700 000 tests par semaine : l’objectif n’est pas encore atteint

Paris, le mercredi 20 mai 2020 - Le Premier ministre et le ministre de la Santé avaient clairement conditionné la réussite de la sortie progressive du confinement à des capacités de dépistage très élargies. Des efforts considérables ont été déployés : ainsi, une carte interactive du ministère de la Santé recense 482 lieux de dépistage, tandis qu’un outil de géolocalisation permet à chacun de connaître rapidement le site le plus proche de chez soi. Par ailleurs le nombre de tests réalisés quotidiennement n’a cessé de progresser.

Cependant, l’ambition affichée par le gouvernement de 700 000 tests par semaine est loin d’être atteint. Avec environ 50 000 tests par jour, seule la moitié de l’objectif a été rempli.

Au moindre doute

Interrogé sur ce point hier lors de sa conférence de presse, après une absence des écrans de plus d’une dizaine de jours, le directeur général de la Santé a affirmé que l’objectif réel était de pouvoir tester tous ceux qui le nécessitent, c’est-à-dire tous ceux qui présentent le moindre symptôme. Jérôme Salomon a en effet insisté sur le fait que désormais un dépistage devrait être réalisé « au moindre doute » et a rappelé la procédure à suivre. Les patients ne doivent pas hésiter à consulter en cas de survenue d’un signe évocateur classique (fièvre, toux…) mais aussi moins attendu (douleurs articulaires, maux de tête, fatigue, anosmie...). Concernant les « cas contacts » qui seraient alertés par un médecin ou par l’Assurance maladie, le directeur général de la santé a rappelé qu’ils étaient invités à réaliser un test même sans prescription. Par ailleurs, les autorités insistent sur le fait que pour l’isolement s’impose quel que soit le résultat du test, compte tenu du nombre important de faux négatif et de la période d’incubation. 

Le groupage des prélèvements n’est pas d’actualité

Pour augmenter la capacité de tests, certains ont suggéré de recourir à technique de poolage, prometteuse d’économie en réactif et en temps technique. Cependant, dans un avis qui vient d’être rendu public, le Haut conseil de la Santé publique (HCSP) s’est révélé réticent. Il constate en effet que « la stratégie de groupage d’échantillons présente des limites techniques en termes d’organisation et de délais de rendu de résultats ». Les difficultés peuvent notamment concerner « l’identito-vigilance des échantillons composant le groupe ; l’organisation du laboratoire de biologie médicale en l’absence d’automatisation pour la constitution des groupes » mais aussi : « le risque de contamination (faux positifs) lors de la gestion de grands nombres d’échantillons ; le risque de faux-négatifs du fait de la perte de sensibilité ». Aussi, constatant l’existence d’un « risque d’erreurs dans le rendu de résultats » et affirmant que l’approvisionnement en réactifs n’est pas en tension, la HCSP ne recommande pas pour l’heure de mettre en œuvre la pratique du groupage des échantillons.

Enfin une enquête sérologique sur un échantillon représentatif de la population !

Cependant, si la multiplication des tests est essentielle, c’est également pour affiner la surveillance de l’épidémie. Pour l’heure, les données disposnibles, qui restent parcellaires, ne mettent pas en évidence de signal suggérant une reprise de l’épidémie depuis la sortie du confinement a assuré dans une interview accordée au Parisien, la directrice de l’agence Santé publique France Geneviève Chêne. « Aujourd'hui, nous n'avons pas de signal de reprise de l'épidémie. Mais attention, le virus est toujours là. Il faut attendre la fin de semaine prochaine pour savoir si les contaminations repartent à la hausse. C'est le délai entre l'incubation, les premiers symptômes, les consultations médicales et la collecte d'informations fiables. On saura alors si l'ensemble des mesures prises (tests, traçabilité, poursuite des gestes barrière et de la distanciation physique) ont eu l'impact escompté pour maîtriser l'épidémie » précise-t-elle. Concernant les tests PCR, elle observe à l’instar de Jérôme Salomon que le véritable objectif est de pouvoir dépister tous les sujets présentant des symptômes ou ayant été en contact avec un patient suspect ou confirmé. Elle relève cependant que pour affiner la surveillance de l’épidémie, les autorités devraient pouvoir enfin prochainement s’appuyer sur les tests sérologiques. A ce sujet, elle annonce au Parisien : « nous terminons une vaste enquête sur 14 000 personnes avec des tests sérologiques. (…) Les chiffres seront dévoilés prochainement, on aura ainsi une photographie, par tranche d'âge et par région, du nombre de personnes qui ont été contaminées ». Ces résultats très attendus permettront de savoir si les modélisations assez pessimistes de l’Institut Pasteur, jugeant que moins de 5 % de la population a été infectée, sont confirmées.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (2)

  • Vide et plein

    Le 21 mai 2020

    Des test maintenant, des milles et des cents et des cents milles.
    Justement quand il n'y en a (presque) plus besoin, puisque le génie propre de l'épidémie a oeuvré, et que cette dernière tire sa révérence, on n'y peut rien.
    Dis, quand reviendras tu,
    Dis, au moins le sais tu ?

    Les pouvoirs constitués et leurs Conseils, Comités, Agences auront donc, de part en part, tout faux ?
    C'est à craindre, mais je peux me tromper,
    Que tout ce temps perdu ne se rattrape guère,
    Que tout ce temps perdu ne se rattrape plus.

    Ni les morts, de surcroît.
    Mais c'est une autre histoire.

    Dr Gilles Bouquerel

  • Objectif ?

    Le 22 mai 2020

    Pourquoi une tel "objectif" ? Sur quelles données repose t-il ? En vue de quel résultat ? Avec quelles preuves d'efficience ? Selon quel mode de calcul ?
    On se gausse d'un supposé manque d'esprit scientifique des raoultiens, mais on ne se prive pas dans l'administration de multiplier d'innombrable "objectifs" et décisions bureaucratiques sans la moindre justification rationnelle.

    Dr Pierre Rimbaud

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