La « médecine basée sur les preuves » repose sur la mise en
place d’études contrôlées dont la méthodologie est bien définie.
Mais il importe de connaître avec précision comment a été
constituée la cohorte des sujets inclus dans ces travaux, seul
moyen de savoir à quel type de population on pourra appliquer les
résultats d’un essai.
Le développement des biothérapies pour le traitement de la
polyarthrite rhumatoïde (PR) a produit de nombreuses études
contrôlées et une équipe d’Ankara a évalué la qualité de la
description de la constitution de la cohorte des sujets inclus dans
ces essais.
Les auteurs ont ainsi relu 66 études référencées dans PubMed,
portant sur les biothérapies actuellement disponibles dans la PR
(étanercept, infliximab, adalimumab, golimumab, certolizumab,
abatacept, tocilizumab, et rituximab)
Vingt-trois (35 %) études mentionnent le nombre de patients
présélectionnés pour y participer, et seulement 13 (20 %) décrivent
parfaitement le processus de recrutement, et le flux des
sujets.
Les auteurs ne trouvent aucune différence en fonction de l’année
de publication, du journal dans lequel l’article est publié, ou
encore du sponsor industriel éventuel.
Quand l’information est disponible, la fraction de sujets
éligibles est au final de 80,6 % en moyenne. Autrement dit, il
faut passer au crible 1,28 sujets pour finalement en recruter
un.
Ainsi peu d’études, pourtant contrôlées, décrivent suffisamment
le processus de recrutement des sujets, ce qui introduit
potentiellement un biais impossible à évaluer. Il devient alors
aléatoire d’extrapoler les résultats d’un essai donné à toutes les
PR. Par exemple les études favorisent souvent la sélection de
PR sévères afin d’augmenter les chances de démontrer un effet du
produit testé. De même il s’agit souvent de PR évoluant depuis
longtemps. Il est donc difficile d’appliquer les résultats à des PR
récentes, ou moins sévères. Cependant les auteurs tempèrent ces
critiques car quand les données sont disponibles, on peut juger que
les résultats sont généralisables à 80 % des PR tout venant, ce qui
n’est déjà pas si mal.
Dr Laurent Laloux
Simsek I et coll. : Incomplete reporting of recruitment information in clinical trials of biologic agents for the treatment of rheumatoid arthritis : a review. Arthritis care & research. 2012; 64 : 1611-1616
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