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L’amélioration de l’accès aux soins passe par l’alignement des actes en tarif remboursable sur leur coût réel de 2012

Publié le 16/10/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir


Par le Dr. Michel CHASSANG, Président de la CSMF

Paris, le mardi 16 octobre 2012 – Les négociations autour des « compléments » d’honoraires des médecins de secteur 2 doivent s’achever demain et les premières discussions ne permettent nullement d’augurer l’issue de la discussion. Si les grandes lignes du « contrat d’accès aux soins » dessinées par les responsables de l’Assurance maladie n’ont pas été rejetées par les syndicats de médecins libéraux et si la dernière réunion en date a été l’occasion pour les représentants des mutuelles d’évoquer les conditions de leur participation à ce dispositif, de nombreux points cruciaux n’ont pas encore été frontalement abordés. Pour Michel Chassang, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), c’est notamment la question de la revalorisation des tarifs opposables qui est en jeu, comme il l’évoque pour nous dans ces colonnes.

En 1980, pour éviter d’avoir à investir dans le remboursement de tous les actes médicaux, le gouvernement de Raymond Barre a ouvert la liberté tarifaire. Depuis trente ans, les gouvernements successifs, tous bords confondus, se sont accommodés du secteur 2, leur fournissant du même coup le prétexte pour bloquer la valeur de la plupart des actes médicaux au même niveau qu’il y a trente ans. Leur tarif n’a plus rien de commun avec leur valeur réelle. Les médecins de secteur 2 ont ainsi été conduits à facturer des compléments d’honoraires pour combler l’écart entre le tarif sécu et le prix de revient des actes. Les médecins de secteur 1 ont été contraints de travailler plus pour maintenir leur niveau de vie au risque de sombrer dans les abîmes du burn out, devenu un fléau.

De nombreux actes médicaux tarifés au prix de 1980

Aujourd’hui, le tarif horaire d’un médecin généraliste est inférieur au tarif de l’heure d’attente d’un taxi parisien. Le revenu du médecin français est très inférieur à celui de ses homologues européens. Une récente étude de l’OCDE montrait que le revenu du médecin généraliste français représente 2,1 fois le salaire moyen des français alors que celui de son confère allemand est de 3,7 fois le revenu moyen des salariés d’Outre Rhin.

Malgré cela, les médecins libéraux ont pris au sérieux leur engagement dans la maîtrise des dépenses. Ils sont même allés au-delà de ce qu’on attendait d’eux, soit 800 millions d’euros d’économies de plus en 2011 et 350 millions en 2012, qui constituent autant de ressources supplémentaires.

Malgré cela, l’assurance maladie échoue à surmonter son déficit et le gouvernement actuel, qui repousse à plus tard la réforme du financement, se livre, comme ses prédécesseurs, à une série de corrections qui ont pour effet d’éroder l’offre de soins en tarif opposable. Pire, les honoraires des médecins libéraux sont désormais employés comme une source de recettes pour alimenter les dépenses de soins, à coup de ponction sous forme de baisses de tarifs. Pour 2013, le gouvernement a programmé 155 millions d’euros de baisses sur les tarifs des biologistes et des radiologues. Du coup, face à un tel manque de visibilité, les jeunes médecins, qui s’installent encore, sont conduits à faire de plus en plus le choix du secteur 2.

Paradoxe, c’est vers les médecins libéraux que le gouvernement se tourne pour « améliorer l’accès aux soins » en leur demandant un « encadrement des dépassements d’honoraires » pour concrétiser un des engagements du Chef de l’Etat pendant la campagne présidentielle.

Si l’ont met de côté la question des dépassements abusifs, qui concernent moins de 600 praticiens sur 110 000 médecins libéraux, qu’il faut naturellement traiter, l’équation est facile à résoudre.

Cercle vertueux

La solution la plus logique consiste à revaloriser les tarifs du secteur 1, pour les porter à leur juste prix, afin de dégonfler mécaniquement le secteur 2. Si les tarifs deviennent économiquement viables, on entre dans un cercle vertueux, qui permet d’une part aux médecins de mieux travailler, d’améliorer la prise en charge des patients et donc de limiter les hospitalisations coûteuses, au lieu de faire la course à l’acte.

