« Je ne croyais pas qu’on pût faire mourir pour si peu de chose ! »

Paris, le samedi 14 février 2015 – Nul n’est besoin de rappeler combien les attentats du mois de janvier 2015 ont ébranlé la société française, l’incitant à mesurer sa solidarité, à s’interroger sur ses convictions et principes, la forçant à mesurer ses erreurs et ses errances. Certains ont ressenti ce besoin impérieux avec plus d’acuité : les responsables politiques bien sûr, les enseignants, mais aussi probablement dans une moindre mesure, les psychiatres.

Quelle maladie de l’esprit humain, quel dévoiement de la raison, quel trouble mental en un mot peuvent conduire des fanatiques à invoquer un Dieu pour « justifier » les plus désespérantes ignominies ? Quels sont les mécanismes en œuvre et surtout comment les éviter ? En psychiatre, mais aussi en humaniste, le docteur Alain Cohen tente ici de nous répondre, en invoquant tout à la fois les "préceptes" de la psychiatrie, mais aussi ceux de la philosophie et de la culture. Il offre une réflexion complexe, sinueuse, échappant aux arbitraires dichotomies, prêtant le flanc à la critique comme le montreront sans nul doute les réactions de nos lecteurs, mais confirmant une nouvelle fois la complexité de cette folie, pas si neuve, qu’est le terrorisme religieux.

Par le docteur Alain Cohen

« Que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution… Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! » (Voltaire, Prière à Dieu, Traité sur la tolérance, 1763).

« Les temps ont changé, Charlie » chante Tryo[1], en hommage aux dessinateurs de Charlie Hebdo assassinés (notamment leur ami Tignous). Mais sur ce point, Tryo se trompe : malgré les apparences, notre époque n’est pas plus, mais moins violente qu’autrefois, même si des armes plus dévastatrices accroissent certes le danger. Mon professeur de psychiatrie, André Bourguignon[2], rappelait ainsi qu’un simple voyage de Paris à Orléans demeurait jadis une aventure très risquée où des bandits de grand chemin pouvaient à tout instant vous détrousser avec l’injonction « la bourse ou la vie ! »

Kalach contre Caran d’Ache

L’intégrisme prétendument islamique s’inscrit ainsi dans une lignée historique de corruptions du discours religieux pour en faire une arme guerrière et politique desservant en réalité, dans toutes les confessions, les dogmes qu’il est censé promouvoir. Sans même évoquer les atrocités de la « Sainte Inquisition » (à l’œuvre notamment dans l’extermination des Amérindiens) ou le massacre de la Saint-Barthélemy, rappelons la tragique histoire de François-Jean Lefebvre, Chevalier de La Barre, condamné en 1766 par le tribunal d’Abbeville à « avoir un poing coupé, la langue arrachée, et être brûlé vif, après des aveux sous la torture et la découverte du Dictionnaire philosophique de Voltaire et d’autres livres licencieux chez lui. » Dans sa grande mansuétude, le Parlement de Paris (auprès duquel il avait interjeté appel) lui accorde « par quinze voix contre dix d’être décapité avant d’être brûlé. » Longtemps avant « Je suis Charlie », le Chevalier de La Barre devint le symbole de la liberté de pensée et d’expression broyée. En 1905, dans le sillage de la loi sur la séparation des Églises et de l’État, Clemenceau fait ériger à Paris une statue en bronze du Chevalier… que l’Occupant allemand s’empressera de détruire en 1941. Lourd symbole… Que reprochait-on au Chevalier de La Barre, âgé de 20 ans, et défavorablement connu pour son impiété, puisqu’il aurait refusé de se découvrir devant le passage d’une procession ? D’avoir profané un crucifix. Et bien que Louis XIV eût déjà supprimé la peine de mort pour blasphème, le jeune homme fut supplicié (soumis à la « question ordinaire »), puis décapité et jeté au bûcher avec un exemplaire du Dictionnaire philosophique de Voltaire cloué sur le torse et la pancarte « impie, blasphémateur et sacrilège exécrable. » On s’aperçut plus tard que la dégradation du crucifix aurait été causée par « l’accident d’une charrette chargée de bois » et que le Chevalier de La Barre ne se trouvait même pas sur les lieux du "crime", à ce moment, mais dans sa chambre ! Ses dernières paroles furent : « Je ne croyais pas qu’on pût faire mourir un gentilhomme pour si peu de chose. » Ce questionnement est proche de celui prêté à Dieu lui-même par Tryo dans sa chanson #Je suis Charlie[1] : « Il (Allah) ne comprend pas comment au nom de Dieu a-t-on utilisé une arme contre un simple crayon. » Une Kalachnikov contre un Caran d’Ache…

Pathologie psychiatrique ou non ? 

