Paris, le mardi 25 septembre 2012 – Un soupir de soulagement
avait été poussé en juillet dernier avec la publication d’une
enquête menée par le groupe de réflexion LIR dédié à l’industrie
pharmaceutique mettant en évidence des niveaux de consommation de
médicaments en France résolument en baisse.
Seules 10 à 20 % des prescriptions de somnifères seraient
appropriées
Ce bilan connaît cependant des exceptions. Ainsi, les
benzodiazépines utilisées comme somnifères restent très prisées,
notamment chez les personnes âgées. Un tiers des plus de 65 ans
dans notre pays, soit 3,5 millions de personnes utiliseraient en
effet régulièrement des somnifères révèle aujourd’hui la Haute autorité de Santé
(HAS), tandis que cette proportion
augmente jusqu’à 60 % chez les plus de 85 ans. Or, la très grande
majorité de ces traitements seraient inappropriés selon la HAS. «
Seules 10 à 20 % des plaintes du sommeil sont de véritables
insomnies et peuvent alors relever d’un traitement par somnifère,
mais toujours de courte durée, en prévoyant l’arrêt des
prescriptions » souligne aujourd’hui l’institution.
Stop !
C’est pour répondre à cet enjeu que la HAS a tenu aujourd’hui
une conférence de presse dont l’intitulé dévoilait sans ambages ses
ambitions puisqu’elle appelait à dire « stop à la prescription
systématique de somnifères chez les personnes âgées ». En
présence, entre autres de la présidente du réseau Morphée, le
docteur Sylvie Royant-Parola et du professeur François Chast chef
du service pharmacologie-toxicologie de l'Hôtel-Dieu, membre de
l’Académie de pharmacie, les représentants de la HAS ont notamment
rappelé l’existence de plusieurs outils à destination des
praticiens : « arbres décisionnels, questions clés pour la
prescription de psychotropes, agenda du sommeil, questionnaire
d’attachement aux benzodiazépines ». L’utilité et l’existence
de ces différents outils devraient être au centre d’une campagne de
sensibilisation menée prochainement par les conseils de l’Ordre des
médecins et des pharmaciens.
L’accent a également été mis sur l’amélioration du respect des
recommandations en terme de durées de prescription. Plusieurs
enquêtes ont en effet mis en évidence des durées de traitement par
benzodiazépines très supérieures aux règles établies. Ainsi, une
étude réalisée en 2011 par une équipe du centre d’addictologie du
CHU de Clermont Ferrand auprès de 175 patients sous benzodiazépine
depuis plus de trois mois avait mis en évidence que « les
durées de prescription dépassent les recommandations dans 35 % des
cas ». En la matière, la HAS observe plus
généralement : « Les somnifères ne sont indiqués que pour de
courtes périodes et dans un délai allant de quelques jours à quatre
semaines maximum ».
Cinq commandements
Ce travail de réflexion autour du recours aux somnifères chez
nos aïeux avait déjà été amorcé par la HAS il y a plusieurs années.
La réalisation d’une étude sur « les représentations sociales
du sommeil chez le sujet » avait même été commandée à
l’Institut national de prévention et d’éducation à la santé (INPES)
en 2008, tandis que l’objectif de réduction de prescription des
somnifères avait été fixé dès cette date. Cependant, déçus par une
diminution trop faible de la consommation de ces médicaments, la
HAS a décidé de relancer ses « actions d’information et de
sensibilisation ». Elle a également édicté cinq commandements
:
- pas de systématisation des prescriptions de somnifère,
- pas de renouvellement sans réévaluation de la situation clinique
du patient,
- pas d’association de deux somnifères,
- pas d’arrêt brutal du traitement,
- nécessité de dépister l’éventuelle existence d’une pathologie
psychiatrique à l’origine de la plainte du sommeil.
Aurélie Haroche
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