Exclusif : les trois quart des professionnels de santé ont été interrogés sur les thèses de Philippe Even sur les statines

Paris, le mercredi 6 mars 2013 – Après la publication du premier opus du professeur Philippe Even, en collaboration avec le professeur Bernard Debré, qui se faisait fort de distinguer dans la pharmacopée française les médicaments « inutiles » et/ou « dangereux » de ceux véritablement nécessaires, le docteur Michel Combier, président de l’Union nationale des omnipraticiens de France (UNOF) avait signé un éditorial au vitriol contre ce pamphlet. S’inquiétant des conséquences de leurs démonstrations parfois sans nuances, il achevait cependant sa tribune par une note positive en citant (fictivement ?) l’un de ses patients traités depuis quinze ans (par des statines ?) après un infarctus du myocarde qui lui aurait glissé : « Depuis le temps que vous m’empoisonnez, docteur, ça me réussit plutôt bien ! ».

77 % des praticiens ont entendu parler d’Even !

Il est peu probable que toutes les conversations nourries ces dernières semaines au sein des cabinets médicaux au sujet de la nouvelle œuvre de Philippe Even, qui propose un démolissage en règle des statines, soit de la même teneur. Quelle que soit leur ton, ces discussions autour du livre du professeur Even, ont en tout état de cause été nombreuses ! Le sondage mené sur le JIM du 19 février au 5 mars montre en effet que la très grande majorité des professionnels de santé ont été interrogées sur les thèses du praticien au sujet des statines. Ainsi, 57 % de nos lecteurs indiquent avoir été sollicités « souvent » à ce propos, tandis que 20 % précisent qu’ils l’ont été mais « rarement ». Ainsi, ils ne sont que 20 % à ne pas avoir entretenu de conversations avec leurs patients sur le fameux livre, tandis que 4 % des professionnels de santé, ne s’estimant peut-être pas suffisamment concernés par la prise en charge des facteurs de risque cardiovasculaires ne se sont pas prononcés.

Sondage réalisé du 19 février au  mars 2013 auprès de 417 professionnels de santé 


Les livres aussi peuvent avoir des effets secondaires indésirables !

Ces résultats dont l’ampleur suggère que le livre de Philippe Even a provoqué des remous, bien au-delà des seuls patients traités par statines, des seuls praticiens prescripteurs de ces médicaments et des seuls acheteurs (même nombreux !) de cet ouvrage, est à la mesure de l’extraordinaire médiatisation dont ont bénéficié les thèses du praticien. Ils confirment par ailleurs sans doute que les craintes émises par plusieurs sociétés savantes de cardiologie étaient parfaitement justifiées. « Nier le bénéfice des statines et leur impact sur l'espérance de vie, c'est à la fois malhonnête (en niant les faits scientifiques) et dangereux (pour les patients qui de bonne foi arrêteront leur traitement) » avaient en effet écrit une dizaine d’organisations au lendemain de la publication par le Nouvel Observateur de larges extraits du livre du professeur Even. Il est en effet certain que parmi les 57 % de professionnels de santé qui ont été fréquemment interrogés sur les thèses du professeur Even, une part importante a été confrontée à la volonté de patients d’interrompre immédiatement leurs traitements. Un effet secondaire parfaitement prévisible bien que non évité !

Aurélie Haroche

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Vos réactions (5)

  • Responsabilité du Pr Even

    Le 06 mars 2013

    J'espère qu'il a une bonne assurance, car il risque fort d'être attaqué en cas d'accidents vasculaires chez des patients ayant arrêté les statines aprés lecture du livre par leurs ayant droit.

    Daniel Faucher

  • Statines prescrites trop souvent

    Le 10 mars 2013

    Le Pr Ph. Even n'a jamais dit qu'elles n'étaient pas efficaces mais prescrites trop souvent inutilement, à des taux de cholestérol ne le justifiant pas, considérant les nombreux effets secondaires qu'elles induisent, sans parler du coût inutile pour la collectivité et de la prescription des plus récentes, beaucoup plus chères mais sans plusvalue thérapeutique par rapport aux plus anciennes génériquées et encore trop chères/prix européens.

    Serge Rader

  • Qui, parmi les sondés, a lu ce livre si critiqué ?