Mais quelle que soit notre empathie pour les dessinateurs assassinés, on peut déplorer que des provocations gratuites tendent parfois à remplacer le dialogue entre athées et croyants : comprendre la pensée de l’autre, si différent semble-t-il de nous a priori, se révèlera toujours plus efficace que railler ses convictions (religieuses ou autres). « On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde » résumait Pierre Desproges, pourtant lui-même maître en matière d’anticonformisme, et ancien de Charlie Hebdo… Et si le déficit de cohésion nationale favorise l’essor du terrorisme à l’ombre de la démocratie, il n’est pourtant pas sûr, comme on le croit souvent, que La Marseillaise soit le meilleur ferment pour susciter la fraternité et l’amitié entre les hommes, car certaines paroles de ce chant martial constituent une véritable incitation à la haine raciale et au meurtre : « Qu’un sang impur abreuve nos sillons ! ». La France s’honorerait en retirant ces paroles ou en adoptant un autre hymne, moins belliqueux, comme L’Ode à la Joie de Beethoven, l’actuel hymne de l’Union Européenne…

Quels sont les phénomènes psychiatriques en jeu dans l’intégrisme religieux le plus violent ? Peut-être aucun, en considérant les « résultats contradictoires » des expertises psychiatriques, lors du procès du terroriste norvégien Anders Behring Breivik ! Il fut en effet jugé responsable de ses actes (assassinat de 77 personnes dont 69 au cours du massacre survenu en juillet 2011 dans l’île d’Utøya). À ce propos, on a dénoncé, à juste titre, cette dualité de traitement : après la tuerie d’Utøya, nul n’a exigé que les Chrétiens s’élèvent contre cette folie meurtrière de Breivik (même si les psychiatres ne l’ont pas estimé officiellement « fou »), alors que nombre de voix se sont élevées, au contraire, pour demander aux Musulmans de condamner clairement les méfaits analogues des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly. Il va sans dire (mais, rajoutait dans ce cas Talleyrand, « ça va toujours mieux en le disant ») que l’immense majorité des croyants, quelle que soit leur confession (comme des athées) réprouve ces comportements injustifiables par une quelconque religion… On peut supposer que les terroristes sont en revanche eux-mêmes les victimes préalables d’un gourou les ayant formatés pour tuer, en leur instillant des idées délirantes sur « les infidèles blasphémateurs. » Un tel lavage de cerveau existait aussi chez les kamikazes japonais effectuant une mission-suicide pendant la Guerre du Pacifique. À part un grand malade mental, même non reconnu par le DSM, qui peut croire une seule seconde qu’il a la moindre chance de s’opposer durablement à toute la société, voire au reste du monde ? On a dit d’ailleurs que les cavalcades meurtrières des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly auraient pu correspondre à une sorte de « suicide par gendarme interposé » (suicide by cop aux États-Unis), proche du phénomène d’amok[3] en Malaisie, étudié notamment par le psychiatre allemand Emil Kraepelin en 1904, lors de son voyage à Java qui marqua l’origine de la psychiatrie comparée. Notons enfin que la notion de folie est relative à une culture et à une époque : canonisée depuis, Jeanne d’Arc fut déclarée hérétique par ses juges, mais aujourd’hui elle serait peut-être considérée comme psychotique par des psychiatres qui lui prescriraient des neuroleptiques contre des hallucinations auditives présentées comme « paroles de Dieu ! » On peut enfin rapprocher la mort des dessinateurs de Charlie (étiquetés « blasphémateurs » par leurs assassins et leurs éventuels commanditaires) du meurtre de John Lennon par Mark David Chapman, en 1980 : celui-ci explique avoir voulu venger l’affront fait à Dieu quand Lennon tenait ces propos « blasphématoires » : « Imaginez qu’il n’y ait plus de religion » (dans sa célèbre chanson Imagine) et « Aujourd’hui, nous sommes plus populaires que Jésus Christ » (à l’époque des Beatles). Contre le conseil de ses avocats qui voulaient lui faire plaider la folie, Chapman plaida coupable, mais reconnut aussi qu’il s’était résolu à tuer John Lennon « pour devenir également célèbre » en attachant définitivement son nom à la gloire de Lennon. Ce qui rapproche le passage à l’acte meurtrier de Chapman du méfait iconoclaste d’Erostrate, un Éphésien obscur voulant, dans l’Antiquité, se rendre immortel par n’importe quel « exploit » mémorable. À cet effet, Erostrate incendia le temple d’Artémis à Éphèse, l’une des sept merveilles du monde. Ayant ainsi brûlé le fameux temple d’Artémis pour que son nom fût connu a travers les siècles, Erostrate se vit alors infliger le pire châtiment pour lui, car il fut condamné à ce que son nom soit au contraire « oublié à jamais. » Mais c’est aussi à ce titre douteux, en définitive, qu’il est passé à la postérité : sa condamnation insolite à l’obscurité porta paradoxalement le germe d’une « gloire » imméritée ! Il est douteux que les frères Kouachi aient voulu rattacher ainsi leur destin à celui des dessinateurs de Charlie, mais leur espoir d’une « reconnaissance divine au paradis » a encouragé sans doute leur passage à l’acte terroriste. Et l’hebdomadaire satirique lui-même a bénéficié de ce retournement paradoxal : alors que Charb se démenait vainement, juste avant sa mort, pour trouver des fonds et éviter la fin du journal qui périclitait, ses ennemis lui ont apporté une médiatisation inespérée permettant d’atteindre soudain une audience record pour un magazine, plusieurs millions d’exemplaires !

