Encore plus d’antennes-relais ne nuirait pas à la santé !

Paris, le mardi 27 août 2013 – Pour concilier faible exposition aux ondes électromagnétiques et couverture satisfaisante, il suffirait de tripler le nombre d’antennes-relais sur les toits, c’est ce que suggère un rapport remis hier aux ministères de l’Ecologie et de l’Economie numérique. Explications.

A la suite de la table-ronde sur les radiofréquences de 2009, le comité opérationnel sur les ondes de téléphonie mobile a rendu ses conclusions fin juillet 2013. Il réunissait experts, associations d’élus locaux et services de l’État, opérateurs de téléphonie mobile, associations de défense des  consommateurs et de protection de l’environnement. Sa mission : étudier la faisabilité d’un abaissement de l’exposition aux ondes électromagnétiques émises par les antennes relais de téléphonie mobile tout en maintenant la couverture et la qualité de service. Durant quatre années, il a mobilisé un niveau d’expertise scientifique et technique conséquent ainsi que seize communes pilotes illustrant la diversité des typologies d’environnement.

Sous le seuil de 0,6 volt/mètre

Un état des lieux initial a d’abord été réalisé, en 2010 ou 2011 selon les zones d’expérimentation, afin de servir de référence pour la suite des travaux. Il a consisté à modéliser et à mesurer  l’exposition, la couverture et la qualité de service. Cet état des lieux inclut les réseaux 2G (deuxième génération de téléphonie mobile) et 3G (troisième génération) de Bouygues Télécom, Orange et SFR. Il n’inclut ni le réseau 3G de Free Mobile qui a été ouvert au public début 2012, ni les réseaux 4G (quatrième génération) qui ont été ouverts fin 2012.

Concernant l’exposition aux ondes émises par les antennes-relais, la modélisation a calculé un niveau d’exposition sur plusieurs centaines de millions de points, sur toutes les façades des bâtiments et toutes les surfaces au sol. L’exposition modélisée est une exposition théorique et maximisée qui fait l’hypothèse que tous les émetteurs fonctionnent en même temps à puissance maximale. Cet état des lieux a montré que sur ces seize zones d’expérimentation, environ 90 % des niveaux d’exposition modélisés sont inférieurs à 0,7 V/m et 99 % à 2,7 V/m. Le comité devait donc étudier la faisabilité d'une réduction de l'exposition du public aux ondes sous le seuil de 0,6 V/m, défendu par des associations comme un « seuil de protection » sanitaire (en particulier, l’association Robin des Toits défend un plafond de 0,6 V/m estimant que des études ont mis en évidence des effets sanitaires à partir de ce niveau). Mais selon les simulations, sous ce seuil, « découlerait une forte détérioration de la couverture réseau, en particulier à l'intérieur des bâtiments ». Par exemple, les pertes moyennes observées ont été de 82 % de la couverture intérieure à Paris 14ème, de 44 % à Grenoble et de 37 % à Grand –Champ (Morbihan)...  et donc de la qualité du service de téléphonie mobile. D’où  cette conclusion paradoxale du rapport qui recommande la nécessité de multiplier les antennes pour maintenir la qualité de l’exposition et assurer une faible exposition. 

3 fois plus d’antennes

Pour compléter ces résultats, des simulations de reconfiguration du réseau d’antennes ont été menées sur sept villes illustrant les différentes typologies observées en France. Elles ont consisté à évaluer le nombre de sites d’implantation d’antennes qu’il serait nécessaire d’ajouter afin de restaurer la couverture initiale tout en maintenant un niveau d’exposition inférieur à 0,6 V/m en façade et au sol. La conclusion est que le nombre de sites devrait être multiplié par un facteur au minimum égal à trois. Ce qui pourrait être le cas  à Paris XIVe, à Grenoble, à Lavelanet (Ariège) ou à Thiers (Puy-de-Dôme), ou  quatre fois plus à Grand-Champ (Morbihan)...

Toutefois, les  hypothèses sur lesquelles s’appuient les reconfigurations « invitent à considérer le nombre d’antennes à ajouter comme un minimum puisque les calculs ne prennent pas en compte un certain nombre de paramètres (volume de communications, dégradation de la qualité de service, écoulement du trafic, accessibilité aux sites)

Quoiqu’il en soit, envisager de  multiplier le nombre d’antennes-relais dans l’hexagone qui en compte déjà 50 000 (on passerait donc à 150 000) ne manquera pas de relancer le débat sur l'impact sanitaire des ondes émises par les antennes-relais, wifi, téléphones portables et autres équipements radio. Rappelons que l’OMS a classé en mai 2011, les ondes des téléphones portables comme potentiellement cancérigènes mais les opérateurs de téléphonie  écartent tout danger s’appuyant sur le dernier avis en date (2009) de l'Agence nationale de sécurité sanitaire selon lequel « le seuil de 0,6 V/m ne répondrait  à aucune norme sanitaire ni scientifique ». Un avis de l’Anses doit être prochainement actualisé, les réflexions se poursuivent, le gouvernement n’ayant pas tranché. 

Dominique Thibaud

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