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BPCO oxygénodépendante : les comorbidités contribuent-elles à la différence de mortalité entre hommes et femmes ?

Publié le 07/09/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Plusieurs travaux ont montré que la survie des femmes après mise en œuvre d’une oxygénothérapie à long terme (OLT) pour bronchopneumopathie obstructive chronique (BPCO) était supérieure à celle des hommes. Ce phénomène reste inexpliqué mais des auteurs suédois ont émis l’hypothèse que l’impact des comorbidités, fréquentes chez les patients ayant une BPCO, pourrait ici jouer un rôle.

Pour le vérifier MP Eckström et coll ont mené, à l’échelle nationale suédoise, une étude prospective, qui s’est fondée sur les données intéressant près de 9 000 patients du Swedish National Oxygen Register, âgés de 50 ans et plus, ayant débuté, entre le 1er janvier 1992 et le 31 décembre 2008, une oxygénothérapie à long terme pour BPCO diagnostiquée par un médecin. Les données de comorbidités ont été obtenues via le Swedish Hospital Discharge Register et celles concernant le statut vital provenaient du Swedish Causes of Death Register.

Au total 8 712 patients ont été inclus, 3 929 hommes et 4 783 femmes (54,9 %), celles-ci étant moins âgées que les hommes (71,8± 8,4 ans en moyenne vs 73,7 ± 7,8 ans ; p < 0,001). La population féminine comptait plus de patients n’ayant jamais fumé (6 % vs 4 % ; p < 0,001)), moins d’anciens fumeurs (91 % vs 94 % ; p < 0,001), sans différence significative entre les deux groupes quant aux taux de patients encore fumeurs au moment de l’étude.

Sur un suivi médian de 1,65 années (0-16,85 années), 6 729 décès sont survenus, 3 199 chez les hommes et 3 530 chez les femmes,

Dans cette population d’étude où aucun patient n’a été perdu de vue, la prévalence de l’HTA, des troubles mentaux, de l’ostéoporose et de la polyarthrite rhumatoïde était plus élevée chez les femmes que chez les hommes, mais les troubles du rythme cardiaque, les cancers, les cardiopathies ischémiques, l’insuffisance rénale étaient moins prévalents qu’en population masculine (p < 0,05 pour toutes ces comparaisons).

La mortalité brute était plus faible chez les femmes que chez les hommes (ratio de risque : 0,76 ; intervalle de confiance à 95 % : 0,73-0,80 ; p < 0,001). Après ajustements (notamment sur l’âge, le sexe, le degré d’hypoxie, le VEMS, les antécédents tabagiques, l’année de début de l ‘OLT, l’IMC), l’existence de comorbidités était significativement prédictive du risque de décès, l’effet étant semblable dans les deux sexes. La présence de comorbidités n’expliquait pas le bénéfice de survie en population féminine : après ajustements poussés sur le score de comorbidités de Charlson, ainsi que sur les comorbidités examinées individuellement et sur le nombre d’hospitalisations dans les cinq dernières années, le bénéfice de survie chez les femmes restait relativement inchangé (ratio de risque : 0,73 ; 0,68-0,77 ; p < 0,001), et il en était de même lorsque les patients jamais hospitalisés dans les cinq années précédant le début de l’OLT (1,7 % des patients) étaient exclus de l’analyse (0,73 ; 0,68-0,78 ; p < 0,001)

Cette étude suédoise, s’appuyant sur des données de registres nationaux, portant sur une cohorte incluse prospectivement et dont le suivi était complet, a cherché à expliquer les différences de survie observées entre hommes et femmes atteints de BPCO oxygéndépendantes. Elle met en évidence des différences de comorbidités entre hommes et femmes, montre que l’existence de comorbidités est un facteur prédictif de mortalité, semblablement chez les hommes et chez les femmes, mais que les comorbidités n’expliquent pas les différences de survie. Les mécanismes qui sous-tendent cette différence de survie restent donc à déterminer. Les données de cette étude ne suggèrent pas le rôle d’une mise en œuvre plus précoce de l’OLT ou d’une sévérité moindre de l’insuffisance respiratoire chez les femmes ; les effets de l’oxygénothérapie à long terme, de l’adhésion à ce traitement, d’expositions environnementales autres que le tabagisme, de phénotypes différents de BPCO, par exemple, non évalués ici, restent à préciser.



Dr Julie Perrot


Eckström M et coll. : Comorbidities and sex-related differences in mortality oxygen-dependent chronic pulmonary disease. PLoS ONE 7(4): e35806 (doi:10.1371/journal.pone.0035806).


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