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Allaitement : les Françaises ne se vouent pas qu’à leur sein

Publié le 18/09/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Paris, le mardi 18 septembre 2012 – En novembre 2011, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) réactualisait ses recommandations concernant l’allaitement et préconisait de nourrir les enfants exclusivement au sein pendant leurs six premiers mois. Cette prescription s’adresse en théorie à toutes les femmes du monde. Cependant, dans les pays industrialisés, la qualité des formules lactées et de l’eau et les nombreuses méthodes de prévention des infections mises en œuvre rendent parfaitement acceptable le choix du biberon. Il n’en reste pas moins, en dépit de la fiabilité et de la richesse des laits maternisés, que le lait maternel reste selon de nombreuses études meilleur pour la santé de l’enfant « notamment pour la prévention des allergies et des infections gastro-intestinales, respiratoires et oto-rhino-laryngologiques ».

32 % de femmes allaitantes en plus par rapport à 1972

Bien que les autorités sanitaires françaises soient parfaitement conscientes de cette réalité, la France est longtemps demeurée à la traîne des autres pays européens dans ce domaine. Les efforts entrepris ces dernières années dans les maternités, notamment sous l’égide du Programme national nutrition santé (PNNS) semblent avoir permis à l’hexagone de combler son retard, tout au moins sur les états d’Europe du Sud (les résultats des contrées nordiques demeurant inaccessibles). De fait, les premières conclusions de l’étude Epifane portant sur l’alimentation des enfants au cours de leur première année de vie publiés aujourd’hui dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) par l’équipe de Bruno Salavane (Institut national de veille sanitaire, InVS) marquent une nette progression de l’allaitement à la naissance. Cette enquête menée dans 136 maternités devrait concerner à un an 3 000 mères ayant accouché entre janvier et avril 2012. Les premières données révèlent un taux d’allaitement de 69 % à la maternité (dont 60 % de manière exclusive) quand seuls 37 % des enfants étaient nourris au sein à la naissance en 1972 et 53 % en 1998. Si la France est encore loin d’atteindre les 98 % de parturientes allaitantes recensées en Norvège, elle s’aligne désormais sur les pays du Sud de l’Europe.

L’allaitement quasi systématique chez les femmes d’origine étrangère

Parvenu à faire progresser la pratique de l’allaitement à la naissance, notre pays ne semble cependant pas avoir réussi à convaincre les femmes de continuer à nourrir leur enfant au sein une fois de retour à la maison. Un mois après la naissance de leur enfant, on ne comptait plus que 54 % de mères allaitantes (dont seulement 35 % de façon exclusive). Les auteurs ont pu constater que l’abandon de l’allaitement intervenait majoritairement lors de la première semaine. Par ailleurs, de nombreux facteurs semblent déterminer d’une part le fait d’allaiter et d’autre part la propension à arrêter. Ainsi, les jeunes femmes de niveau d’étude inférieur ou égal au baccalauréat choisissent plus souvent le biberon dès la naissance (74,7 % vs 62,4 % pour celles ayant un niveau d’étude supérieur). Par ailleurs, au cours du 1er mois, 28,5 % des mères allaitantes de niveau d’études moindre délaissent le sein alors qu’il n’y en a que 15,9 % parmi celles de niveau d’étude supérieur. A contrario, les femmes d’origine étrangère sont plus enclines à l’allaitement à la naissance (92,2 % contre 66,5 % des femmes nées en France) et abandonnent moins fréquemment cette pratique (la diminution n’est que de 10,5 % au bout d’un mois, contre 22,9 % chez les françaises).

Le rôle du père pas anodin

Autre facteur qui semble favoriser l’abandon de l’allaitement : le fait d’avoir fumé pendant sa grossesse (32,6 % des mères qui nourrissaient leur enfant au sein à la maternité ne le font plus après un mois), d’avoir moins de 24 ans (baisse de 34,5 %) et les naissances multiples (40,2 %). Les auteurs notent enfin que le fait d’avoir accouché par césarienne influence à la baisse le taux d’allaitement à la naissance et après un mois, tandis que la perception positive de l’allaitement par le conjoint a également un impact déterminant. La consommation d’alcool pendant la grossesse, la prématurité, le poids de naissance et le score d’Apgar ne semblent pas a contrario avoir d’effet déterminant. Ces résultats ne manquent pas d’être décevants par rapport à ce qui s’observe une fois encore dans d’autres pays. Ainsi, en Norvège, seules 3 % des femmes délaissent le sein un mois après avoir accouché. Surtout, ils confirment la nécessité d’un meilleur accompagnement des jeunes mères, notamment parmi les groupes « à risque ».



Aurélie Haroche



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