Les abcès rétro-pharyngiens (ARP) résultent d’une suppuration
développée à partir d’adénopathies profondes du cou. Leur formation
peut être précédée d’une infection naso-pharyngée, d’un
traumatisme, de l’ingestion d’un corps étranger mais beaucoup
paraissent idiopathiques. Les enfants de moins de 6 ans sont le
terrain de prédilection des ARP car les ganglions s’atrophient
après cet âge et la plupart des cas surviennent entre 6 et 12 mois.
Les abcès sont souvent dus à plusieurs germes ; les plus courants
sont le streptocoque A, β hémolytique (SA), le staphylocoque doré
et les anaérobies. L’incidence des ARP a augmenté ces dernières
années du fait de l’émergence des SA et des staphylocoques
résistant à la méthicilline (SDMR).
Des pédiatres de Détroit ont revu leurs cas d’ARP observés entre
2004 et 2010, à l’exclusion de ceux liés à une affection maligne,
un déficit immunitaire ou un traumatisme. Durant cette période, 114
enfants, 61 garçons et 53 filles, ont été admis avec le diagnostic
d’ARP soit 13,8 cas pour 10 000 admissions, ce qui représente une
augmentation de 2,8 fois en comparaison des 11 années précédentes
et de 12,5 fois par rapport à la période 1978-89. Les enfants
étaient âgés de 4 mois à 17 ans, en moyenne 54 mois et médiane 29
mois. Les signes révélateurs étaient un gonflement du cou (97 %),
une douleur cervicale (95 %), de la fièvre (90 %), des douleurs
pharyngées (82 %), une dysphagie (75 %), une hypersialorrhée (65
%). L’examen montrait une diminution des mouvements du cou ou un
torticolis (99 %), des adénopathies cervicales (95 %), une
amygdalite (87 %) ; 9 enfants (8 %) avaient un stridor et une
dyspnée.
La leucocytose moyenne était de 21 574/mm3 (2200-54 500). Les
radios du cou de profil ont montré un élargissement de l’espace
rétro-pharyngien 78 fois sur 80 et les scanners une inflammation ou
un abcès dans la totalité des cas avec une extension médiastinale 5
fois. Une aspiration ou une incision pratiquée dans 74 cas (65 %) a
ramené du pus 66 fois dont la culture a poussé 61 fois permettant
l’isolement de 116 bactéries. Les anaérobies (23 cas) ont toujours
poussé avec un germe aérobie (93 cas). Des staphylocoques ont été
isolés 25 fois sur 66 prélèvements (38 %) contre 2 sur 41 lors des
11 années précédentes (4,9 %) : 16/25 (64 %) étaient des SDMR
contre 0 auparavant. Les enfants avec des SDMR étaient en moyenne
plus jeunes que les autres : 11 mois contre 62 (P<0,001) et ont
été hospitalisés plus longtemps (8,8 jours contre 4,5 ; P=0,02).
Une médiastinite due au SDMR était présente dés l’admission chez 5
enfants. Toutes les souches de SDMR étaient sensibles à la
clindamycine.
L’association ceftriaxone clindamycine a été l’antibiothérapie
la plus utilisée. Tous les enfants ont guéri de leur abcès.
Au total, cette étude montre l’émergence des staphylocoques
comme cause d’abcès rétropharyngiens en particulier avant 2
ans.
Pr Jean-Jacques Baudon
Abdel-Haq N et coll. : Retropharyngeal abscess in children: the rising incidence of methicillin-resistant Staphylococcus aureus. Pediatr Infect Dis J., 2012; 31:696-99
Copyright © http://www.jim.fr
 |
Vos réactions |