Paris, le samedi 29 septembre 2012 – Qu’on se le dise,
étudier l’histoire de la médecine n’est pas seulement un passe
temps passionnant, agrémenté de la découverte d’anecdotes aussi
croustillantes qu’édifiantes sur les praticiens d’antan et leurs
expériences. Comme dans toute discipline, connaître et comprendre
le passé permet d’éclairer d’un jour nouveau nos interrogations,
nos débats, nos dérives actuelles. Totalement convaincu de cette
relation si particulière entre les travaux d’hier et nos
préoccupations médicales contemporaines, le docteur Roger Teyssou a
consacré plusieurs livres à l’histoire de la médecine s’intéressant
tour à tour à la renaissance, aux liens entre l’aigle impérial et
le caducée ou encore très récemment à Charcot, Freud et l’hystérie.
Ce dernier ouvrage paru en septembre chez l’Harmattan est
l’occasion de redécouvrir les travaux de Charcot (qui tenta de
comprendre l’hystérie grâce à la méthode anatomoclinique) et de les
mettre en regard avec l’hypothèse construite par Roger Teyssou
lui-même. Sa connaissance de Charcot et de Freud lui a permis de
construire sa propre piste ; donnant là une illustration parfaite
de la nécessité de l’histoire. Si ni Freud, ni Charcot (qui sera le
« héros » d’un film prochainement à l’affiche intitulé Augustine
auquel Roger Teyssou à participé) ne sont au centre de cette
tribune, le caractère essentiel de l’histoire est ici parfaitement
démontré.
La connaissance du passé de la médecine permet d’en comprendre
le présent et d’en évaluer l’avenir. Les progrès techniques ont été
tellement foudroyants que les plus utopistes des chercheurs de la
fin du XIXème et du début du XXème siècle ne les auraient jamais
imaginés, même dans les paroxysmes du délire. Cette évolution était
prévisible dès la Renaissance, quand les grands anatomistes,
Vésale, Colombo, Fallope ou Fabrice d’Acquapendente observèrent la
structure du corps humain tel qu’il était et non tel que l’avait
imaginé Galien et la cohorte docile de ses successeurs. Puis, au
XVIIème siècle vinrent Harvey avec sa découverte de la circulation
du sang ou encore Malpighi et son invention des capillaires
sanguins. Haller, Lavoisier, au siècle suivant, allaient démanteler
un peu plus le système humoral hérité de l’Antiquité. Dès lors la
nécessité de privilégier l’observation aux dépens de la spéculation
abstraite allait s’imposer aux médecins. Peu à peu, les sciences
fondamentales devinrent les auxiliaires incontournables de leur
exercice quotidien.
Des systèmes prometteurs… et bientôt anéantis !
L’examen du cheminement qui aboutit à ce résultat, en un siècle
et demi, révèle les tâtonnements, les échecs, les succès de cette
course au progrès. Des noms comme ceux de Claude Bernard, de Karl
Ludwig, de Louis Pasteur ou de Robert Koch jalonnent cette voie qui
révolutionna la physiologie et la connaissance des maladies
infectieuses. La plupart des systèmes, et il en surgissait
plusieurs par siècle, tous plus arbitraires les uns que les autres,
furent anéantis. Ainsi périrent les derniers d’entre eux,
l’irritation de Broussais, l’excitabilité de Brown, le tonus
nerveux de Cullen, que chacun de ces auteurs considérait comme
responsables de toutes les maladies. Ils cédèrent peu à peu le
terrain devant les progrès de la connaissance des phénomènes
pathologiques liés aux nouvelles techniques d’investigation
diagnostique. Cela commença avec la découverte de l’auscultation
par Laënnec en 1819 et se poursuivit, en 1895, par celle des rayons
X par Roentgen.
Le dernier bastion de la médecine spéculative
Un seul domaine restait accessible aux tenants de la médecine
spéculative, celui des maladies du système nerveux, tout
particulièrement les maladies mentales. Certes Jackson en
Angleterre et surtout Charcot en France, firent s’accomplir des
avancées considérables dans la connaissance des maladies du système
nerveux. Charcot chercha en vain à expliquer l’hystérie par la
méthode anatomoclinique.
Son échec amena Freud et ses épigones à chercher une autre voie.
Ainsi prit naissance la psychanalyse. Autant l’état des
connaissances à l’époque de Charcot justifiait cette option,
autant, dès les années vingt, la compréhension des processus
mentaux rendirent très discutables les concepts et les
interprétations freudiens. Le meilleur exemple est l’interprétation
de la pathogénie de l’ulcère gastro-duodénal dont on a rebattu les
oreilles de trois générations de médecins avant de découvrir qu’il
s’agissait d’une maladie infectieuse due à l’Helicobacter pylori,
affection guérissable par les antibiotiques. J’ai consacré un
livre, sorti à L’Harmattan en 2009, à propos de ce fiasco
psychosomatique : Une histoire de l’ulcère gastro-duodénal.
En 2012, j’ai fait paraître chez le même éditeur un ouvrage
intitulé Charcot, Freud et l’hystérie qui pose l’hypothèse selon
laquelle l’hystérie, telle que la décrivaient ces auteurs, n’est
pas une maladie mais un processus de défense de l’organisme contre
un environnement hostile chez des sujets infantilisés par leur
statut social défavorisé et leur enfermement dans des
établissements qui tenaient plus de la prison que de l’hôpital.
Ce livre m’a été inspiré par le film d’Alice Winocour,
Augustine, dont la sortie est prévue pour le début du mois de
novembre 2012.
Dr Roger Teyssou
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