Exclusif : les professionnels opposés à la vente de médicaments sans ordonnance sur internet par des pharmacies françaises

Paris, le mercredi 23 janvier 2013 – En autorisant par la voie d’une ordonnance la commercialisation sur internet par les pharmacies d’officine des médicaments accessibles sans prescription, Marisol Touraine s’est conformée à la réglementation européenne non sans créer une certaine surprise et une profonde réprobation  chez les représentants des pharmaciens. Tant l’Ordre que les trois syndicats majoritaires (La Fédération des syndicats pharmaceutiques de France, FSPF, l’Union nationale des pharmaciens de France, UNPF et l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine, USPO) ont fait part de leur hostilité à une telle libéralisation. Risque majeur de dévoiement des règles de sécurité pharmaceutique, « porte ouverte à la contrefaçon » ou encore climat favorisant l’émergence de « déserts pharmaceutiques », les maux potentiels liés à l’autorisation de la vente de médicaments sur internet seraient légions, pour Jean-Luc Audhoui, de la FSPF.

Une mesure jugée acceptable hier, fortement désapprouvée une fois adoptée

Un constat accablé que semble partager l’ensemble des professionnels de santé. Interrogés sur le JIM, ils ont en effet été une très large majorité (77 %) à se déclarer défavorables à la vente de médicaments sans ordonnance sur internet par des pharmacies françaises. Ce résultat marque un renversement de tendance  : en 2010, également interrogés sur le JIM, on comptait une majorité (63 %) de professionnels favorables à la vente de médicaments sur internet dans le cas où les sites seraient détenus par des pharmaciens. Ce "changement" révèle sans doute une défiance accrue vis-à-vis du web, probablement liée à la diffusion croissante de chiffres faisant état de l’explosion du trafic de faux médicaments sur la toile. Par ailleurs, alors qu’en 2010, la solution que nous leur soumettions n’était qu’une suggestion, face à laquelle une adhésion pouvait être considérée sans grande conséquence, il s’agit aujourd’hui d’un système dûment adopté (et ce sans concertation) ce qui ne manque pas de favoriser le rejet.

  Sondage réalisé du 3 janvier au 20 janvier 2013 auprès de 736 professionnels de santé


L’exemple du libre accès au sein des officines

Ces résultats, qui sont à mettre en parallèle avec les données d’un sondage réalisé en décembre par l’IFOP révélant que seuls un quart des Français seraient prêts à acheter des médicaments sans ordonnance sur le net, signifient-ils que la vente « légale » de produits de santé sur le web n’a que peu d’avenir ? Certains indices permettent d’en douter. D’abord, parce que parallèlement à la levée de boucliers qu’a entraîné la publication de l’ordonnance de Marisol Touraine, on a également vu se multiplier les initiatives de pharmaciens sur la toile, manifestant leur intérêt pour cette nouvelle option de commercialisation. On se souviendra également que les mesures visant à aménager au sein des officines un libre accès à certains médicaments vendus sans ordonnance avaient été en 2008 majoritairement désapprouvées par les représentants des pharmaciens : ils sont pourtant aujourd’hui une majorité à proposer dans leurs pharmacies des espaces en accès libre.

Eviter le pire

Aujourd’hui, en tout état de cause, les représentants des pharmaciens demeurent encore sur leur garde et travaillent à la mise en place de « gardes fous ». « Ce qu’il faut, dès aujourd’hui, c’est essayer de limiter les dégâts que cette autorisation ministérielle engendrera. Déjà, si nous interdisons la livraison à des points de dépôts, afin  de disposer d’un nom et d’une adresse et de pouvoir identifier le patient, on pourra éviter certaines difficultés. Cela permettra de tenir à jour le dossier de chaque patient, qu’il soit le plus exhaustif possible » insiste Jean-Luc Audhoui dans une tribune publiée sur le site du Nouvel Observateur.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Inéluctable

    Le 23 janvier 2013

    L'aspect corporatiste un peu trop conservateur, ne résistera pas longtemps à l'évolution du commerce, de la médecine, des techniques de communications, de l'informatique omniprésente ... et à la nécessaire obligation de réduire les coûts... si possible !
    Le e-commerce se développera inéluctablement autant qu'il soit réservé aux pharmaciens d'officine.
    Cela pourrait être l'occasion d'améliorer la répartition des pharmacies sur le territoire, en octroyant qu'à certaines, implantées en zones rurales parfois déshéritées, le droit à ce commerce afin qu'elles rétablissent un chiffre d'affaires compatible avec leur survie.
    Ainsi ce service nouveau, bienvenu, justifié (…) assurerait avec la pérennité, une meilleure répartition des officines tout en assurant, sous réserve de protocoles adaptés, une garantie sanitaire indispensable.
    Il n'est pas si vieux le temps où le pharmacien était un apothicaire et je ne suis pas sûr que beaucoup le regrettent, comme la séparation progressive des officines d'avec les laboratoires d'analyses biologiques spécialisés ou regroupés ... Le pharmacien devenant parfois qu'une simple boite aux lettres, un point relais bien utile aux patients limités dans leurs déplacements.
    Il faut savoir évoluer tous ensemble.

    Marc Isnard

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