Diminuer la viande rouge réduit le risque de diabète !

La consommation de viande rouge est constamment associée à un risque accru de diabète de type 2 dans les études épidémiologiques publiées dans le passé. L’une des limites de ces travaux concerne le recueil des données alimentaires qui n’est généralement réalisé qu’une seule fois, en début d’étude, sans réévaluation ultérieure.
 
Les données issues de trois cohortes américaines de professionnels de santé (HPFS, NHS, NHS2) permet, pour la première fois, d’examiner l’effet de l’évolution de la consommation de viande sur l’incidence ultérieure du diabète. Ce sont 26 357 hommes et 122 786 femmes, initialement indemnes de diabète, qui ont répondu à des questionnaires de fréquence de consommation des aliments à 4 ans d’intervalle.   L’apparition d’un diabète a été quantifiée, d’une part dans les 4 années suivant le deuxième recueil alimentaire (« suivi à moyen terme »), et d’autre part, à plus long terme, 12 à 16 ans après ce deuxième recueil. Les analyses ont été ajustées sur les caractéristiques sociodémographiques et les facteurs de risque cardiovasculaires qui étaient différemment distribués dans les sous-groupes de participants (définis selon l’évolution de leur consommation de viande).

Par rapport aux sujets dont la consommation de viande restait stable, ceux qui en mangeaient davantage au bout de 4 ans (augmentation d’au moins 0,5 ration par jour) avaient, à moyen terme, un risque de diabète accru de 48 %. Malgré un ajustement sur l’évolution de l’IMC (qui augmente chez les sujets dont la consommation de viande s’accroît),  l’impact observé de l’apport accru de viande reste statistiquement significatif (augmentation de l’incidence du diabète: 30 %). Le sur-risque de diabète était observé pour une augmentation, même faible, de la consommation de viande : +15 % pour un apport accru de 0,15 à 0,5 part/jour, après ajustement sur l’évolution de l’IMC. A l’inverse, les participants qui mangeaient moins de viande 4 années après la première enquête ont vu leur risque de diabète diminué de 10 % par rapport aux sujets dont la consommation de viande restait stable (baisse statistiquement significative uniquement à long terme).
 
Les effets précédents étaient observés aussi bien avec la viande non transformée qu’avec la charcuterie et quel que soit le niveau initial de consommation de viande : ainsi, le passage d’une consommation faible (moins de deux rations par semaine) à une ration modérée de viande est associé à un accroissement significatif de 15 % de l’incidence du diabète à moyen terme.

Une faiblesse notable de cette étude est l’absence d’information concernant les raisons pour lesquelles les volontaires ont modifié leur consommation de viande. Certains ont pu choisir de manger moins de viande pour des raisons de santé, notamment pour limiter le développement d’une maladie cardiométabolique. Mais ce type de biais a tendance à atténuer la relation observée plutôt que de l’accroître. Cela peut d’ailleurs expliquer pourquoi la baisse de consommation de viande n’est associée à une réduction de survenue du diabète qu’à long terme, mais pas à moyen terme, en raison d’un risque de diabète déjà élevé et déterminé par d’autres facteurs étiologiques plus puissants. Par ailleurs, il est possible qu’une modification de la consommation de viande soit un marqueur global d’un changement de mode vie pouvant influer sur le risque de diabète.

Cette étude confirme la relation déjà observée dans le passé entre la consommation de viande et le risque de diabète. Limiter la viande rouge, transformée ou non, devient une recommandation qui se justifie pour la prévention du diabète.  Il faut toutefois, quand on formule ce conseil, être vigilant à ce qui remplacera la viande, et à ce que ce conseil soit associé aux autres recommandations qui ont fait la preuve de leur efficacité.

Dr Boris Hansel

Référence
Pan A et coll.: Changes in Red Meat Consumption and Subsequent Risk of Type 2 Diabetes Mellitus: Three Cohorts of US Men and Women. JAMA Intern Med 2013 Jul 22 ; 173 (14) : 1328-35.

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