Interdiction de la fessée : une interview cinglante d’Edwige Antier

Paris, le samedi 14 décembre 2013 – Le Conseil de l’Europe a récemment déploré la position de plus en plus isolée de la France. C'est en effet l’un des rares pays de l’Union européenne à n’avoir pas légiféré pour interdire les violences éducatives, soit les gifles, fessées et autres petites tapes. Campagne de sensibilisation, proposition de loi, pétition : les initiatives ont pourtant été nombreuses ces dernières années pour faire rentrer (avec douceur) la France dans le "droit chemin". Elles sont demeurées ignorées. Les défenseurs de cette cause ne s’avouent cependant pas vaincus, telle la pédiatre Edwige Antier qui lorsqu’elle était député déposa une proposition de loi sur ce sujet. Elle revient avec nous sur les raisons pour lesquelles l’interdiction des violences éducatives doit selon elle être préconisée et s’applique à démonter les arguments le plus souvent avancés par la partie adverse. Cinglant.

JIM.fr : Pourquoi préconisez-vous l’interdiction des violences éducatives ?

Edwige Antier : Parce qu’aujourd’hui, non seulement mon expérience de pédiatre sur deux générations mais les travaux des psychiatres et sociologues en particulier anglo-saxons, montrent les conséquences de la violence éducative : baisse de l’estime de soi, agressivité ou soumission excessive, dissimulation, réduction des facultés cognitives et augmentation de l’échec scolaire, plus grande fréquence des maladies psychiatriques… L’imagerie médicale vient démontrer l’impact sur des zones importantes du cerveau en développement.

Les mauvais prétextes de ceux qui refusent d’interdire de lever la main sur un enfant

JIM.fr : Que répondez-vous à ceux qui mettent en avant la difficulté d’application d’une telle loi ?

Edwige Antier : C’est un alibi. La plupart des pays européens ont légiféré et parviennent très bien à appliquer la loi. Elle est accompagnée de campagnes dirigées vers les parents, les éducateurs, les enfants. L’inscription dans la loi est indispensable pour que les violences cessent. C’est une loi pour le code civil et le code de la famille, pas pour le code pénal. Elle est adossée à des mesures d’aide à la parentalité pour les parents en difficulté.

JIM.fr : Quelle est votre réaction face à ceux qui estiment que l’Etat n’a pas à interférer dans des questions aussi privées ?

Edwige Antier : On a objecté le même argument lorsque l’on a légiféré récemment contre la violence faite aux femmes. La vie privée ne doit pas servir de huis clos permettant de frapper les plus faibles. Le prétexte est aussi de ne pas entraver l’autorité des parents. Mais la main levée est déjà une perte d’autorité. Pour se justifier, on dit « tu l’as bien mérité ! », tandis que d’autres affirment que si elles sont devenues des « personnes bien », c’est grâce aux gifles ou fessées qu’elles ont reçues. Mais au contraire, elles endurcissent le plus souvent (« même pas mal ! ») ou rendent sournois et introverti. Ayant été frappés dans leur enfance, les Français revendiquent à leur tour ce « droit de correction » (sic !) qu’ont tant utilisé leur parents. Sous prétexte de vie privée…

Les mauvais prétextes de ceux qui lèvent la main sur un enfant

JIM.fr : Que pensez-vous de l’analyse soutenue par certains spécialistes en Suède qui estiment que l’interdiction des châtiments corporels a favorisé l’émergence d’une génération d’enfants tyranniques ?

Edwige Antier : Ce ne sont pas des « analyses » approfondies, mais juste un reportage filmant une scène genre « Super Nanny » sur France 2 qui a voulu faire croire que la Suède était peuplée d’enfants tyrans ! Les pays scandinaves ont les meilleurs résultats dans les apprentissages et le respect des maîtres. Les éducateurs suédois que j’ai rencontrés sur place comme les membres scandinaves du Conseil de l’Europe témoignent de la baisse de l’agressivité et du plus grand respect de l’autre depuis l’abolition de la main levée.

JIM.fr : En tant que pédiatre constatez-vous une augmentation des cas de maltraitances en cette période de crise ?

Edwige Antier : Je travaille dans beaucoup de crèches, il est certain que les parents sont surmenés et anxieux, et donc facilement énervés. Nous faisons un travail inlassable d’aide à la parentalité. Mais c’est surtout le concept de « l’Enfant-Roi » qui sert de prétexte à la maltraitance ordinaire… Un concept qui nuit à la réponse adéquate aux besoins des tout-petits et entrave le développement de l’empathie, si nécessaire pour une société humaine !

