Paris, le mardi 9 octobre 2012 – Les changements politiques sont
souvent marqués par l’émergence de nouvelles terminologies. Ainsi,
le quinquennat de Nicolas Sarkozy a été riche en « Grenelle ». On
ne compte plus en effet le nombre de fois où les membres du
gouvernement et leur emboîtant le pas les responsables associatifs
ont appelé à la tenue d’un « Grenelle ». Aujourd’hui, le terme
semble celui d’une autre ère et paraît devoir être remplacé par
celui de « pacte ». Nous attendons ainsi avec impatience le « pacte
de compétitivité » du Premier Ministre, tandis que Marisol
Touraine, à la santé a récemment dévoilé les grandes lignes de son
« pacte de confiance » avec l’hôpital. Signe qu’il s’agit du
nouveau paradigme désormais incontournable, le terme est également
repris par la société civile.
Des atouts fragiles
Ainsi, la semaine dernière, le syndicat de l’industrie du
médicament, le LEEM proposait aux pouvoirs publics de sceller un «
pacte industriel ». A l’origine de cet appel réside une double
constatation : l’industrie pharmaceutique est un des rares secteurs
industriels en France qui jouisse encore d’une véritable dynamique,
cependant, elle connaît de nombreux facteurs de fragilisation qui
pèsent lourdement sur son avenir. Deux études commandées par le
LEEM et dont les conclusions ont été présentées la semaine dernière
confirment ce panorama. La première réalisée par le cabinet Roland
Berger est un état des lieux de la
production des médicaments en France. Elle met tout d’abord en
évidence ses atouts : un nombre de sites importants (224) qui
concernent des technologies très diverses, une « capacité à
gérer la complexité industrielle (…), une position de leader sur
les vaccins» et point crucial quand on connaît la situation
économique de la France « une contribution importante à la
balance commerciale (en moyenne plus de 6 milliards d’excédents par
an) ». Un tableau engageant qui est cependant miné par un
certain « essoufflement » : les deux tiers des spécialités
produites en France sont basées sur des brevets déposés il y a
dix-huit ans en moyenne et la production connaît une situation de «
surcapacité » qui conduit à une mise sous tension des sous
traitants. Les conséquences de cette situation sont notamment
perceptibles sur l’emploi. Le cabinet Arthur D. Little à l’origine
d’une seconde étude commandée par le
LEEM prédit ainsi une accélération de « la baisse des emplois
de production » de 2015 à 20210 « dans une sorte
d’emballement délétère de la perte de compétitivité du
territoire ».
Appel à Arnaud Montebourg
Il ne s’agit cependant pas d’une fatalité. Dans un second volet,
les « prévisions » de l’étude Arthur D. Little affirment que grâce
à des mesures « volontaristes », la diminution du nombre d’emplois
pourra rester limitée et stagner entre 2015 et 2020. Mais qui dit
politique « volontariste » semble vouloir dire engagement des
pouvoirs publics, tout au moins aux yeux du LEEM. «
L’organisation professionnelle appelle [en effet] l’ensemble
des acteurs du système tant industriels que politiques et
institutionnels (…) à la mise en œuvre au travers d’un « pacte
industriel », de mesures concrètes permettant à la fois de
conforter la production pharmaceutique existante et de soutenir la
production de solutions de santé d’avenir », indique le LEEM.
On ne sait si cet appel sera entendu par le gouvernement et
notamment son ministre du redressement productif. mais il faut
souligner qu'il contraste avec les critiques très sévères adressées
il y a une dizaine de jours par le syndicat à l’encontre des
grandes lignes du projet de loi de financement de la Sécurité
sociale (PLFSS) qui fait peser une partie des économies à réaliser
en 2013 sur le marché du médicament.
Aurélie Haroche
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