Les cancers prostatiques (KP) sont classés en fonction de leur
site présumé d'origine et de leurs aspects morphologiques.
L'adénocarcinome acineux (AA) est le plus fréquent, et c’est celui
qui est concerné dans la majorité des études portant sur le grade,
le stade et la prise en charge thérapeutique. Parmi les autres
formes, on distingue les adénocarcinomes canalaires (AC), les
carcinomes urothéliaux et squameux, les carcinomes à cellules
basales, les tumeurs neuroendocrines et les tumeurs
mésenchymateuses (1). L'AC est rare (0,4 % à 0,8 % des carcinomes),
plus agressif que l'AA et tend à se propager vers des sites
insolites (le pénis, les testicules, les viscères : foie, poumons
et cerveau), tandis que dans environ 5 % des cas la différentiation
est mixte.
Une analyse rétrospective de 110 cas consécutifs de
prostatectomies radicales pour KP localisé effectuées entre 2000 et
2006 avec un suivi moyen de 5,1 ans, a été effectuée. Elle avait
pour but d'affiner la méthodologie permettant de différentier l'AC
et l'AA, de confirmer que l'AC est un sous-type plus agressif et
d'évaluer le phénotype de l'AC, mal connu, les études s’étant
focalisées sur les biomarqueurs « classiques » tels que PSA,
phosphatases acides, p63 et alpha-méthylacyl-coenzyme A racémase
(P504S).
Se fondant sur leur expérience dans l’examen du tissu mammaire,
les auteurs ont appliqué la même technique pour la prostate en
réalisant des coupes histologiques de grande épaisseur (3D,
"tridimensionnelles", 1 500 µm d'épaisseur) pour différencier
origine acineuse et canalaire Les biomarqueurs les plus
discriminants ont ensuite été testés sur des biopsies
préopératoires de 24 de ces patients.
L'histologie 3D a correctement classé 97/110 cas d'AA (88 %) et
13/110 cas d'AC (12 %). Les AC étaient significativement plus
souvent pT3a ou plus, de plus de 20 mm ; des néoplasies
intra-épithéliales de haut grade étaient plus fréquentes (on sait
qu'un cancer invasif associé est alors présent dans la glande
prostatique dans 22 à 100 % des cas [2]) ; ils avaient plus souvent
un score de Gleason ≥ 7, une marge positive, une extension
extracapsulaire avec invasion vasculaire et une infiltration des
vésicules séminales ; une récurrence biochimique ou locale et des
métastases étaient également plus fréquentes. Trois biomarqueurs en
combinaison (la chromogranine A, le facteur de croissance
épidermique et le p53) permettaient de les distinguer avec une
précision de 94 % (aire sous la courbe 0,94, intervalle de
confiance à 95 % : 0,88 à 0,99). La même précision élevée a été
obtenue en utilisant ces trois biomarqueurs sur les spécimens
pré-opératoires.
L'histologie 3D et les trois biomarqueurs sélectionnés peuvent
donc aider à distinguer l'AA de l'AC et à mieux adapter le
traitement.
Dr Gérard Loeb
Tarján M et coll. : Improved differentiation between ductal and acinar prostate cancer using three-dimensional histology and biomarkers. Scand J Urol Nephrol., 2012 ; 46 : 258-66.
1) Vandenbos F et coll. Cancers de la prostate : classification histopathologique. Oncologie 2004; 6(6):385-93. DOI: 10.1007/s10269-004-0104-x.
2) Villers A et coll. Indication et stratégie de nouvelles biopsies après diagnostic de néoplasie intra-épithéliale prostatique. Prog Urol 2000; 10:1267-70.
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