Bien qu’ils soient désormais considérés comme des affections
distinctes, les troubles du spectre autistique et la schizophrénie
se chevauchent parfois. Historiquement, l’autisme apparaissait
d’ailleurs comme une sorte de « schizophrénie infantile », en
raison des difficultés de socialisation et des bizarreries du
comportement partagées par l’autisme et la schizophrénie. Bleuler
lui-même (le psychiatre suisse qui proposa le terme
‘‘schizophrénie’’ en 1911) tenait l’autisme pour un « important
signe distinctif de schizophrénie » (un signe « secondaire »,
toutefois) par lequel le sujet tendrait à s’écarter
activement de la réalité extérieure (an active turning away
from the external world).
Vers 1980, les statuts nosologiques de l’autisme et de la
schizophrénie ont cependant divergé, cette séparation étant
influencée par leurs « trajectoires de développement » respectives
: alors que l’autisme survient très tôt dans l’existence, les
symptômes de schizophrénie s’installent plus tardivement, après une
« longue période de développement normal ou quasi-normal.
» Mais quelles que soient les options nosographiques dominantes,
autisme et schizophrénie n’en demeurent pas moins des affections,
sinon identiques ou proches (comme on l’envisageait au début du
XXème siècle), du moins assez apparentées pour susciter une
réflexion épidémiologique sur une origine voisine.
Dans ce contexte d’évaluation du « degré selon lequel ces
troubles partageraient une même base étiologique », une étude
internationale (impliquant des chercheurs de Caroline du Nord, de
Grande-Bretagne, d’Israël et de Suède) a été conduite pour préciser
si « une histoire familiale » émaillée par une schizophrénie ou/et
une maladie bipolaire peut se révéler un facteur de risque
significatif pour l’autisme à la génération suivante. Menée dans la
population suédoise, cette étude confirme cette parenté
nosographique, puisque la présence de schizophrénie chez le père ou
la mère multiplie environ par 3 le risque d’autisme pour l’enfant
(odds ratio [OR] : 2,9 ; intervalle de confiance 95 % [IC]
:2,5–3,4). Quand la schizophrénie affecte un frère ou une sœur, cet
accroissement du risque est à peine moins élevé (OR : 2,6 ; IC :
2,0–3,2). Le risque d’autisme chez l’enfant est multiplié par 2 (OR
: 1,9 ; IC : 1,7–2,1) quand un parent est touché par une maladie
bipolaire et par 2,5 (OR : 1,9 ; IC : 2,1–3,0) quand c’est un frère
ou une sœur. Pour les auteurs, ces données suggèrent que ces trois
affections (troubles du spectre autistique, schizophrénie et
troubles bipolaires) « partagent des facteurs étiologiques
communs.
»
Dr Alain Cohen
Sullivan PF et coll.: Family history of schizophrenia and bipolar disorder as risk factors for autism. Arch Gen Psychiatry, 2012 ; publication avancée en ligne le 2 juillet. doi: 10.1001/archgenpsychiatry.2012.730.
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Schizophrenie et autisme
Le 19 octobre 2012
Heureux que cette étude épidémiologique objective la parenté "étiologique" entre TED, schizophrénie et troubles bi-polaires. L'évolution des autismes, et singulièrement de l'Asperger vers des fonctionnements psychotiques, voire carrément schizophréniques est une évidence clinique. La proximité clinique des troubles désintégratifs avec les psychoses infantiles (psychoses symbiotiques, psychoses de la deuxième enfance) va dans le même sens. Le fait que dans la majorité des cas le syndrome de Kanner voit son évolution spontanée marquée par l'irruption de symptômes typiquement psychotiques (angoisses persécutrices, angoisses orificielles d'intrusion et de vidange, crises aigues d'angoisse psychotiques avec auto-mutilations, violences, immutabilité ...) est lui aussi indicatif. Certes ces troubles co-existent avec des fonctionnements autistiques parfois intenses (stéréotypies, repli, recours aux sensorialités archaïques avec recrutement toniques … etc ), mais la signification de ces conduites autistiques est peut-être différente de celles observées en début d'évolution dans les formes sévères de Kanner : ne s'agit-il pas de recours autistiques destinés à lutter contre l'angoisse "psychotique" (le Stress de Lovaas) en se coupant d'une perception de la réalité, des autres et de sa propre intériorité psychique : auquel cas on s'approcherait ici de l'autisme de Bleuler décrit dans la schizophrénie .
Dr Philippe Gabbai
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