Les conséquences du jeûne du Ramadan (ou plutôt doit-on
dire de l’observance du Ramadan puisqu’il ne s’agit que d’un jeûne
intermittent), sur les performances physiques méritent d’être mieux
définies qu’elles ne le sont avec la participation de plus en plus
nombreuse d’athlètes concernés dans les compétitions
internationales. Selon le pays et la saison du Ramadan, la durée du
jeûne peut ne pas être plus longue que celle d’une nuit de sommeil
mais elle peut parfois être de 12 à 14 heures voire 18 h dans les
pays du Nord. Lors des prochains jeux Olympiques qui vont s’ouvrir
à Londres ce 27 juillet, elle sera de 15h et 37 mn.
Les données actuelles sur les effets nutritionnels et
physiques du Ramadan chez les athlètes sont largement
hypothétiques et empiriques. C’est ce qu’observe Roy Shephard
(Breckendale, Ontario, Canada) dans sa revue de la littérature qui
a concerné 18 articles portant sur les apports nutritionnels,
32 sur les modifications de masse corporelle et 12 sur la
performance physique des athlètes suivant le Ramadan.
Globalement, si aucune modification majeure n’est rapportée en
termes nutritionnels malgré une légère augmentation des apports en
protéines et en hydrates de carbone et une baisse des apports
liquides, cela se traduit cependant par une élévation (parfois
jusque 10 %) des taux d’urée et d’acide urique signant une
déshydratation. Quant à la protéinémie, elle est peu modifiée.
Parallèlement, les taux hormonaux ne différent pas, qu’il s’agisse
de l’hormone de croissance, de l’IGF-1, de l’insuline, de la
leptine et de l’adiponectine, contrairement au taux de cortisol
dont le rythme circadien est légèrement décalé.
Sur le plan de la masse corporelle, on observe généralement une
discrète diminution du poids, curieusement marquée par une chute
proportionnellement plus élevée de la masse maigre. Mais on est ici
dans une population d’athlètes sensés n’avoir qu’une masse grasse
de faible importance. Ces données indiquent que les athlètes
puisent dans leurs réserves protéiques plutôt que lipidiques les
apports caloriques dont ils ont besoin durant la journée.
Enfin, la modification du rythme alimentaire entraîne une perte
légère, mais perceptible des performances physiques (de 2 à 13 %)
avec difficultés de récupération et fatigue plus marquée.
Dans ces conditions, l’auteur conseille aux athlètes observant
le Ramadan de mieux gérer leurs réserves en glycogène, en
privilégiant notamment l’apport de graisses en début de nuit de
manière à éviter une gluconéogenèse puisant dans les réserves
protéiques, et donc dans le muscle. Parallèlement, le dernier repas
de la nuit (ou premier de la journée, avant le lever du soleil et
au plus tard 1 heure avant le premier entraînement) devrait
comporter des sucres lents en quantité. L’hydratation doit être
répartie du mieux possible sur la nuit en favorisant les boissons
isotoniques en fin de nuit.
Bien que basées sur des études observationnelles de qualité, ces
données et recommandations restent probablement insuffisantes. Et
il serait légitime d’entreprendre des études comparant des athlètes
de haut niveau observant étroitement le Ramadan et des athlètes ne
l’observant pas, les deux groupes suivants un même entraînement
afin de mieux définir les conséquences nutritionnelles et physiques
de ce type de jeûne et les moyens de les pallier.
Dr Dominique-Jean Bouilliez
Shephard RJ : Physical performance and training response during Ramadan observance, with particular reference to protein metabolism. Br J Sports Med. 2012; 46: 477-484. doi:10.1136/bjsports-2011-090849
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Hydratation d'abord
Le 11 août 2012
La problématique principale, surtout pour les activités d'endurance, est probablement l'hydratation. Attaquer un marathon, en plein été, déshydraté, ne permet probablement pas sinon de le gagner, du moins de le finir. Et la déshydratation ne fait qu'amplifier la carence glycogénique, dans la période de jeûne.
Christian Trape
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