Paris, le vendredi 6 juillet 2012 – Téléphoner au cabinet d’un
médecin spécialiste dans l’espoir d’obtenir un rendez-vous «
rapidement » peut vous donner des sueurs d’angoisse. Si l’on en
croit en effet la rumeur médiatique et les résultats de certaines
enquêtes d’opinion, se faire recevoir en quelques jours chez un
spécialiste relèverait de l’exploit. On se souvient ainsi comment
en octobre dernier, un sondage réalisé par l’institut CSA avait
révélé que 65 % des Français affirmaient rencontrer des difficultés
pour obtenir une consultation dans un délai raisonnable avec un
spécialiste. On comptait même un patient sur cinq, qui las de
devoir attendre, assuraient avoir déjà renoncé à consulter.
28 % des médecins ne peuvent fixer de rendez-vous avant un
mois
Si l’on observe le cas de la seule Ile de France, la situation
serait cependant bien moins difficile que ne le laissaient supposer
ces résultats. Une enquête réalisée par l’Union régionale des
professionnels de santé (URPS) par auto questionnaire auprès de 1
300 spécialistes d’Ile de France révèle en effet que 57 % des
praticiens indiquent disposer d’un créneau de rendez-vous dans la
semaine, dont 17 % le jour même, 20 % dans les quarante-huit heures
et 20 % la semaine prochaine. Ils ne sont par ailleurs que 28 % à
devoir faire « patienter » pendant plus d’un mois leurs
patients.
Les yeux pour pleurer
Bien sûr, cependant, ce bilan satisfaisant masque des
différences très nettes en fonction des spécialités et des
départements. Obtenir un rendez-vous dans les 24/48 heures est
ainsi un jeu d’enfant auprès des radiologues (70 % ont des
disponibilités dans ces délais), des pédiatres (58 %) ou encore des
ORL (56 %). A l’inverse, comme l’ont déjà indiqué de nombreuses
alertes lancées par les syndicats et les associations de malades,
il faut s’armer de patience lorsqu’on souhaite consulter un
ophtalmologiste (68 % ne peuvent fixer un rendez-vous que dans un
mois ou plus), un gynécologue (46 %) et un dermatologue. C’était
déjà les trois « spécialités » les plus souvent citées comme les
plus difficilement accessibles dans l’enquête CSA.
Mal dans sa peau : on ne passe pas toujours par la case médecin
traitant
De même, il est plus facile d’être reçu rapidement quand on
consulte un médecin installé à Paris (39 % des spécialistes
proposent des rendez-vous dans les 24/48 heures) et dans le Val de
Marne (41 %) qu’en Seine et Marne où 49 % des praticiens n’ont pas
de créneau disponible avant au moins un mois. Une densité médicale
plus faible et les spécificités géographiques et démographiques de
ce département expliquent ces différences. Enfin, cette enquête
permet de révéler qu’un tiers des patients franciliens ne
consultent pas leur médecin traitant avant de prendre rendez-vous
chez un spécialiste. Cette tendance est particulièrement marquée
pour les dermatologues (58 % des malades ne passent pas chez leur
médecin traitant au préalable), les ORL (46 %), les psychiatres (39
%) et les rhumatologues (35 %).
Plus riche en médecins, plus riche tout court
Ces résultats confirment donc les disparités existant dans
l’accès aux médecins spécialistes en fonction des spécialités mais
aussi des départements. Ils dessinent cependant de manière globale
un portrait d’une Ile de France plutôt favorisée, tendance qui
s’explique,note l’URPS, par une plus forte proportion de médecins
spécialistes que dans le reste de la France (57 % des praticiens
libéraux sont des spécialistes contre 47 % sur le reste du
territoire). Par ailleurs, la population d’Ile de France se
caractérise, notamment dans certains départements, par un niveau de
richesse plus élevé, qui conduit à des consultations sans passage
chez le médecin traitant sans doute plus fréquentes.
Aurélie Haroche
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