Pour y parvenir, la CSMF, premier syndicat médical français, a proposé d’utiliser les moyens existants dans la convention médicale signée en 2011. Parmi ses propositions, la plus emblématique concerne les spécialités de consultation, dites spécialités cliniques qui sont actuellement les plus sous-valorisées de la profession. La CSMF préconise de franchir une première étape de la réforme des consultations en créant dans un premier temps une majoration de 10 € sur les actes cliniques en tarif opposable (consultations et visites à domicile) pour les patients âgés de plus de 80 ans.

Certains ont voulu agiter l’épouvantail de la discrimination sans savoir de quoi il retournait. Il s’agit ni plus ni moins que valoriser des actes très complexes et longs comme cela existe déjà et depuis très longtemps pour d’autres que ce soit pour les personnes âgées ou pour les petits enfants. On est dans une discrimination d’autant plus positive qu’elle va dans le sens de l’intérêt du patient.

Valoriser la prise en charge complexe des personnes âgées sans impacter leur budget

Il n’y a aucune de raison objective de refuser aux consultations ce qui existe déjà de longue date pour les actes techniques pour lesquels des coefficients modificateurs sont appliqués selon l’âge du patient : 23 € pour les anesthésies des moins de 4 ans et de plus de 80 ans,  25 % sur les interventions pour glaucome, cataracte, décollement de rétine ou greffe de cornée sur des patients de moins de un an, ou encore pour les actes de médecine nucléaire pour les patients de moins de trois ans, etc... La révision de la nomenclature des actes techniques, initiée en 2005, vise à généraliser une majoration de 17 % pour tous les actes sur les moins de 5 ans et une majoration de 20 % pour tous ceux concernant les patients de plus de 80 ans. Cette disposition a été validée dans un consensus général par les partenaires sociaux, le gouvernement et les caisses d’assurance maladie, tant il était évident que la prise en charge des patients au début comme à la fin de la vie, est plus lourde pour le praticien et doit être valorisée comme telle.

Cette majoration de 10 € sur les consultations permettrait d’améliorer la prise en charge des patients très âgés, ce qui constitue un des objectifs du gouvernement pour limiter le recours à l’hospitalisation et favoriser le maintien à domicile. Elle s’inscrit dans la même logique que la création de la VL, visite longue pour les patients atteints de maladies neuro dégénératives, car la prise en charge des patients très âgés est plus complexe. Elle exige beaucoup d’énergie, de temps et d’attention de la part du médecin.

Très clairement, cette majoration grand âge « MGA » n’a pas pour objectif de pénaliser financièrement les patients les plus âgées dans un contexte économique déjà très difficile. C’est à l’assurance maladie qu’il appartient d’apporter la réponse pour faire en sorte qu’elle ne pèse pas sur leur budget, par exemple en la prenant en charge à 100 % dans le cadre d’une dispense d’avance des frais comme elle le fait pour d’autres rémunérations.

La question aujourd’hui est de savoir si le gouvernement est réellement déterminé à améliorer l’accès aux soins. Il n’existe pas de réponse efficace et crédible sans un investissement significatif sur le secteur 1. Les marges de manœuvre existent. Il faut aller les chercher dans les sous réalisations des objectifs de dépenses de 2011 et celles annoncées pour 2012 : en tout 1,15 milliard d’euros.

Dans la négociation sur les dépassements d’honoraires qui doit se conclure le 17 octobre, les médecins ne cherchent pas à protéger de prétendus privilèges. Ils défendent la nécessaire convergence entre le coût réel des actes médicaux en 2012 et le tarif auquel l’assurance maladie les rembourse aux patients. En redonnant son attractivité au secteur 1, l’impact du secteur 2 sera mécaniquement limité. C’est la seule voie de passage pour améliorer de façon concrète l’accès aux soins. Leur demande est simple et claire. Cette idée semble faire son chemin. D’ailleurs les complémentaires santé, l’assurance maladie et certains parlementaires l’ont compris et se disent prêts à investir dans le secteur 1. Le gouvernement lui-même vient de dire qu’il n’était plus opposé à cette idée. Reste à en définir les modalités et le niveau de l’enveloppe.



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