Ne pas désespérer de l’humanité

« J’ai mal à l’être humain, comment en est-on arrivé là ? Le monde a perdu toute humanité » déplore Grand Corps Malade dans sa chanson, également intitulée #Je suis Charlie[4]. Après une telle tragédie, comment reprendre confiance en nos semblables ? En recherchant des raisons d’espérer dans des signes positifs. Comme le comportement exemplaire de Lassana Bathily : surnommé « le héros de Vincennes », c’est un argument vivant contre toute forme d’amalgame, puisque des Juifs (otages dans le magasin casher) ont pu être sauvés par ce Musulman, au péril de sa propre vie, dans une démarche diamétralement opposée à celle des terroristes prétendant défendre la même religion, alors qu’ils contribuent au contraire à la caricaturer tragiquement, bien plus que Charlie Hebdo ! Autre raison d’espérer : le Traité sur la tolérance de Voltaire, réquisitoire philosophique contre le fanatisme religieux, s’arrache actuellement, au point d’être en rupture de stock[5] ! Rappelons qu’après l’affaire Calas, Voltaire préconise d’accorder aussi la liberté d’expression aux opposants de nos propres convictions, car la démocratie consiste à tolérer même ses adversaires : « Je combattrai jusqu’au bout vos idées, et aussi pour que vous ayez le droit de les exprimer ! »

Combattre le raisonnement fallacieux par lui-même

« Seuls les Athéniens peuvent battre les Athéniens » disait-on dans la Grèce antique, pour souligner la valeur des combattants d’Athènes. Et Herman Göring, le dignitaire nazi Reichsluftfahrtminister (Ministre de l’Air) transposa cette appréciation, devant l’impuissance de la Luftwaffe pour vaincre le Royaume Uni par le Blitz durant la Bataille d’Angleterre (1940-1941) : « Seule la Royal Air Force pourrait battre la Royal Air Force.» De la même façon, puisque la force demeure inopérante, dans la mesure où les intéressés ne demandent qu’à mourir en martyrs, sous les balles du « grand Satan » qu’incarne à ses yeux l’Occident « impie et blasphémateur », on ne combattra le fanatisme religieux que sur son propre terrain, en s’efforçant de comprendre la pensée de l’adversaire pour feindre de l’épouser, puis retourner son raisonnement et le convaincre avec ses propres thèses. Kepler utilise ainsi ce subterfuge pour concilier le discours de l’Église et ses propres conceptions, en se montrant plus prudent que ses contemporains Giordano Bruno (brûlé comme hérétique en 1600) et Galilée (condamné à abjurer devant l’Inquisition). Adepte comme eux de l’héliocentrisme proposé par Copernic, quand la doctrine officielle place la Terre au centre de l’univers, Kepler sait amadouer les autorités religieuses examinant son modèle non orthodoxe d’orbite planétaire elliptique. Diplomate, il suggère que l’ellipse surpasse le cercle (courbe censée représenter pourtant la « perfection divine ») en impliquant deux foyers au lieu d’un seul : l’un de ces foyers est occupé par le Soleil, tandis que l’autre abrite manifestement Dieu et tous ses anges ! Pouvant heurter l’establishment, sa théorie novatrice s’impose en détournant les armes propres à la condamner ! De même, quand le Pape Pie IV lui demande de peindre un voile pudique sur le sexe des personnages de la Chapelle Sixtine, Michel-Ange s’oppose à ces retouches pour des raisons strictement religieuses : après le jugement dernier, thème des fresques, l’impudeur a disparu car le péché n’existe plus. Retour magistral de l’argument à son envoyeur ! Autre démonstration, donnée par le Pr. Luc Montagnier avec cet argument dont il use au Vatican, le 20/11/1993, à la conférence de la Pastorale de l’Église où il demande à celle-ci de se montrer « plus tolérante et pragmatique », à propos du préservatif : « Si le Sida est une maladie diabolique, aucun des moyens nécessaires pour la combattre ne peut être considéré comme diabolique ! »

