Fin de vie : la commission Sicard crée la surprise en ouvrant la voie au suicide assisté

Paris, le mardi 18 décembre 2012 – Sans jamais prononcer le mot d’« euthanasie », le candidat François Hollande s’était engagé à promouvoir une « assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité ». Beaucoup de militants pro euthanasie avaient alors vu dans cette formulation une porte ouverte vers la légalisation de l’euthanasie active en France.  Cependant, lors de la nomination du professeur Didier Sicard à la tête d’une commission dédiée à la fin de vie, certains s’étaient montrés moins enthousiastes. Les prises de position de l’ancien président du comité consultatif national d’éthique (CCNE) plutôt défavorables à l’adoption d’une nouvelle loi et la composition de sa commission accordant une très large place aux opposants à l’euthanasie avaient fini de nourrir la déception. Tant et si bien, que dans nos colonnes, le président de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) Jean-Luc Romero ne semblait aspirer qu’à une chose : que le rapport soit remis et enterré et que janvier soit le mois du renouveau et du dépôt d’un projet de loi.

L’euthanasie échappe à tout contrôle efficace

Le rapport remis aujourd’hui par le professeur Didier Sicard au Président de la République n’est pourtant pas sans comporter des surprises de taille, au premier rang desquelles la suggestion de permettre le « suicide assisté » plutôt que l’euthanasie active. Pour en arriver à cette conclusion, la mission a nourri plusieurs constats et réflexions, révélés par le quotidien La Croix qui a pu consulter le rapport avant sa remise à François Hollande. D’abord, la commission constate qu’en dépit du caractère majeur de la loi Leonetti de 2005 sur l’accompagnement de la fin de vie, elle ne peut répondre à toutes les situations. Dès lors, la mission considère qu’il « serait cruel de laisser mourir ou de laisser vivre » des patients atteints d’une maladie incurable et souhaitant mettre un terme à leur vie sans leur « apporter la possibilité d’un geste accompli par un médecin accélérant la survenue de la mort ». Noir sur blanc, la commission Didier Sicard pose donc comme principe la « nécessité » de l’euthanasie… ou plutôt du suicide assisté. Pourquoi privilégier cette seconde option plutôt que la première ? Parce que l’euthanasie est un acte médical « radical » et que la « pratique euthanasique développe sa propre dynamique résistant à tout contrôle efficace et tend nécessairement à s’élargir ». Enfin, l’euthanasie « intériorise des représentations sociétales négatives d’un certain nombre de situations » éloignées du « devoir universel d’humanité de soins et d’accompagnement » qui sous-tend la médecine, développe le rapport Sicard. Ainsi décrite, l’euthanasie est très différente de l’assistance au suicide « où l’acte létal est accompli par la personne malade elle-même ».

Des médecins sourds à la souffrance psychique

Si cette prise de position en faveur du suicide assisté ne laissera pas de surprendre, la tonalité du rapport pourra également étonner ceux qui avaient regretté que cette nouvelle mission soit confiée à un médecin. Car la mission est loin d’être tendre avec les confrères du professeur Didier Sicard. En s’appuyant notamment sur les nombreux témoignages qu’elle a recueillis, la mission fustige « une culture du tout curatif », une « mauvaise prise en charge de la douleur malgré des traitements performants » ou encore une « surdité face à la détresse psychique et aux souhaits des patients » selon les citations de la Croix. Pour les auteurs du rapport, il est urgent de mieux former les praticiens et d’intégrer une « compétence en soins palliatifs dans toute pratique clinique ». Elle invite également à mieux enseigner l’utilisation des opiacés et des sédatifs et de sensibiliser les étudiants à la question de « l’obstination déraisonnable ».

Insatisfaction générale ?

Ces différentes réflexions et recommandations semblent devoir être fidèlement suivies par François Hollande. Dans un communiqué publié peu après la remise du rapport, il indique en effet son intention de saisir le CCNE afin qu’il se prononce « sur les trois pistes d’évolution de la législation ouverte par le rapport ».

Ces trois voies concernent le suicide assisté, mais aussi la mise en place de sédations profondes, afin de « rendre plus dignes les derniers moments d’un patient dont les traitements ont été interrompus à la suite d’une décision prise à la demande de la personne ou de sa famille ». Enfin, dernière « piste » à explorer : la possibilité de recueillir (et d’appliquer) des « directives anticipées émises par une personne en pleine santé ou à l’annonce d’une maladie grave, contre la fin de sa vie », à l’instar de ce qui est observé aux Etats-Unis. Cette analyse du CCNE devrait ensuite servir de base à un projet de loi qui pourrait être « présenté au parlement en juin prochain » indique un communiqué de l’Elysée. Reste à savoir comment ce rapport et la réaction du Président de la République seront reçus. Les premières déclarations des opposants à l’euthanasie comme des militants qui lui sont favorables semblent suggérer que la déception pourrait être unanime.


« En quoi mourir en trois semaines est-il plus acceptable que de mourir en quelques secondes ? » Un entretien avec Jean-Luc Romero

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Déplorable confusion

    Le 18 décembre 2012

    C'est toujours le même problème : on mélange le concept d'euthanasie et celui de suicide.
    La "bonne mort" (l'euthanasie) est une question strictement médicale : qu'est-ce qu'un mourant (comment diagnostiquer une agonie) et comment l'aider à mourir (peut-on abréger l'agonie, et comment le faire). C'est, pour l'essentiel, la question qui est posée dans le procès fait à notre confrère Bonnemaison. Il a eu le tort d'agir en l'absence de toute recommandation explicite, et sans concertation professionnelle.
    Contrairement à ce qui a été rapporté dans la bouche du député Romero, c'est bien là un problème de médecins.
    La "mort voulue" (le suicide) n'a rien à voir avec ce qui précède. Il s'agit de personnes qui s'estiment "condamnées à vivre" (et non pas condamnées à mourir). Cette fois ci, il s'agit d'un question totalement sociétale, et non plus d'une question médicale. Il est donc totalement incongru que le Professeur Sicard s'en empare, et qu'il s'exprime sur ce sujet au lieu d'apporter des éléments de réflexion sur celui qui précède.
    Soit le suicide est interdit, soit c'est un droit - auquel cas l'assister devrait être un devoir !
    La position du législateur sur le suicide est d'une lâcheté confondante. Ne serait-il pas temps de mettre fin à ce déni ?

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