    Le 11 mars 2013

    Qui a lu ce pamphlet de P. Even ? A mon avis fort peu de personnes. En effet fort peu d’intervenants citent des passages qu’ils pensent ‘douteux’ de ce livre.
    Ces non-lecteurs ont, pourtant, répondu de façon assez négative à ce sondage. Si c’était le cas, et que les sondés eussent lu ce livre, les critiques porteraient alors sur le contenu lui-même du livre à des points précis qui seraient faibles et non sur les soi-disantes ‘thèses’ (sic), encore moins sur des attaques à la personne qui sont désobligeantes.
    Cette polémique ressemble à celle que certains ici ont connue sur les estrogènes artificiels dans le cancer de la prostate.
    En 1960, les prescripteurs des œstrogènes artificiels, suivant en cela les travaux de C. Huggins Nobélisé, ont tenu des propos dithyrambiques favorables aux œstrogènes de synthèse (OS) sans aucune restriction pendant 50 ans (1941-1991) pas moins !
    Leurs adversaires ne sont venus à bout de ces thèses qu’en 1973 très progressivement jusque 1991, à la suite de travaux des VETERAN. Ces derniers ont détruit la prescription des OS, par des publications bourrées elles-mêmes d’erreurs, tout comme le sont en plus celles des firmes conseillant les antagonistes de LH-RH, plutôt que les OS.
    “Les statines feraient donc partie, actuellement, des progrès extraordinaires de la médecine." ? Voilà la doxa, Hum !
    Toxicité réduite ? Jusque-là, l'expérience de mettre des animaux domestiques, par exemple des chiens en liberté, prenant des statines à fortes doses pendant des mois, et de compter ensuite le nombre de décès de ces chiens par destruction de leurs muscles et de leurs autres organes au fur et à mesure des mois et selon les doses prescrites n'a pas encore été publiée à ma connaissance. Ou alors donnez-moi la référence.
    Certes je lis, comme vous, dans les notices de DL50 des dernières statines que : "Chez l'animal, aucune toxicité n'a été observée MAIS après des doses orales uniques de 5000 mg/kg d’une statine chez le rat et la souris et de 3000 mg/kg chez le chien." Or les effets sur les membranes des cellules musculaires et autres cellules n'apparaissent chez les humains que vers le vingtième jour au plus tôt.
    En réalité, après avoir lu deux fois pendant quatre WE ce livre de 370 pages, j’en conclus que les statines font partie des progrès extraordinaires réalisés sur la biologie de la synthèse du cholestérol et de son contrôle qui constituent la plus grosse partie du livre. Oui ! Mais ces mêmes statines ne constituent pas de réels progrès dans le domaine de la médecine cardio-vasculaire traitant les plaques d’athérome alors que les interventionnistes ont fait des progrès stupéfiants.
    Si cela était le cas, voyez-vous, il n’y aurait tout simplement plus aucun décès chez les personnes mises sous statines pour un peu trop de cholestérol. Ce n’est pas le cas. Reste le cas des hypercholestérolémies familiales, une affection des chaines enzymatiques de fabrication et de recyclage du cholestérol et où les statines resteraient, y compris pour P. Even, un simple adjuvant à une restriction alimentaire importante.
    D'abord, pendant toute la durée du traitement par statines, le patient devra suivre un régime hypolipidémiant adapté, et non pas compter du tout sur le seul médicament pour améliorer sa situation, comme nous le voyons bien trop souvent. Quelles sont les indications des statines selon le livre de P. Even ? Les hypercholestérolémies familiales et c’est tout !
    Je cite d’ailleurs, pour sa défense, la notice AMM du Vidal pour la dernière statine mise dans le commerce ainsi libellée: « Dans l'hypercholestérolémie primaire, une statine (inhibiteur de l'HMG-CoA réductase) est indiquée comme traitement adjuvant au régime chez les patients ayant une forme familiale hétérozygote et non familiale qui ne sont pas contrôlés de façon appropriée par un régime ou comme traitement adjuvant au régime chez les patients ayant une hypercholestérolémie primaire familiale hétérozygote et non familiale pour lesquels un autre traitement est, soit inapproprié, soit mal toléré (une autre statine en fait). Dans les hypercholestérolémies familiales homozygotes (HFHo), une statine est indiquée comme traitement adjuvant au régime chez les patients ayant une HFHo. Ces patients peuvent recevoir également des traitements adjuvants et en bénéficier bien plus comme par exemple, l’aphérèse des LDL. En outre, dans la sitostérolémie homozygote (phytostérolémie): statines indiquées comme un traitement adjuvant au régime, chez les patients ayant une sitostérolémie familiale homozygote.
    « Aucun effet bénéfique sur la morbidité et la mortalité cardiovasculaires n'a encore été démontré dans ces indications restreintes. » Fin d’une citation authentique du VIDAL et non de P. Even !
    Dr Jean Doremieux

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