Aux États-Unis, comme dans nombre de pays occidentaux, la
rétinopathie diabétique (RD) et la dégénérescence maculaire liée à
l’âge (DMLA) figurent au rang des maladies oculaires les plus
fréquentes, et sont cause majeure de perte visuelle. La perte de
vision liée à la RD est souvent évitable grâce au dépistage des
lésions, à leur traitement local, et au contrôle de l’hyperglycémie
et de l’HTA ; on dispose également désormais d’un traitement pour
stabiliser, voire améliorer la vision en cas de DMLA néovasculaire.
Encore faut-il que la RD ou la DMLA ne soient pas ignorées, qu’un
examen ophtalmologique soit effectué, … ce qui, selon cette étude
menée à la City University de New York, est loin d’être le cas.
Afin d’estimer la fréquence de la méconnaissance de la RD et de
la DMLA, et les facteurs qui y contribuent, DM Gibson s’est appuyée
sur les données des rétinographies de 6 797 sujets, âgés de 40 ans
ou plus participant au National Health and Nutrition
Examination Survey (NHANES), sur la période 2005-2008. Les
proportions de sujets ignorant leur RD et de ceux ignorant leur
DMLA (tous identifiés comme n’ayant pas rapporté, lors des
entretiens du NHANES, l’existence de ces affections) ont été
évaluées séparément.
L’échantillon intéressant la RD comptait 345 patients ayant des
signes de RD à un ou aux deux yeux (RD non proliférante légère, RD
non proliférante modérée, RD menaçant la vision) qui avaient
déclaré, à l’occasion des entretiens, être diabétiques ou avaient
un taux d’hémoglobine glyquée supérieur à 6,5 %. L’échantillon
intéressant la DMLA (définie ici dans sa forme précoce par la
présence de drusens ou d’altérations pigmentaires rétiniennes, et
dans sa forme tardive, par l’existence de néovaisseaux, d’un
décollement de l’épithélium pigmentaire ou d’une atrophie
géographique) comprenait 498 sujets ayant des signes de DMLA à un
ou aux deux yeux. Parmi ces participants, 36 sujets avaient à la
fois une RD et une DMLA.
73 % de rétinopathies diabétiques et 84 % de DMLA ignorées
Parmi les participants ayant une RD, 73 % se sont avérés ignorer
leur RD, et le taux de méconnaissance était de 84 % chez ceux ayant
une DMLA. Près de 75 % des RD méconnues étaient des formes
légères, près de 95 % des DMLA méconnues, des formes légères ou une
DMLA précoce.
Au rang des facteurs ressortant prédictifs de méconnaissance de
la RD figuraient : la durée du diabète, inversement associée au
risque de méconnaissance de la RD (odds ratio, OR = 0,97 ;
0,95-0,99) ; la taille de la famille, le risque d’ignorer la RD
étant inversement associée au nombre de ses membres (0,73 ;
0,57-0,94) ; la sévérité de la RD (OR = 0,17 ; 0,06-0,46 pour la RD
menaçant la vision / 0,45 ; 0,16-1,24 pour la RD modérée non
proliférante, en comparaison de la RD non proliférante légère) ; le
temps écoulé depuis le dernier examen du fond d’œil (FO) avec
dilatation pupillaire, l’OR étant de 0,10 (0,04-0,25) lorsque cet
examen datait de moins de 1 an, de 0,19 (0,05-0,67) lorsqu’il
remontait à 1 à 2 ans, en comparaison du FO examiné depuis plus de
2 ans ou jamais examiné.
Parmi les facteurs prédictifs de méconnaissance de la DMLA,
l’accent a été mis sur le type de DMLA, le risque d’ignorer sa DMLA
étant plus élevé dans les formes précoces (OR de 0,14 ; 0,06-0,33
pour les formes tardives, en comparaison des formes précoces) ;
l’âge plus jeune (l’OR étant de 3,94 ; 1,19-13,2 chez les 40-64
ans, en comparaison des 65-79 ans) ; l’usage d’une langue
principale autre que l’anglais (OR = 10,35 ; 1,05-102,4, en
comparaison des foyers où l’anglais était la première langue) ; le
niveau d’éducation moindre (OR de 0,89 ; 0,43-1,86 lorsque le
cursus scolaire incluait le lycée, en comparaison d’une
scolarisation interrompue au collège).
Selon les estimations récentes, 4,2 millions d’adultes âgés de
40 ans ou plus, aux États-Unis, auraient une RD et 7,2 millions, à
ces âges, une DMLA. L’ampleur considérable de la méconnaissance de
ces deux affections que révèle cette étude conduite sur un
échantillon représentatif de la population non institutionnalisé
des États-Unis, celle du NHANES, suggère que près de 3,07 millions
des 40 ans ou plus ignorent leur RD, et qu’environ 6,05 millions ne
savent pas qu’ils ont une DMLA. La préoccupation, en termes de
santé publique, est majeure : il s’agit de prévenir ou
retarder l’évolution (souvent silencieuse, sournoise) vers la
cécité, et ce d’autant plus que la prévalence du diabète va
croissant, le vieillissement des populations aussi.
Dr Julie Perrot
Gibson D. Diabetic retinopathy and age-related macular degéneration in the U.S. Am J Prev Med., 2012 ; 43 : 48-54.
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