Nouvel Observateur.

Parce qu’il y a toujours un espoir que des traitements plus efficaces soient développés

Certains pourtant, telle l’association France Alzheimer, qui a participé à l’élaboration des recommandations, sont convaincus de la nécessité d’un diagnostic établi le plus rapidement possible. L’organisation invoque ainsi tout d’abord le droit de savoir des patients, la possibilité éventuelle de retarder la maladie grâce à certaines approches non médicamenteuses (stimulation cognitive, orthophonie…) et l’existence d’une efficacité, certes modérée, mais pas totalement nulle des médicaments. Enfin, laisser sans diagnostic un grand nombre de malades pourrait les priver des avancées de la médecine. « Si les traitements actuels sont encore purement symptomatiques, des stratégies visant à retarder le développement du processus pathologique sont à l’étude » remarque en effet France Alzheimer sur son site internet.



Aurélie Haroche


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