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Bisphénol A: la France pousse l’Europe à une réglementation plus stricte

Publié le 28/09/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Paris, le vendredi 28 septembre 2012 – Le bisphénol A (BPA) divise l’Europe depuis plusieurs années. Schématiquement, on trouve d’une part la France et le Danemark convaincus de la toxicité de cette substance et qui souhaitent le plus possible en limiter l’usage et d’autre part l’Europe qui a multiplié les rapports rassurants sur le sujet. Ainsi, le 30 septembre 2010, l’Agence européenne de sécurité des aliments publiait un rapport affirmant qu’il n’existait aucune nouvelle donnée scientifique fiable justifiant d’abaisser la dose journalière admise (DJA) d’exposition au BPA. D’une manière générale, les experts européens concluaient à l’absence de dangerosité pour la santé.

L’Europe cède sur les biberons

La France et le Danemark s’opposent de plus en plus frontalement à cette position. Leurs actions contre cette substance qui intervient dans la fabrication d’un très grand nombre d’objets industriels (des récipients alimentaires aux biberons en passant par les DVD ou les visières de casques de hockey) ne se limitent plus désormais uniquement à l’adoption de réglementations nationales. Ainsi, les dispositions danoises puis françaises interdisant la commercialisation de tous les biberons contenant du BPA ont finalement été adoptées par l’Europe entière. Aujourd’hui, la France souhaite que l’Agence européenne des substances chimiques (ECHA) procède à un nouveau classement du plastifiant afin de le faire entrer dans une catégorie plus réglementée.

Substitution à marche forcée

Cette demande présentée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) vient d’être déposée devant l’instance européenne. Elle viserait à reconnaître le BPA comme une substance « toxique pour la reproduction » (soit un classement en catégorie 1A) et non plus seulement comme « toxique pour la reproduction suspecté ». Un tel changement aurait des « conséquences directes » en matière de régulation, souligne dans un communiqué de presse l’agence française. Des mesures contraignant plus certainement à sa substitution devraient ainsi être adoptées de même que serait interdite la « mise sur le marché de mélanges contenant du bisphénol A à destination des consommateurs ».

Des références obsolètes

Pour justifier une telle demande, l’ANSES s’appuie notamment sur les différents rapports établis par ses soins ces derniers mois. Elle a notamment publié en septembre 2011 un rapport s’appuyant sur l’ensemble de la littérature existant sur le sujet. Si elle a déploré l’hétérogénéité des travaux, elle a néanmoins considéré que des « effets avérés » paraissaient confirmés chez l’animal concernant la reproduction, la glande mammaire, le métabolisme, le cerveau et le comportement, tandis que des effets suspectés chez l’homme semblent également se faire jour concernant la reproduction et les pathologies cardiovasculaires. Par ailleurs, ce rapport de l’ANSES avait mis en évidence le manque de fiabilité des « doses de référence utilisées à des fins réglementaires », certains effet délétères paraissant en effet se manifester chez l’animal à des seuils inférieurs aux normes fixées.

Si l’ANSES est convaincue du bien fondé de sa demande et de la solidité de l’argumentation scientifique, les experts européens seront probablement difficiles à convaincre. Surtout, un long temps devrait s'écouler avant que l’ECHA ne se prononce définitivement : la procédure réglementaire dans laquelle la France s’est engagée peut en effet durer plus de deux ans. A cette date, la France devrait déjà avoir banni totalement le BPA, si une loi adoptée en première lecture sur le sujet, entrait effectivement en vigueur.



Aurélie Haroche



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