Paris, le mardi 18 septembre 2012 – De nombreuses organisations
non gouvernementales (ONG) se présentant comme spécialisées dans le
domaine de la « santé environnementale » attendaient beaucoup de la
« conférence environnement » qui s’est tenue le week-end
dernier. Des annonces concernant la restriction de l’utilisation de
substances chimiques présentées comme des perturbateurs
endocriniens étaient notamment espérées. Concernant le bisphénol A
(BPA), les ONG ne furent pas déçues. Lors de son discours de
clôture, le premier ministre Jean-Marc Ayrault a en effet indiqué
être favorable à l’interdiction de cette substance, qui intervient
dans la fabrication de nombreux objets industriels dont les
contenants alimentaires et certains dispositifs médicaux. Il a par
ailleurs signalé que le gouvernement soutiendrait la proposition de
loi de Gérard Bapt (PS), adoptée en première lecture en octobre
dernier et qui vise à la disparition du BPA d’ici 2014 et même 2013
pour les produits destinés aux plus jeunes. Cette spécificité avait
été introduite à la demande du ministre de la Santé, Xavier
Bertrand, qui avait soutenu le texte de loi socialiste après avoir
reçu un rapport de l’Agence nationale d’éducation à la santé
(ANSES) invitant à favoriser la substitution du BPA. Pour étayer sa
position, l’ANSES s’appuyait notamment sur des études convergentes
semblant confirmer des effets avérés chez l’animal concernant la
reproduction, la glande mammaire, le cerveau et le comportement,
tandis que des effets suspectés chez l’homme apparaissaient
également mis en évidence concernant la reproduction, le
métabolisme des sucres et des graisses et les pathologies
cardiovasculaires.
Eviter que les produits de substitution soient aussi dangereux
que le bisphénol !
Face à cette levée de boucliers, les industriels étaient
cependant montés au créneau, affirmant que l’objectif d’une
substitution totale du BPA d’ici 2014 était totalement utopiste, «
en particulier dans les résines au contact des aliments »
précisait même l’Union des industries chimiques (UIC). La question
du remplacement du BPA est de fait loin d’être superfétatoire.
Jean-Marc Ayrault lui-même a insisté sur ce point samedi en
remarquant que « les produits de substitution devront avoir
fait la preuve de leur innocuité ». Pour ce faire, encore
faudrait-il avoir une meilleure connaissance du mécanisme d’action
exact du BPA, afin de pouvoir mettre au point des substances aux
propriétés identiques mais dépourvues des mêmes effets. Or, «
bien qu’il soit considéré comme un perturbateur endocrinien
capable de dérégler certains récepteurs cellulaires en mimant
l’action d’hormones naturelles, le mécanisme d’action moléculaire
[du bisphénol] à l’origine de ces effets délétères restait
obscur » rappellent dans un communiqué le CNRS et l’Inserm. Ce
temps est cependant révolu grâce aux travaux de chercheurs de ces
deux instituts publiés hier dans la revue de l’Académie américaine
des sciences (PNAS).
Liaisons dangereuses
Les équipes montpélliéraines de Vanessa Delfosse (Centre de
biochimie structurale) et de Marina Grimaldi (Institut de recherche
en cancérologie) sont tout d’abord parvenues à « montrer (…)
que les régions du récepteur activées par la liaison des bisphénols
A, AF et C diffèrent de celles activées par l’estradiol ».
Aussi, pour déterminer comment les bisphénols « se fixent au
récepteur des estrogènes », ils ont utilisé la
cristallographie aux rayons X. Le recours à cette dernière « a
permis de visualiser en 3D les structures réelles, très précises du
mode de liaison bisphénol-récepteur » explique le communiqué
de l’INSERM et du CNRS. Ainsi, les chercheurs ont désormais une
connaissance précise du mécanisme d’action du bisphénol. Mais les
deux équipes ne se sont pas contentées de cette prouesse. Elles ont
également mis en place « un outil bio-informatique capable de
prédire les interactions entre les bisphénols et leurs différents
récepteurs cibles ». Ce dispositif devrait permettre «
d’orienter la synthèse de nouveaux composés conservant leurs
caractéristiques industrielles mais dénués de propriétés
hormonales » concluent Patrick Balaguer et William Bourguet
directeurs de recherche Inserm. Enfin, les scientifiques estiment
que leur « modèle » pourrait s’appliquer à d’autres perturbateurs
endocriniens. Voilà qui devrait donc doper la recherche
industrielle, même s’il est fort peu probable que cette découverte
permettra de respecter les échéances fixées par la proposition de
loi de Gérard Bapt.
Peut mieux faire
Il est cependant probable que ces informations auront un effet
rassérénant auprès des ONG dédiées à la « santé
environnementale ». Ces dernières se sont en effet montrées
fortement déçues que les annonces du premier ministre ne concernent
que le bisphénol A. Elles estiment en effet que l’ensemble des
perturbateurs endocriniens devrait faire l’objet d’une restriction,
voire d’une interdiction d’usage.
Aurélie Haroche
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