A l’heure de la chronothérapie pour soigner les cancers

Paris, le jeudi 18 juillet 2013 –  Certains médicaments sont plus efficaces et moins toxiques lorsqu’ils sont administrés à des moments clés du jour ou de la nuit. Tel est le principe de la chronothérapie qui se pratique avec succès en milieu hospitalier. Encore trop confidentiellement regrettent d’aucuns au vu des résultats obtenus à l’hôpital Paul Brousse de Villejuif. Pionner en la matière, il dispose d’une des rares unités de chronothérapie directement rattachée au département de Cancérologie.

Depuis 1990, environ 2 800 patients atteints de cancer ont été pris en charge par l’Unité de chronothérapie clinique de Paul Brousse dirigée par le Dr Francis Lévi, cancérologue, également responsable de l’Unité Inserm Rythmes biologiques et cancers. Depuis le début de sa carrière, il travaille sur cette thématique. «  Sur 24 heures, une cellule va, en fonction de son rythme circadien, changer son métabolisme ou se diviser ou mieux tolérer certaines molécules », explique le Dr Lévi. « L’objectif de la chronothérapie consiste à repérer ces moments de la journée où l’organisme peut recevoir un médicament de façon optimale, pour en améliorer l’efficacité et en réduire la toxicité ». 

Quand l’horloge biologique est perturbée

Des travaux de recherches, effectués à la Nasa notamment, ont montré que lorsque le système circadien est perturbé et qu’il ne fonctionne plus de façon coordonnée, le risque est accru de développer des cancers, des maladies cardiovasculaires et/ou infectieuses. Cette perturbation pourrait également favoriser l’obésité et le diabète, voire même accélérer le vieillissement. Plusieurs facteurs seraient responsables du dérèglement circadien : une tumeur au cerveau par exemple mais surtout un décalage horaire chronique comme le travail posté (en rotation) ou le travail de nuit (classé comme probablement cancérigène par l’OMS en 2010). Chaque fois qu’il y a des horaires atypiques, il a été observé que le risque de cancer du sein est quasiment doublé et que les cancers de la prostate et du colon augmentent.

La bonne dose à la bonne heure

Dans un service comme celui du Dr Lévi, la chronothérapie clinique est appliquée au traitement anticancéreux. Leur constat : à certains moments précis de la journée ou de la nuit, selon le rythme biologique du métabolisme des cellules d’un  malade, un médicament donné s’avèrera plus toxique pour les cellules cancéreuses et moins agressif pour les cellules saines. « L’organisme, plus tolérant au traitement, est alors capable de supporter des doses plus fortes de médicament » précise encore le Dr Lévi. En suivant les rythmes circadiens (24h), on optimise donc le traitement en améliorant l’efficacité anti-tumorale et en réduisant de deux à dix fois les effets secondaires ». Une chrono- chimiothérapie peut ainsi se montrer près de deux fois plus efficaces qu’une chimiothérapie classique. Des schémas horaires optimaux d’administration ont été déterminés pour une dizaine de molécules : fluorouracile, oxaliplatine, carboplatine, cisplatine, vinorelbine, gemcitabine, docetaxel, doxorubicine, theprubicine, endoxan, mitomycine-C.

Pour le moment, ces traitements chronomodulés ne sont pas encore personnalisés mais basés sur un profil moyen de population. A l’avenir, l’équipe de Francis Lévi a prévu de déterminer le rythme biologique de chaque patient afin de personnaliser davantage la programmation des doses de médicaments. 

Concrètement, le cycle de traitement est programmé sur ordinateur, puis est transféré à une pompe ambulatoire spécifique chronothérapie dont le réservoir est rempli par plusieurs  médicaments combinés et reliée par cathéter au patient qui peut alors rentré chez lui. Le débit de chaque produit va se déclencher, tout seul en fonction des heures du jour et de la nuit, grâce à la programmation faite à l’hôpital. Le cycle terminé, la pompe est enlevée par une infirmière de ville ou à l’hôpital. Autre avantage, le malade reçoit une chimiothérapie complexe dans son environnement personnel ce qui est moins stressant.

Les 2 800 patients soignés dans l’unité du Dr Lévi représentent près de 20 000 cycles de chronothérapie, dont 80 % réalisés à domicile. Chaque cycle dure 3 à 5 jours puis est renouvelé toutes les 2 à 3 semaines, selon les protocoles. Les bons résultats en termes de tolérance et d’efficacité (notamment contre les cancers hépatiques, selon une étude européenne  récente conduite dans ce service) ainsi que la satisfaction des patients qui ont en ont bénéficié conforte et motive toute l’équipe pour une amélioration permanente de cette prise en charge.

Dominique Thibaud

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Vos réactions (1)

  • Chronothérapie: "Tu ne vénéreras point l'idole périodique"; "le nom de Fourier n'usurperas ni n'invoqueras en vain"

    Le 19 juillet 2013

    Un "spécialiste" des rythmes scolaires, sociologue chercheur en sciences de l'éducation, m'exhibait des courbes de "vigilance circadienne" à l'appui de ses dires (nième proposition de réforme etc..)
    Remarque: je n'ai jamais trop su précisément ce qui était mesuré, mais ce n'était pas des grandeurs de type biologique ou physiologique classique, plutôt des données de questionnaires....
    Ce chercheur appuyait -fièrement- ses dires sur la superposition de ses courbes de "vigilance" avec des courbes sinusoïdales dont la sommation aboutissait aux dites "courbes de vigilance" ; ces courbes sinusoïdales représentant, selon lui, les rythmes physiologiques "purs" sous-jacents.
    En toute innocence, je lui demandai comment il était parvenu à ce résultat extraordinaire: extraire les " biorythmes "(le mot lui plût, étant "à la mode") sous jacents à des courbes "expérimentales" n'ayant rien de vraiment périodique à l'œil nu (si ce n'est évidemment une période de base de 24 h: il faut bien que les enfants dorment!)
    Sa réponse fut (évidemment) "l'analyse en périodogramme: le cosinor" (mot magique censé mettre fin à mon ignorance et à me montrer que "moi je.....")
    Moi, toujours innocent:" mais a t'on trouvé les mécanismes physicochimiques et/ou physiologiques sous jacents à ces biorythmes ?"
    Réponse: " pas encore tous (!!), mais nous travaillons avec des chercheurs scientifiques etc.."
    Ne pouvant résister à planter l'épine acérée de la Raison dans le derche d'un analphabète scientifique, hautain de surcroît, je me suis fendu d'une petite "bidouille" sous XL ( il ya une "macro " FFT) , afin de lui démontrer qu' à peu près n'importe quelle courbe pouvait être décomposée en courbes sinusoïdales "pures", via la très classique analyse de Fourier ( le "cosinor" n'est qu'un terme pompeux pour éviter de rendre à César (Fourier en l'occurrence, dont le prénom n'est pas César, d'ailleurs), ce qui lui appartient.
    Attention, donc, à l'idole "Fourier", les rythmes purs soit disant sous-jacents pouvant ne correspondre qu'à de purs artefacts mathématiques; parmi eux, il peut s'y trouver de véritables phénomènes physiologiques réellement périodiques (les "horloges cellulaires" correspondent à une vraie cinétique chimique de type périodique, comme la lumière blanche correspond à une vraie somme de couleurs), mais jamais une analyse mathématique de courbes ne vous le garantit.....
    Il y a dans la "chronobiologie" des éléments de vraie science, mais gare aux "fausses sciences - vraies superstitions", surtout sous l'égide des mathématiques...
    Dr Y. Darlas

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