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Mediator : le nombre de "victimes" doit-il être revu à la baisse ?

Publié le 03/10/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Paris, le mercredi 3 octobre 2012 – Beaucoup s’en souviennent sans doute : la mise en place du Fonds d’indemnisation des victimes du benfluorex (Mediator) au sein de l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) avait été précédée de nombreuses discussions. Parmi elles, certaines concernaient la question du taux d’incapacité pouvant donner droit à une indemnisation. L’inquiétude des représentants de patients résidait dans le fait que la fixation précise d’un taux exclurait de façon définitive les sujets présentant un taux d’incapacité faible. Aussi, s’étaient-ils montrés très satisfaits de la rédaction finale du texte créant le fonds qui laissait le champ libre à une indemnisation quel que soit le niveau d’incapacité puisqu’il indique que « toute personne s’estimant victime d’un déficit fonctionnel » sera fondée à se retourner vers l’ONIAM.

Quid des dossiers rejetés ?

Ce libellé très flou avait sans doute été considéré par les associations de « victimes » comme l’assurance que la très grande majorité des dossiers serait jugée recevable. Les chiffres révélés ce matin par le Parisien laissent présager une réalité bien différente. Selon le quotidien, sur les 831 dossiers médicaux déjà examinés (sur les 7 000 reçus !), 712 ont en effet été rejetés, soit 85 %. A l’exception de ces chiffres, les données du quotidien restent parcellaires sur les raisons ayant poussé les experts à refuser la très grande majorité des demandes qui leur ont été présentées. Les informations du Parisien suggèrent uniquement en filigrane que l’ONIAM ne fait pas montre d’une extrême sévérité, puisque parmi les dossiers qui ont été retenus, une majorité concerne des patients dont l’incapacité est limitée entre 5 et 10 %. Cependant, on ignore si les demandes repoussées faisaient état pour une grande part de complications non cardiologiques (un patient de plus de 80 ans mettait ainsi en cause ce matin sur RTL le Mediator dans la perte de ses dents, une complication du benfluorex non documentée à ce jour !) ou si au contraire elles présentaient des cas de valvulopathie. Par ailleurs, si les dossiers retoqués concernent des patients atteints de valvulopathie, on ne sait aujourd’hui s’il s’agit de valvulopathies dont les caractéristiques cliniques ne correspondent pas au tableau spécifique des atteintes valvulaires provoquées par le benfluorex ou de valvulopathies qui bien que pouvant être considérées comme liées au médicament demeurent mineures et sans incidence fonctionnelle.

Des experts lâches et incompétents selon Irène Frachon

Pour le docteur Irène Frachon, toujours en pointe dans ce dossier (dont elle semble avoir fait désormais une affaire personnelle), c’est la définition de ces valvulopathies mineures qui fait débat. Elle affirme que les experts sont très partagés quant à l’impact des valvulopathies mineures : beaucoup estiment qu’elles n’ont pas d’incidences fonctionnelles, quand d’autres, dont elle, assurent que leurs effets ne sont pas nuls. Par ailleurs, Irène Franchon déplore que le « préjudice d’angoisse » ne soit pas suffisamment pris en considération. D’une manière générale, elle affirme que « des discussions extraordinairement vives » animent les collège d’experts et déplore que « le doute bénéficie systématiquement à Servier » (ce qui est pourtant la règle en droit commun !). Bien sûr, elle n’hésite pas à jeter la suspicion sur les experts dont elle raille « l’incompétence » et le manque de courage… vis-à-vis de Servier. « Ils ont du mal à raisonner de façon parfaitement scientifique face à de nombreuses pressions et inquiétudes qui parasitent leur raisonnement » a-t-elle lâché sur Europe 1. Pourtant, le médecin brestois le reconnaît parallèlement elle-même : les cas très graves ne seraient pas légions.

Pas tout à fait une surprise…

Il ne serait donc plus d’actualité les 500 morts provoqués par le Mediator, les milliers de victimes ? D’aucuns l’avaient déjà prédit. Les laboratoires Servier, bien sûr, mais leurs déclarations et études n'étaient guère être considérées comme recevables. Cependant, des travaux menés par des scientifiques indépendants le suggéraient également. Une étude observationnelle conduite par une équipe multicentrique française portant sur 40 cas de valvulopathies modérées à graves chez des patients traités par Mediator, dont nous avions rapporté ici les résultats, permettait en effet de mieux identifier les cas suspects mais également de revoir à la baisse  la fréquence des complications, suggérée par d’autres travaux.

L’ONIAM pas si sûr d’être remboursé !

Il semble pourtant aujourd’hui que personne (pas même les responsables de la santé publique) n’y voit une bonne nouvelle : certes le Mediator était un médicament susceptible de provoquer des valvulopathies, mais heureusement le nombre de victimes graves apparaît limité. Interrogée à la sortie du conseil des ministres sur ce sujet, Marisol Touraine s’est principalement contentée de réciter une leçon bien apprise. « Je suis très attentive à ce que les victimes puissent être indemnisées correctement et je suis aussi très attentive à ce que le laboratoire Servier assume ses responsabilités » a-t-elle ainsi déclaré avant de poursuivre : « Ne nous trompons pas de cible et d'enjeu le Mediator a été mal utilisé, mal commercialisé il y a eu des mensonges et c'est le laboratoire qui, est en première ligne, c'est le laboratoire qui est responsable et c'est le laboratoire qui à la fin du processus devra assumer ses responsabilités ». Enfin, toujours sans aborder directement le véritable sujet (a-t-on sur-estimé le nombre de victimes ?), elle a néanmoins signalé : « Il n'y a pas de discussion sur le fait que des indemnisations doivent être apportées. Les débats qui portent au sein de la commission sont sur la capacité à établir un lien entre les dysfonctionnements observés chez certains malades et la prise du Mediator d'une manière qui garantisse l'indemnisation par la justice ». Bref, elle a admis que l’ONIAM ne pouvait préjuger des résultats des procédures judiciaires en cours et devait se montrer plus que prudent en n’accordant ses indemnisations qu’aux seuls cas dont il est a priori certain qu’ils seront également reconnus par la justice… et ils pourraient apparemment ne pas être si nombreux.

Du côté de l’ONIAM, enfin, on temporise en observant que seule une petite partie des dossiers reçus ont été traités (ce qui confirme la lenteur de l’office qui lui a déjà été reprochée) mais on reconnaît : « La situation est plus compliquée que prévu », selon l’expression du directeur de l’ONIAM, Eric Rance interrogé par le Parisien.



Aurélie Haroche


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