Culture et morale contre intolérance

Mais comment combattre un terroriste islamiste sur son propre terrain, la promotion d’une religion qu’il contribue en fait à saper ? En aidant les adeptes pacifiques et modérés, face aux intégristes irresponsables (un qualificatif attribué aussi à Charlie Hebdo). Nous touchons là aux effets pervers de la laïcité et de la loi de 1905, puisque l’état n’a pas le droit de se mêler de formation religieuse. Conséquence : au lieu d’un enseignement sérieux et libéral, des dignitaires religieux risquent de s’autoproclamer, ou de dépendre des subsides de tiers douteux ou extrémistes. C’est comme si l’Education nationale ne prenait plus en charge la formation des psychologues pour la laisser uniquement aux mains des sectes et des gourous !… Seul l’Islam pacifique peut s’opposer aux dérives délirantes d’assassins qui prétendent agir pour « la défense du prophète », alors que le Coran (religion du livre) impose au contraire le respect de la vie : « Ne tuez la personne humaine qu’en toute justice, car Allah a déclarée la vie sacrée. » (Coran, VI, 151). Cette sourate (comme d’autres) prouve que les terroristes prétendant « tuer au nom d’Allah » n’ont en fait rien à voir avec l’Islam. Comme dit Renaud dans sa célèbre chanson Manhattan-Kaboul (écrite après les attentats du 11 Septembre 2001) : « Ceux-là ont-ils jamais lu le Coran ? ».

Si la laïcité apparaît comme le meilleur moyen de faire vivre ensemble des gens de tous horizons et de toutes croyances, c’est une grave erreur de ne pas intégrer à l’enseignement « laïc et républicain » l’histoire des grandes religions et des morales issues de leurs sources (notamment la Bible et le Coran), pour s’opposer à la pensée unique par la confrontation des idées, susciter le débat, et tolérer les différences. Citons encore Tryo[1] : « Au milieu du vacarme, du djihad et des armes, il reste la culture, l’humour et la nature. » Et encore Voltaire, dans sa Prière à Dieu où il lui dit en somme « Merci pour cet instant » : « Ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres… et employons l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu’à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant. »

Dr Alain Cohen

Références
[1]https://www.youtube.com/watch?v=hf0EG9KLDGY
[2]http://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Bourguignon
[3]http://fr.wikipedia.org/wiki/Amok_%28ethnologie%29
[4]https://www.youtube.com/watch?v=-cw4Mk3sjko
[5]http://www.francetvinfo.fr/societe/education/video-le-traite-sur-la-tolerance-de-voltaire-s-arrache_804647.html

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Vos réactions (10)

  • Probalilités prophétiques

    Le 14 février 2015

    Et si c'était l'humanité qui désespérait de l'homme au point de se jeter dans les barbelés, comme la Clara de Schindler. Je ne donne pas cher de sa peau (artificielle) ni de son génome.
    Le 24 décembre 2014, la revue Cell dépose, dans la crêche du petit Jésus, le cadeau de chercheurs israéliens : la création de gamètes humains artificiels créés à partir de cellules souches. L’Institut Weizman de Rehovot est situé à moins de 20 km à vol d’oiseau de Bethléem.

    Dr Isabelle Gautier

  • Intolérance

    Le 14 février 2015

    Qu'y a-t-il de commun entre l'assassinat brutal d'individus choisis par des brutes décervelées au motif que ce sont des blasphémateurs, des policiers, des juifs et le jugement par un parlement, dans la sérénité d'un tribunal, d'un individu qui ne s'est pas découvert devant une procession?
    Cela me paraît un mélange des genres peu propice à faire.

    Dr Jean-Fred Warlin

  • Remarquable

    Le 14 février 2015

    Cette réflexion est très intéressante et richement documentée.
    Et un élément m'interpelle : la reprise d'une réflexion de Renaud "Ceux-là ont-ils jamais lu le Coran ?" et le commentaire de M Warlin. Manifestement M Warlin a lu en diagonale (ou pas du tout) ce texte car ledit chevalier n'a pas été condamné pour ne pas s'être découvert mais pour avoir profané un crucifix. C'est tout de même clairement écrit. Donc votre critique est totalement inappropriée. Alors "avez-vous jamais lu ce texte ?"
    Finalement, comment peut-on penser faire évoluer une société dans laquelle les plus érudits commettent les mêmes erreurs que les barbares ignares ?

    Olivier Godefroy

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