New York, le samedi 22 septembre 2012 – C’est un phénomène
toujours étonnant, mais qui n’est pas si rare, de voir les enfants
chéris d’une discipline, les purs produits d’un savoir, se rebeller
précisément contre le « dogme » qu’ils ont pu brillamment incarner.
Tel fut le mouvement qui traversa dans les années 60 et 70 le monde
de la psychiatrie. Soudain, plusieurs praticiens chevronnés, sans
que leurs discours ne trouvent jamais de réelle unité, se
rebellèrent contre la vision établie de la maladie mentale. La
réflexion centrale de ces psychiatres concernait le cœur même de la
définition de la folie, de la frontière si mal définie entre le
pathologique et la normalité. Leurs interrogations entraînèrent
certains à ne plus penser la folie comme une maladie, mais plus
certainement comme un mode de pensée, une façon de vivre.
Contre l’enfermement et les circonstances atténuantes
Thomas S. Szasz fit partie de ceux là. Après avoir fui la
Hongrie où il vit le jour en 1920, il entreprit à New York de
brillantes études de psychiatrie et devint même un professeur
renommé de l’Université de Syracuse dans la Grande Pomme. Mais
nombre de ses collègues prirent bientôt leurs distances avec ses
thèses et ses formulations, que l’on retrouve dans un ouvrage
devenu un « best seller » : « Le mythe de la maladie
mentale » publié en 1969. Il y développe notamment l’idée que
la psychiatrie ne serait finalement qu’une prolongation des
superstitions d’antan où les fous étaient considérés comme des
possédés. Cette « théorie » l’a conduit à défendre avec force des
convictions que certains aujourd’hui pourraient considérer comme «
contradictoires » mais qui étaient chez lui animées par la même
idée : le refus de la reconnaissance de la « maladie mentale ».
Ainsi a-t-il toujours condamné l’enferment des patients contre leur
gré, tout en refusant que l’on reconnaisse des « circonstances
atténuantes » aux criminels souffrant de troubles mentaux.
Scientologie
Thomas S. Szasz a toujours continué de défendre ses positions
iconoclastes, longtemps après que l’antipsychiatrie soit passée de
mode. Considéré comme un personnage aussi brillant qu’excentrique,
ses thèses sont très fortement controversées de même que son
probable rapprochement avec l’Eglise de scientologie. Mais
aujourd’hui le bruit et la fureur se sont tus : Thomas S. Szasz
s’est éteint au début du mois de septembre à l’âge de 92 ans dans
l’état de New York qui l’avait accueilli alors qu’il fuyait une
véritable folie, celle des Nazis.
Aurélie Haroche
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