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échographie spectacle » californien Prenatal Peek |
Paris, le samedi 8 septembre 2012 – Le sujet n’est pas
neuf. Les premières alertes visant les risques liés à la pratique
d’échographies fœtales « spectacles » ont été lancées par la Food
and Drug Administration (FDA) aux Etats-Unis à la fin des années
90. Dès cette époque, les autorités américaines s’inquiétaient de
l’exposition des fœtus à des niveaux trop élevés d’ultrasons, et ce
pour offrir à de futurs parents de belles images anténatales de
leur enfant. Au-delà des risques potentiellement associés aux
ultrasons, beaucoup de spécialistes tentaient de mettre en garde
contre le traumatisme que pourrait provoquer lors de ce « spectacle
» la découverte d’une anomalie. En France, les premiers « studios »
proposant ce type « d’imagerie » s’installèrent au début des années
2000 et les praticiens ne tardèrent pas à exprimer à leur tour
leurs réticences. Ainsi, depuis 2004, les avis et rapports se
multiplient, demandant notamment aux pouvoirs publics d'interdire
ces pratiques. Cependant, les autorités n’ont jamais répondu à ces
attentes, et cette année 2012 ne semble pas faire exception en
dépit d’appels qui ont pourtant été réitérés avec force, comme nous
le rappelle le professeur Jacques Lansac, président de la
commission nationale d’échographie obstétricale et fœtale et ancien
président du Collège national des gynécologues et obstétriciens
français (CNGOF)
Il suffit de cliquer sur internet pour trouver des offres
commerciales d’échographie à destination des femmes enceintes. On
leur propose à Paris et dans quatre à cinq villes de province, pour
des prix allant de 60 à 140 €, des échographies en trois ou quatre
dimensions avec vidéo. L’exposition aux ultrasons du fœtus est pour
les prestations les plus chères de 25 minutes. Ces échographies
n’ont aucune finalité médicale mais sont uniquement destinées
à donner aux parents une vidéo anténatale de leur enfant.
Dans le cadre d’une échographie médicale, les bonnes pratiques
incitent l’opérateur à diminuer l’intensité du faisceau ultrasonore
à la puissance minimale nécessaire pour obtenir une image de
qualité. La sonde est constamment déplacée et l’exposition aux
ultrasons de chaque zone du fœtus est limitée au temps nécessaire
pour examiner la zone fœtale à explorer. Ce n’est pas le cas dans
une échographie commerciale ou l’opérateur n’a aucune formation et
va augmenter l’intensité du faisceau pour obtenir la meilleure
image télégénique et va prolonger l’exposition aux ultrasons de la
face, des organes génitaux et des membres pour la beauté des
images.
Des effets thermiques et mécaniques
Or, les ultrasons même s’il n’ont pas les effets délétères des
rayons X ont des effets physiques connus : ils produisent sur les
tissus humains un effet thermique et un effet mécanique. Ces effets
dépendent de la durée, de la fréquence et de la puissance de
l’exposition aux ultrasons. Il est donc recommandé de limiter cette
exposition au niveau le plus faible possible pour réaliser le
diagnostic le meilleur possible, surtout sur des organes sensibles
en développement comme le cerveau, l’œil, l’oreille.
Par ailleurs, la pratique d’échographies fœtales sans visée
médicale peut engendrer des découvertes ordinairement effectuées en
contexte médical. Ces anomalies vraies ou fausses peuvent perturber
la relation mère enfant voire conduire a tort à des investigations
iatrogènes comme une amniocentèse.
Des alertes unanimes et répétées demeurées sans réponse
Le comité technique d’échographie a attiré l’attention des
autorités sanitaires sur ce problème des échographies ludiques dès
2004. L’Académie de médecine en octobre 2004 a également
donné un avis défavorable1. L’AFSSAPS a le 25 avril 2005
publié un avis dans lequel elle recommande aux femmes
enceintes de « ne pas exposer inutilement leur fœtus aux
ultrasons » et « préconise de réserver les échographies
fœtales à un usage médical »2. Un projet d’arrêté a
été préparé pour modifier un texte datant de 1962, qui ne
parle pas des ultrasons et pour cause puisqu’ils n’étaient pas
utilisés encore en médecine ! La Commission nationale
d’échographie obstétricale et fœtale a en décembre 2011 de nouveau
interpellé les autorités sanitaires pour faire réserver les
échographies fœtales aux médecins et aux sages femmes. Le premier
ministre Monsieur François Fillon a en janvier 2012 demandé l’avis
de la Haute autorité de Santé qui a rendu son rapport fin juin
20123, rapport qui rappelle que :
- la pratique commerciale d’échographie sans visée médicale est
incompatible avec l’exercice d’un médecin ou une sage-femme, car
cela serait contraire à leurs codes de déontologie professionnelle
;
- les dispositifs médicaux doivent, au regard du Code de la santé
publique, être utilisés conformément à leur destination. En
conséquence, tout appareil échographique mis en circulation sur le
territoire français sous un statut de dispositif médical ne doit
être utilisé qu’à des fins médicales (et donc uniquement par des
professionnels de santé).
Faudra-t-il attendre la publication d'effets délétères ?
Le directeur de l’Afssaps dont la HAS avait sollicité l’avis a
insisté sur le fait que : « l’échographie à visée non médicale
pouvant être réalisée sans limitation de durée, ni de répétition et
par des personnes sans qualification conduit à un risque de sur
exposition aux ultrasons par rapport aux examens médicaux pratiqués
au cours de la grossesse. L’utilisation des dispositifs médicaux
d’échographie devrait faire partie des actes réservés aux médecins
et aux sages femmes ».
A ce jour, pourtant, ni la direction générale de la santé, ni la
ministre de la santé n’ont pris aucune décision pour réserver
l’usage des échographes aux médecins et aux sages femmes.
Faudra-t-il attendre que l’on publie des cas d’effets délétères
de fortes expositions des fœtus aux ultrasons pour faire cesser ces
pratiques commerciales ? Le bon sens indique que le fœtus fragile
ne doit pas être exposé inutilement et de façon prolongé aux
ultrasons. Des commerçants sans scrupule n’en ont cure. Est il
normal que les autorités sanitaires fassent de même ? En attendant
les médecins de famille, les gynécologues obstétriciens, les sages
femmes ont le devoir de dissuader femmes enceintes d’aller dans ces
officines.
Professeur Jacques Lansac,
Président de la commission nationale d’échographie obstétricale
et fœtale
Ancien Président du Collège des Gynécologues et Obstétriciens
Français.
Références
1. HENRION R. Réserves de l'académie nationale de médecine
à l'égard de l'échographie fœtale à visée non médicale
Bul.Acad.Natle.med . 2004;188:1201-1203.
2. AFFSAPS. Utilisation non médicale des dispositifs médicaux
d’échographie au cours de la grossesse. 2005.
3. HAS. Échographies foetales à visée médicale
et non médicale : définitions et compatibilité.
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