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Exclusif : la majorité des professionnels de santé favorable à un dépistage précoce de la maladie d’Alzheimer

Publié le 25/09/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Paris, le mardi 25 septembre 2012 – La journée mondiale dédiée à la maladie d’Alzheimer ce 21 septembre a été l’occasion pour de nombreux médias de faire le point sur les avancées de la recherche sur cette affection. Le bilan s’est révélé plutôt décevant. Il est en effet marqué notamment par la succession récente des interruptions des essais portant sur le bapineuzumab, en raison de la mise en évidence de l’absence d’effets cliniques de ce traitement.

Parallèlement, il apparaît que les méthodes de détection de la maladie, notamment à un stade très précoce, ne cessent de s’affiner. L’identification de nouveaux biomarqueurs qui pourraient permettre d'établir des taux de probabilité de développer la maladie a notamment été beaucoup commentée ces derniers mois. Le développement de ces technologies laisse cependant en suspens une interrogation autant médicale que métaphysique.  Existe-t-il aujourd’hui un intérêt à diagnostiquer précocement la maladie, en l’absence de traitements efficaces, autre que symptomatiques ?

Pour quoi faire ?

A cette question, le professeur Michel Poncet, neuropsychiatre à Marseille et président de l’Institut de la maladie d’Alzheimer répond par un coup de gueule, rapporté par Libération : « Mais pour quoi faire ?

Pour enfermer la personne dans un diagnostic terrible ? Pour qu’elle vive en se disant : ‘Dans dix ans, je n’aurais plus ma tête’ », s’est-il demandé à l’occasion de la journée mondiale. Cet emportement ne serait pas partagé par la majorité des professionnels de santé si l’on en croit les résultats du sondage mené sur notre site du 3 au 24 septembre auquel 534 professionnels de santé internautes ont répondu.

Il apparaît en effet que 65 % d’entre eux sont aujourd’hui favorables à un dépistage précoce de la maladie d’Alzheimer, tandis que seuls 32 % ne semblent pas voir l’utilité d’un tel diagnostic et que 2 % estiment difficile de se prononcer sur le sujet.

Sondage réalisé du 9 août au 3 septembre auprès de 534 professionnels de santé internautes 

En cas de doute, s’abstenir ou agir ?

Ces résultats assez tranchés contrastent plutôt avec la prise de position de plusieurs spécialistes et de certaines sociétés savantes. On se souvient ainsi comment en réponse à la réactualisation de ses recommandations sur la prise en charge de la maladie d’Alzheimer par la Haute autorité de Santé (HAS), le Collège national des généralistes enseignants (CNGE) s’était montré plus que réservé face à la préconisation de la HAS de mettre en œuvre un processus de diagnostic quasiment au moindre doute. Les généralistes enseignants notaient ainsi que l’affirmation selon laquelle un diagnostic des troubles cognitifs légers (TCL) permettrait « de préserver la qualité de vie du patient et de ses aidants et de circonscrire les situations de crise à venir » n’est pas une hypothèse clairement « validée ». Ils s’interrogeaient en outre sur la pertinence de soumettre les patients à de multiples bilans et à des examens parfois invasifs « alors qu’il n’existe actuellement aucun traitement validé de ces troubles ».

Ce qui vaudra demain, vaut-il déjà aujourd’hui ?

Ce n’est cependant pas ce raisonnement que tiennent certains experts et de nombreuses associations de patients et apparemment la majorité des professionnels de santé. France Alzheimer a ainsi toujours considéré qu’en la matière, le diagnostic précoce devait s’imposer afin de ne pas priver les patients d’éventuelles innovations thérapeutiques. Dans ce même esprit, beaucoup notent que la précocité de la prise en charge médicamenteuse pourrait décider de son succès. A cet égard, la récente étude publiée dans le New England Journal of Medicine par RJ Bateman et coll. semble confirmer la pertinence de cette position. Elle suggère en effet que les échecs des traitements évalués à ce jour et notamment la vaccination anti-amyloïde pourraient être liés à une intervention trop tardive. Ainsi, dans un éditorial publié parallèlement à l’étude, le docteur Gandy de New York émet l’hypothèse de l’utilité d’un traitement un quart de siècle avant l’émergence de la maladie chez les patients à risque. De même le professeur Luc Buée (Inserm) s’interrogeait vendredi dans les colonnes de la Dépêche du midi : « On intervient peut-être à un stade trop avancé de la maladie pour obtenir des effets cliniques ». Autant d’éléments en faveur d’un diagnostic extrêmement précoce, même en l’absence de symptômes. Des données que les lecteurs du JIM semblent en outre avoir considéré comme primordiales, au-delà des considérations sur la répercussion psychologique d’une telle annonce et même si notre question en utilisant le terme « aujourd’hui » signalait en filigrane l’impact majeur de l’évolution de la thérapeutique sur la réponse à cette question.

 

Illustration : IRM cérébrale d'un patient de 65 ans atteint de la maladie d'Alzheimer



Aurélie Haroche




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