35 heures à l’AP-HP : les syndicats espèrent un "jeudi noir"

Paris, le mercredi 10 juin 2015 – Matelas entreposés bloquant l’accès aux caisses et aux admissions, désespérément fermées à Beaujon, opération (avortée) tendant à rendre le self gratuit à Sainte Perrine, distribution de tract et blocage des accès routiers à Clamart : les actions ponctuelles se sont multipliées dans les hôpitaux de l’Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP) ces derniers jours. Elles signent la toujours forte mobilisation contre le projet de réorganisation du temps de travail et doivent satisfaire les syndicats.

Garanties diverses et proposition d’expérimentation

Tout au long de la semaine dernière, les échanges et rencontres ont été nombreux entre ces derniers et la direction de l’AP-HP, sans qu’un apaisement à la crise soit cependant trouvé. Les "nouvelles bases de dialogue" avancées par Martin Hirsch ont été jugées insuffisantes. Pourtant, le patron de l’AP-HP avait bien pris soin d’apporter des réponses aux revendications les plus virulentes. D’abord, les syndicats ont exigé à plusieurs reprises un retrait du projet initial présenté fin avril. Martin Hirsch magnanime, assure : « Pour éviter que se prolonge tout malentendu sur son statut, ce document est considéré comme retiré du champ de la discussion ». De la même manière, les agents de l’AP-HP ont beaucoup reproché à la direction de faire de la masse salariale la première cible des objectifs d’économie. Là encore, les chiffres présentés se veulent rassurants : « L’effort d’efficience du plan stratégique (…) conduira à ce que 80 % de l’efficience soit atteinte par d’autres voies que des économies sur la masse salariale ». Concernant la réorganisation du temps de travail, la direction de l’AP-HP confirme à propos de la durée quotidienne : « Les schémas en 7h36 et 7h50 n’ont plus vocation à être des schémas de référence ; les agents travaillant selon ces horaires-là (soit 60 %, ndrl) sont conduits soit à rejoindre un schéma en 7h30, soit un schéma en 8h45, 9h ou 10h pour certaines organisations ». Cependant, l’AP-HP propose que les nouveaux rythmes fassent l’objet d’une expérimentation pendant quelques semaines dans 10 à 15 services afin d’apprécier les conséquences de cette évolution. Concernant la diminution du nombre de jours de RTT qu’entraînerait de facto cette diminution du temps de travail quotidien, Martin Hirsch promet les RTT ne pourront descendre en dessous de 15 jours. On notera encore que la direction de l’AP-HP a garanti que le temps de déjeuner continuerait à être comptabilisé dans le temps de travail. Enfin, nous l’avions évoqué rapidement, ces nouvelles "bases de discussion" ont été assorties de différentes propositions concernant l’amélioration des conditions de travail. Au menu : la garantie des effectifs au lit du malade, la « poursuite de la "déprécarisation" » des personnels en CDD, le développement de la formation professionnelle, des améliorations matérielles du cadre de travail (avec notamment une stabilisation des plannings), une valorisation du métier de cadre et des actions de soutien au logement.

L’habileté de Martin Hirsch ne dupe pas les syndicats

Ces différents engagements ont été jugés totalement insuffisants par la plupart des syndicats. « Sur la question du fond, Martin Hirsch maintient le cap, il se moque du monde », a par exemple lancé Rose-May Rousseau pour la CGT. Même tonalité dans le communiqué signé par l’Intersyndicale après la rencontre du 5 juin. « Contrairement à ses annonces, le Directeur général ne retire pas son projet » s’indignent les organisations. Ces dernières déplorent par ailleurs le « déni » de l’ampleur des mouvements des semaines passées. Derrière l’unanimité de ce message, des fissures pourraient cependant se faire jour. Au sein de la CFE-CGC, on ne nie pas l’existence d’avancées. Mais on considère cependant que la mobilisation du jeudi 11 juin est d’autant plus nécessaire pour accentuer « le rapport de force » selon l’expression de Thierry Amouroux.

Cap sur l’Elysée

Les organisations appellent donc demain à une très large mobilisation (dont certains souhaitent qu’elle dépasse le cadre strict de l’AP-HP) qu’ils espèrent plus forte encore que lors des deux premières grèves du mois de mai. L’ambition pour cette journée est double. Il s’agit d’abord de sensibiliser davantage l’opinion publique. En la matière, la diffusion depuis quelques jours de la vidéo d’une infirmière en forme de lettre ouverte à Martin Hirsch a beaucoup fait parler. On y voit Clémentine 31 ans, proclamer l’amour de son métier tout en se déclarant totalement épuisée par ses conditions de travail. « Venez à nos places, tenter de réparer les vivants. Passez vos journées debout à courir sans avoir le temps de manger (.. .). Venez croiser le regard des mourants, trouver les mots justes pour les réconforter (…). Nos jours de congés nous permettent de nous éloigner de cette masse de souffrance, de prendre soin de nous et de nos proches » lance Clémentine, dans un message qui a rencontré un large écho tant auprès des infirmières que du grand public. Le second enjeu de la grève de demain est de forcer le gouvernement à sortir de sa réserve sur le sujet. Ainsi, le tracé de la manifestation est plus que symbolique : de l’avenue Victoria où siège l’AP-HP, les défilés devraient rejoindre l’Elysée.

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Aurélie Haroche

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