Propos recueillis par Aurélie Haroche

Référence
Les intertitres sont de la rédaction du JIM.fr

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Vos réactions (2)

  • Vous avez dit violence ? Où comment masquer l"essentiel avec de faux débats

    Le 14 décembre 2013

    Plus grave qu'une fessée, la démission, la répétition de l'injustice, des mots blessants, qui font violence et destruction. Certaines paroles, insultes, attitudes sont bien plus dévastatrices qu'une tape. La tolérance confondue avec le laxisme s'appelle l'indifférence parentale ou l'incompétence éducative.
    Ce sont les répétitions de réponses inadaptées, illogiques, injustes qui font des dégâts. Savoir dire non, tenir les limites, parler à un enfant comme à un enfant, le mettre sur le pot régulièrement, le coucher à heures fixes et raisonnables, respecter son rythme, lui laisser l'espace de rêver, cesser de le gaver ou de l'hyper-stimuler quand il doit dormir, cesser de le coller seul devant la télé avec son biberon, cesser de le menacer de punitions et de promettre ce qu'on sait ne jamais tenir, voilà l'essentiel, les fondamentaux des parents aimants qui élèvent leurs enfants.
    Il est absurde de pondre une loi inapplicable de plus, d’emboliser le débat et le bon sens, de médiatiser les politiques en phase électorale, car la loi existe, la protection de l’enfance existe. Nous n'avons même pas les moyens de l’appliquer. Protéger les enfants en vrai danger physique et psychique (la maltraitance psychique n’est toujours pas reconnue), trouver des structures d'accueil, soigner, hospitaliser en pédopsychiatrie, un parcours du combattant. Il faut 1 à 2 ans et une sacrée ténacité pour dégoter une place. Or, ne pas maltraiter un enfant, ne pas le laisser seul, livré à lui même, ce minimum n'est même pas respecté : procureur, CRIP, (Cellule de Recueil et d’Information Préoccupantes) tous débordés. Interdire les fessées et alors? Signalement pour fessée ? Direct poubelle ! Qui va juger et punir les parents fesseurs, comment? Faites un tour dans les CMPP et vous constaterez que 80% des consultations relèvent de troubles du comportement. L’institutrice "prescrit du CMPP" à tour de bras pour l’enfant remuant et inattentif. C’est faire cher payer la consultation éducative autour de 150 à 180 euro à la collectivité et au risque éthique de rupture de la confidentialité et de la stigmatisation. L’enfant roi se construit en enfant-tyran grâce au déni éducatif et aux contre-vérités.
    Commençons par évaluer la pertinence des structures, leur prolifération anarchique, leur parcellisation : celles qui diagnostiquent sans suite, celles qui éradiquent le soin, celles qui confondent éducatif et thérapeutique. A l’honneur, l’inclusion à tout prix et la fabrique des handicapés.
    Dr Isabelle Gautier,Paris

  • Confusion cinglante

    Le 15 décembre 2013

    Que dire du dogmatisme d’Edwige Antier ? Elle se réclame des neurosciences pour justifier sa très peu opportune croisade idéaliste ? Voici alors un motif de réflexion : l’on connaît l’importance des associations entre centres d’apprentissage. Par exemple Stanislas Dehaene milite pour la reconnaissance de l’écriture comme co-facteur essentiel de l’apprentissage de la lecture. L’on sait tout aussi clairement que l’émotion est le meilleur fixateur de la mémoire, particulièrement utile chez les enfants hyperactifs qui oublient instantanément toute consigne parentale. N’est-ce pas déjà en soi une justification à la fessée ? Edwige Antier confond « fessée » et « désir d’agression physique chez le parent », qui n’ont rigoureusement rien à voir. Les rares fessées que j’ai données à mon fils m’ont été réclamées par lui !… car il percevait que je n’étais guère enthousiaste à faire ce travail désagréable.
    Des gens comme Mme Antier ont causé l’essor terrifiant des camisoles chimiques pour enfants aux USA. La loi qu’elle veut faire passer en Europe est appliquée là-bas de façon tellement stupide (mais conforme au dogme) qu’un parent giflant son enfant dans la rue s’en voit retirer immédiatement la garde et le voit confié aux services sociaux. Mme Antier aurait-elle une névrose particulière sur ce sujet, comme Freud en a eu une anormalement sérieuse sur l’Oedipe et en a fait une brique universelle de notre inconscient ?

    Jean-Pierre legros

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