Paris, le jeudi 28 juin 2012 – L’ONG Save the Children a lancé
cette semaine un cri d’alarme qualifiant de « scandale »
l’importante proportion de grossesses chez les adolescentes.
L’association rappelait en effet que chaque année un million de
jeunes filles meurent ou sont atteintes de très graves
complications durant leur grossesse ou leur accouchement. Cette
alerte légitime ne doit cependant pas faire oublier la tendance
générale observée aujourd’hui partout dans le monde du recul des
maternités précoces. Ce fait est rapporté par le démographe Gilles
Pison de l’Institut national d’études démographiques (INED) dans
une étude parue aujourd’hui.
L’âge moyen des femmes au mariage est de 30 ans en Algérie et
en Tunisie
Ainsi, le taux de fécondité des filles de 15 à 19 ans est passé
de 64 naissances pour 1 000 en 2000 à 54 pour 1 000
aujourd’hui. Cette baisse s’inscrit dans une évolution entamée, il
y a plusieurs décennies, et s’observe y compris dans les pays les
plus pauvres. Parmi les principaux facteurs ayant favorisé cette
tendance, Gilles Pison cite le recul de l’âge du mariage ou de la
première union. Il s’agit en effet du « facteur rendant le mieux
compte des variations de la fécondité précoce ». Or, dans toutes
les régions du monde, le moment où l’on se marie ou celui où l’on
s’installe en couple est désormais retardé. Dans les pays
d’Afrique, dans les années 60, à l’exception des états d’Afrique
australe, « l’âge médian au premier mariage était inférieur à
18 ans » rappelle-t-il ainsi. Or, il était supérieur à 19,5
ans au début des années 2000, avec des différences entre les
régions. Ainsi, l’âge médian de la première union est désormais de
plus de 25 ans en Afrique septentrionale et australe et entre 19 et
22 ans dans les autres régions d’Afrique. A cet égard, l’exemple
des pays du Maghreb est très marquant. L’âge des femmes au mariage
est ainsi passé de 17 à 19 ans à 27 ans en moyenne au Maroc et
jusqu’à 30 ans en Algérie et en Tunisie.
Changement de regard
Concernant les pays du Nord, Gilles Pison note l’existence de
fréquences très variables d’un état à l’autre, avec une situation
particulière des pays anglo-saxons qui se « distinguent (…) par
une fréquence particulièrement élevée des maternités précoces
». Il relève que dans ces régions, le regard sur les grossesses des
très jeunes femmes s’est totalement modifié sous l’influence des
évolutions sociales. « Les maternités précoces survenaient
autrefois pour la plupart chez des femmes mariées, elles
surviennent maintenant chez des femmes qui ne le sont pas. Les
sociétés ont du mal à accepter ces « grossesses adolescentes »
alors qu’elles toléraient sans problème les grossesse de très
jeunes femmes au sein du mariage ».
Aurélie Haroche
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