« Docteur » Romand : la fin du faux-semblant ?

Saint-Maur, le mardi 11 septembre 2018 - 10 janvier 1993 : le calme pays de Gex est pris d’effroi. Dans une vaste demeure en proie aux flammes, les secours ont découvert une scène d’horreur, une mère et ses deux enfants en bas âge ont été tués par balles, leurs dépouilles aspergées d’essence et partiellement carbonisées…Seul le père de famille, l’éminent cardiologue Jean-Claude Romand, ancien interne des hôpitaux de Paris, chercheur à l’OMS et à l’INSERM, chargé d’enseignement à l’université de Dijon et de Besançon est vivant, bien qu’inconscient. Quelques heures plus tard, le drame subi par le docteur Romand s’étoffe davantage lorsque l’on retrouve ses parents eux aussi abattus, dans leur modeste bâtisse jurassienne.

Ouvrant leur enquête, les gendarmes découvrent dans la confortable BMW du couple ces quelques mots signés de la main du notable : « un banal accident et une injustice peuvent provoquer la folie. Pardon ». L’énigme commence alors à se résoudre et les investigations révéleront que Jean-Claude Romand est un mythomane pathologique.

Il n’a jamais été médecin, puisqu’il n’est jamais allé au-delà du PCEM 2, ce qui ne l’a pas empêché de le prétendre pendant de longues années. Mais, voyant son édifice s’effondrer et en particulier bientôt découvert le mécanisme de cavalerie qui lui permettait d’avoir un train de vie correspondant à ses "fonctions" alléguées, l’homme a tué sa famille avant de tenter de se suicider.

Jean-Claude Romand, qui se prétendait aussi atteint d’un lymphome ou encore ami de Bernard Kouchner, a, pour ses crimes dont il a été reconnu responsable, été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité avec 22 ans de sureté le 2 juillet 1996.

Le "toubib" continue d’exercer

Cette sanction n’aura pas empêché le "docteur" Romand de poursuivre sa brillante carrière. En effet, celui qui parvenait parfaitement à brouiller les pistes du temps de sa splendeur (à tel point qu’un véritable médecin a pu déclarer à l’issue d’un diner mondain : « à côté de gens comme lui, on se sent tout petit ») continue "d’exercer" en prison. Ainsi, à la Centrale de Saint Maur dans l’Indre où il est incarcéré il se fait appeler « toubib ».

« Médecin à l’ancienne »

« Il fait très médecin à l’ancienne (…) Les détenus en sont venus à lui parler de leurs maux, il a commencé à les conseiller. Toujours sur la pointe des pieds, en leur précisant : je pense que vous avez telle maladie mais je ne suis pas sûr. Pourtant, il avait toujours bon. Il est vraiment très fort, vous savez. Cela s’est su et, maintenant, c’est le “doc” à qui on se confie » racontait ainsi il y a quelques années au quotidien France-Soir, l’un de ses anciens codétenus. Une concurrence déloyale dont le véritable médecin de la prison se serait d’ailleurs plaint selon le journaliste Dominique Rizet !

Aujourd’hui Jean-Claude Romand, après 25 ans de prison, demande, comme il en a le droit, à être libéré, et avance, en particulier, avoir passé des diplômes en prison, et être prêt à se réinsérer dans la société, sous sa vraie identité… Sa requête sera examinée le 18 septembre.

Frédéric Haroche

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