Une journée sur laquelle il (ne) faut (pas) s’asseoir

Paris, le lundi 19 novembre 2012 – Pas une semaine se passe sans qu’une grande cause sanitaire ne soit honorée d’une journée mondiale. Ces derniers jours en ont été une illustration saisissante : en l’espace de 72 heures se sont succédées les journées dédiées au diabète, à la broncho-pneumopathie chronique obstructive ou encore à la prématurité. Tant de manifestations conduisent parfois à la confusion des messages, tandis que l’on peut également s’interroger sur la pertinence de ce type d’opérations à l’heure où tout au long de l’année les conférences et autres colloques sont si nombreux (on ne peut guère dire par exemple que la lutte contre le diabète soit ignorée !).

Plus glamour de financer un réseau d’eau potable… que des latrines !

Certains cas font cependant exception telle la cause célébrée aujourd’hui : les toilettes ! L’organisation chaque année depuis dix ans le 19 novembre d’une journée mondiale des toilettes a en effet contribué à lever quelque peu le tabou sur un sujet crucial. En effet, en  2012, 2,5 milliards de personnes n’ont pas accès à des sanitaires dans des conditions correctes et parmi elles un milliard en sont totalement privées. Selon Jack Sim, fondateur de l’Organisation mondiale des toilettes, cette manifestation a permis « à chacun de se saisir du sujet et de lancer des actions comme installer des toilettes sur les places des villes, organiser un festival, des expositions de photos… Cela a permis d’attirer l’attention des gouvernements, des ONG et des Nations Unies, jusqu’à Bill Gates, qui avec sa fondation, a lancé un concours pour inventer les toilettes de demain ». Une analyse partagée par Julien Eyrard, spécialiste des questions d’assainissement au sein de l’ONG Action contre la faim qui dans le Figaro Magazine signale qu’encore aujourd’hui les bailleurs de fonds préfèrent dire qu’ils ont « sponsorisé un réseau d’eau potable » plutôt que la construction de latrines !

Sanishops

Mais ce changement de regard favorisé par la journée mondiale des toilettes ne concerne pas uniquement les décideurs mais également les populations. Dans les pays émergents, l’acquisition des toilettes n’a en effet longtemps pas été considérée comme une priorité. « Avant les gens s’achetaient un téléphone portable avant d’équiper leur maison en toilettes. Aujourd’hui avoir des toilettes est devenu un signe de richesse » affirme Jack Sim qui milite notamment pour le développement des « sanishops » afin que plutôt que de livrer des toilettes toutes faites dans les pays pauvres, les latrines soient fabriquées sur place. Pour ce faire, les sanishops sont des « franchises qui permettent de développer toute la chaîne de production des toilettes et de former des gens » explique-t-il.

Imagine un monde sans toilettes

Ces initiatives devraient cependant être insuffisantes pour permettre de remplir les objectifs fixés par l’ONU qui espérait faire passer le nombre de personnes privées de sanitaires à 1,8 milliards d’ici 2015. Ils seront très probablement à cette date encore plus nombreux à vivre le cauchemar décrit par Catarina de Albuquerque, rapporteur chargé de l’eau potable et l’accès sanitaire au sein de l’ONU. « Essayez de vous imaginez sans toilettes, ni au travail, ni chez vous, imaginez que vous devez vous soulager dans les rues de votre ville, imaginez de devoir trouver chaque jour un endroit sûr, imaginez l’indignité d’une telle situation ».

A.H

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