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Beaucoup de causes spécifiques de mortalité chez le diabétique, autres que cardiovasculaires

Publié le 04/09/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Le diabète est associé à une augmentation de la mortalité liée à toute une gamme de causes, cardiovasculaires bien sûr mais aussi non cardiovasculaires, telles que les infections, la dépression, et, selon les données émergentes, certains cancers. L’analyse des données de mortalité de près de 1 million d’adultes enrôlés aux États-Unis dans une grande étude prospective des facteurs de risque de cancer, la Cancer Prevention Study (CPS), suivis de 1982 à 1998, a en effet associé à l’existence d’un diabète auto-rapporté à l’inclusion un risque accru de décès par cancers du côlon, du pancréas, ainsi que par cancer du sein chez les femmes et par cancers du foie et de la vessie chez les hommes. Cherchant à en savoir plus, des équipes de l’Epidemiology Research Program de l’American Cancer Society ont réexaminé, dans la CPS, la relation entre diabète initialement auto-rapporté et risque ultérieur de décès de cause spécifique, en étendant le suivi cette fois jusqu’en décembre 2008.

Plus de 1 million de sujets inclus

C’est sur une cohorte comptant 440 578 hommes et 560 598 femmes vivant aux États-Unis, âgés de 30 ans ou plus à l’entrée dans la CPS en 1982, indemnes alors de cancer, et suivis jusqu’en décembre 2008, qu’a porté cette nouvelle analyse. Les réponses fournies à un auto-questionnaire, à l’inclusion, ont permis de préciser notamment les données intéressant le diabète, l’HTA, le tabagisme, la taille et le poids, les habitudes alimentaires, les modes de cuisson des aliments, les boissons consommées, l’activité physique, la prise d’aspirine, l’existence d’une hépatopathie et, chez les femmes, les antécédents gynécologiques et obstétricaux.
Dans cette population d’étude, 5,7 % des hommes et 4,4 % des femmes ont déclaré, à l’entrée dans la CPS, avoir un diabète. Ils étaient alors plus âgés que les non-diabétiques (90 % des hommes étaient âgés de 50 ans et plus vs 77 % en l’absence de diabète ; ces proportions étant respectivement de 85 % vs 71 % chez les femmes), avaient un IMC plus élevé, une activité physique moindre, et une probabilité accrue d’HTA, d’insuffisance cardiaque, d’antécédent d’AVC auto-rapportés.

Au cours des 26 années de suivi, 243 051 hommes et 222 109 femmes sont décédés.
L’analyse, après ajustements (notamment sur l’âge, le niveau d’éducation, l’IMC, le tabagisme, l’activité physique, la consommation d’alcool, celle de légumes, de viandes rouges, la prise d’aspirine), associe, à l’existence d’un diabète auto-rapporté, en comparaison de l’absence de diabète :

- un risque accru de décès toutes causes [risque relatif, RR = 1,73 ; Intervalle de confiance à 95 % 1,70-1,75 chez les hommes (H) ; 1,90 (1,87-1,93 chez les femmes (F)] ;
- un risque accru de décès de causes cardiovasculaires [H : 1,92 (1,88-1,96) ; F = 2,09 (2,05-2,14)] ;
- un risque accru de décès de causes respiratoires [H : 1,13 (1,06-1,19) ; F : 1,27 (1,19-1,36] ;
- un risque accru de décès de causes digestives [H ; 1,69 (1,54-1,84) ; F : 1,59 (1,45-1,75)] ;
- un risque accru de décès de causes uro-génitales [H : 2,43 (2,22-2,66) ; F : 2,59 (2,36-2,83)] ;
- un risque accru de décès de causes externes/accidentelles [H : 1,21 (1,10-1,34 ; F : 1,40 (1,24-1,58)] ;
- un risque accru de décès tous cancers [H : 1,07 (1,04-1,11) ; F : 1,11 (1,06-1,15)].

Le diabète auto-rapporté était associé, chez les hommes et chez les femmes, à un risque quasi ou plus que doublé de décès par maladies infectieuses, cardiopathies ischémiques, artériopathie périphérique, cirrhose, néphropathie, affections cutanées et sous-cutanées. En ce qui concerne les localisations de cancers, il était associé : chez les femmes, à un risque accru de décès par cancers du foie (RR = 1,40), du pancréas (1,31), de l’endomètre (1,33), du côlon (1,18) et su sein (1,16) ; chez les hommes, à un risque accru de décès par cancers du sein (4,20), du foie (2,26), de la cavité buccale et du pharynx (1,44), du pancréas (1,40), de la vessie (1,22), du côlon (1,15), et une association inverse a été notée entre diabète et risque de décès par cancer de la prostate (0,88).
L’analyse, après exclusion des participants ayant initialement signalé une HTA, une insuffisance cardiaque, un AVC, n’a pas modifié substantiellement les résultats.

Cette étude (qui a pris en compte de nombreux facteurs confondants potentiels, incluant ceux ayant trait au mode de vie, sans examen cependant des effets des caractéristiques du diabète, de la qualité de son contrôle et des traitements suivis), portant sur près de 1 million de sujets, met en évidence, sur un suivi de 26 années, une augmentation du risque de décès, liés à de nombreuses maladies, malignes ou non, chez les sujets ayant rapporté un diabète, en comparaison de ceux s’étant déclarés non-diabétiques. La grande taille de l’échantillon d’étude et le suivi long, étendu de 10 années, de la Cancer Prevention Study (ayant ajouté près de 230 000 décès survenus dans la cohorte) a permis, outre la confirmation de la relation entre diabète et risque de décès de nombreuses causes spécifiques relevées auparavant, la mise en évidence d’un lien avec des cancers relativement rares (cancer du sein chez l’homme, par exemple). C’est sur la nécessité d’une approche multidisciplinaire de la prise en charge qu’insistent les auteurs afin d’améliorer le dépistage ciblé et la détection aussi précoce que possible.



Dr Julie Perrot


Campbell PT et coll. : Diabetes and cause-specific mortality in a prospective cohort of one million U.S. adults. Diabetes Care 2012 ; 35 : 1835-44 (doi : 10.2337/dc12-0002).


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