« Déserts médicaux » : de quoi parle-t-on ?

Paris, le mardi 16 octobre 2012 – Si l’on regarde les chiffres « bruts », la population française n’a guère de souci à se faire. La très grande majorité des personnes vivant en France est en effet assurée d'habiter à proximité d'un professionnel de santé. Deux enquêtes nous le confirment aujourd’hui. La première menée par l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) rappelle que 84 % de la population compte dans sa commune un généraliste ou une infirmière (et 81 % un kinésithérapeute), tandis que 100 % de nos concitoyens sont assurés de pouvoir consulter un de ces trois professionnels à moins de 15 minutes de chez eux. Chez les spécialistes, l’offre est moins pléthorique, mais elle est loin d’être étique. Même si l’UFC Que Choisir ne le présente pas sous cet angle, on apprend dans une enquête publiée aujourd’hui par cette association que la proportion de Français vivant dans une zone désertée par les pédiatres ne dépasse pas 19 % et varie entre13 et 14 % en ce qui concerne respectivement les ophtalmologues et les gynécologues. On précisera en outre que selon les chiffres de l'INSEE, 100 % des Français comptent un gynécologue et un ophtalmologue à moins d'une heure de chez eux.

Pas de médecin à côté de la maison, et alors ?

Comment expliquer alors que les « déserts médicaux » soient aujourd’hui considérés comme un enjeu de santé public majeur ? C’est que proximité ne rime pas toujours avec accessibilité nous rappellent l’INSEE et l’UFC Que Choisir. Les analyses de l’INSEE nous suggèrent ainsi que les Français ne veulent pas nécessairement compter un professionnel dans leur commune, ils souhaitent avant tout consulter un « bon » praticien. Ainsi, on découvre que seule la moitié des consultations de généralistes ou de kinésithérapeutes se font dans la commune de résidence et que 16 et 20 % des Français n’hésitent pas à faire plus de 15 minutes de trajet pour aller voir respectivement un médecin généraliste ou un kinésithérapeute. « Des patients peuvent aller voir un professionnel de santé sur le chemin ou près de leur lieu de travail, peuvent vouloir profiter de davantage d’équipements médicaux dans une grande ville ou encore consulter un professionnel de meilleure réputation » avance l’INSEE. En outre, dans certaines communes richement pourvues en professionnels, les délais d’attente peuvent parfois s’allonger, tandis que dans certaines localités où l’offre est moindre, l’accessiblité sera pourtant meilleure. Aussi, l’INSEE estime qu’il serait plus judicieux de s’intéresser au nombre de professionnels accessibles (c'est à dire à moins de quinze minutes de chez soi) en équivalent temps plein pour 100 000 habitants, "pondéré en fonction de leur consommation de soins". Avec un tel « indicateur », les résultats ne sont cependant guère plus désastreux : on constate que seuls 7 % de la population a un accès deux fois plus difficile aux généralistes, infirmiers et kinésithérapeutes que la moyenne.

Une Française sur deux n’a pas accès facilement à un gynécologue de secteur 1

Quid de la pédiatrie, la gynécologie et l’ophtalmologie qui intéresse l’UFC Que Choisir ? Ici, on observe que l’accessibilité est différente selon que l’on s’intéresse aux praticiens en secteur 1 ou en secteur 2. Ainsi, 54 % des Françaises vivent dans une zone privée de gynécologues installés en secteur 1, 45 % de la population ne réside pas à proximité d’un ophtalmologue ne pouvant prendre de « compléments » d’honoraires, une proportion qui descend à 28 % en ce qui concerne les pédiatres. Des chiffres qui seront sans doute rappelés demain lors de la dernière séance de négociation autour du secteur 2.

Aurélie Haroche

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