C’est un sujet à la mode, et peut être avez-vous vu les études
et résumés (parfois repris sur ce site) qui font de certains
adénovirus, et en particulier Ad-36, l’exemple type d’une
association infection expérimentale/ prise de poids chez l’animal.
Si l’exemple est frappant, il n’est (sans doute) pas unique, et
d’autres micro-organismes, comme Helicobacter pylori, si présent à
tous les âges dans les populations peu favorisées, ont été associés
à un moindre poids des adultes concernés. Les infections de
l’enfance font-elles, d’une façon ou d’une autre, l’IMC des
adultes qu’ils deviendront ? Frappés par le fait qu’aux Philippines
les taux d’obésité ont flambé entre 1985 et 2005 (avec un quart de
la population en surpoids et un gain de presque 10 kg chez les
femmes de 40 ans), alors que dans le même temps étaient réalisées
de grandes campagnes de vaccination et que l’accès aux soins
s’améliorait considérablement, G Suh et al. -affiliés à Stanford,
USA- ont recherché, sur une cohorte de 1 863 personnes,
d’éventuels rapports entre IMC de l’adulte et infections
infantiles.
Etude, donc, des données de la Cebu Longitudinal Health and
Nutrition Survey, composée d’enfants nés à Cebu entre mai 1983
et avril 1984, et pour lesquels étaient collectées et conservées
des données anthropométriques, diététiques et infectieuses, qui
pouvaient être comparées à d’autres items enregistrés 20 ans plus
tard. Passées à la moulinette des statistiques, régressions
multivariées et autres χ², et en admettant pour des populations
asiatiques des IMC > 23 et 27 Kg/m2 pour définir
surpoids et obésité, l’analyse finale révélait que les infections
respiratoires hautes étaient associées à une augmentation de l’IMC,
alors que les diarrhées, fièvres et environnements insalubres
l’étaient avec un IMC plus faible. Des résultats et surtout une
analyse assez rigoureuse pour, selon les auteurs, affirmer que les
infections infantiles ne seraient pas sans retentissement
ultérieur…
En 2005 paraissait dans la revue Nature un article de RF Ley et
coll. au titre éloquent « Microbial ecology : human gut
microbes associated with obesity ». Comme de nombreux autres
avant eux, G. Suh et coll. se réfèrent à ce travail princeps,
rappelant que les infections, tant par les cytokines et autres
médiateurs de l’inflammation qu’elles induisent que par les
traitements antibiotiques prescrits, influencent évidemment la
flore intestinale. Sans doute ne sera-t-on guère étonné,
finalement, qu’une enfance diarrhéique induise de faibles IMC
20 ans plus tard, mais peut-être un peu surpris que des infections
pulmonaires produisent l’effet contraire. Les auteurs avancent ici
le modèle Ad-36, justement responsable expérimentalement d’obésité,
et remarquent que les infections respiratoires induisent de fortes
consommations d’antibiotiques, donc d’importantes modifications de
la flore intestinale dont on ne connaît pas les conséquences.
Pourquoi pas, après tout ?
Dr Jack Breuil
G Suh et coll. : Infectious diseases in children and body mass index in young adults. Emerging Infectious Diseases 2012 ; 9 : 1490-2.
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