La santé pour but premier

Moscou, le samedi 14 juillet 2018 – Ils ne le savent pas, mais ils pensent très souvent à lui. Quand ils apprennent qu’un de leur joueur préféré a dû déclarer forfait, quand ils s’interrogent sur une sortie de terrain précipitée, quand ils se demandent comme le site Sports.fr si sa « gêne au genou gauche » n’handicapera pas Samuel Umtiti lors de sa rencontre avec les Diables Rouges (la réponse sera négative), ils pensent à lui. Ils pensent à lui inconsciemment et ils ne connaissent pas toujours son nom. Peut-être ont-ils aperçu sa silhouette sur le bord du terrain, à côté de Didier Deschamps. Cheveux gris, sourire confiant le plus souvent, et lunettes rondes. Lui c’est Franck Le Gall. Et ceux qui pensent à lui sans le savoir, ce sont tous les afficionados de l’équipe française de football.

A la Clairefontaine

Né à Angers en 1964 (deux ans après le deuxième sacre du Brésil), Franck Le Gall embrasse la carrière de médecin du sport dès la fin de ses études. A vingt-neuf ans, en 1993 (un an avant le quatrième sacre du Brésil !), il fait ainsi son entrée au centre technique national Fernand Sastre, plus connu sous le nom d’Institut national du football de Clairefontaine. Ce centre de préformation, qui a par exemple accueilli en son sein Kylian Mbappé ou Blaise Matuidi, abrite un centre médical doté des équipements les plus performants. Il sera le décor de toute la première partie de la carrière du docteur le Gall jusqu’en 2008. Au cours de ces quinze ans, il aura notamment été le médecin de l’équipe de France Espoirs de 2006 à 2008.

Bienvenue chez les Ch’tis

Mais il faut un jour dire adieu au gazon parfait de Clairefontaine. Franck Le Gall est approché par le club de Lille (LOSC) dont il devient le médecin en chef. A Lille, Franck Le Gall va tout aimer : la beauté et la quiétude de la ville, les installations très performantes du club et le football. Quand So Foot lui demandera après cette expérience ce qu’il en a retenu, il s’enthousiasme : « Que des bons souvenirs. De 2008 à 2012, on a l’impression de progresser chaque année le doublé coupe-championnat en 2011 en point d’orgue ». A Lille, surtout, Franck Le Gall a particulièrement apprécié sa relation avec l’entraîneur Rudi Garcia. Aussi, quand celui-ci lui demande début 2017 de le rejoindre à Marseille, il n’hésite pas à quitter les Ch’tis qu’il adore pour le Vieux Port. Bien qu’il juge que « les entraîneurs ne sont pas forcément nos amis », il était heureux à l’idée de pouvoir revivre les années formidables passées avec Rudi Garcia.

Diplomatie et déontologie

Mais avant ce « mercato » des médecins, Franck Le Gall avait connu une sélection plus prestigieuse encore pour un praticien sportif : il est devenu en 2012 le médecin des Bleus. Ainsi est-il présent en Russie depuis le début de la compétition après avoir supervisé toute la préparation. Au site So Foot, il expliquait avant que les rencontres ne commencent : « On ne voit pas le temps passer pendant les trois premières semaines de préparation. C’est à ce moment-là qu’il y a le plus de boulot puisque les joueurs viennent de terminer leur saison et reviennent avec des problèmes divers et variés. Ils doivent avoir récupéré de leur saison et être prêts physiquement à démarrer la compétition. On ne peut pas se permettre de partir avec un joueur qui va manquer les dix, quinze premiers jours de la compétition. Une fois que la compétition est lancée, l’approche médicale est différente puisqu'on ne peut plus remplacer les joueurs blessés. Ça passe alors plus par des soins, par de la gestion » explique-t-il. Que ce soit avant le début des matchs ou durant la phase de compétition, l’équilibre est difficile entre la pression des entraîneurs, des joueurs et des fédérations et l’obligation de penser d’abord à la santé du patient. Dans ce cadre, la relation de confiance avec l’entraîneur est indispensable. « C’est plus intéressant de travailler avec quelqu’un qui n’est pas toujours en train de mettre en cause votre diagnostic, votre prise en charge, les examens que vous demandez, etc. si vous avez en face de vous quelqu’un de caractériel, de versatile, quelqu’un qui n’a pas d’écoute médicale, qui n’a pas de message de prévention, qui n’a qu’une envie, c’est que le joueur joue, c’est inintéressant, et c’est la meilleure façon de faire des conneries. Avec les entraîneurs, on a besoin d’échanger, eux avec leur approche de technicien, nous avec notre approche médicale, pour éventuellement modifier certaines choses à la séance » analyse le praticien. Outre les liens avec l’entraîneur, doivent également être ménagées la susceptibilité des joueurs et celle des clubs auxquelles ils appartiennent. Les relations avec les médecins des groupes internationaux ne sont pas toujours aisées, quand certaines informations ne sont pas transmises ou quand des dissensions existent sur les traitements à mettre en place. Franck Le Gall a pu en faire l’expérience à propos de Ribéry, qui avait préféré retrouver l’Allemagne pour soigner une blessure.

Faire vite et bien

Mais au-delà de ces difficultés diplomatiques, être médecin d’une équipe nationale est également un sport en soi, par exemple quand une blessure intervient sur le terrain. « L’arbitre nous fait comprendre qu’il faut faire très vite. Huit fois sur dix il n’y a pas grand-chose et le joueur va repartir donc notre intervention est relativement courte. On fait un interrogatoire rapide : « Qu’est-ce que t’as ressenti ? Est-ce qu’il y a eu un choc ou pas ? Est-ce que ça s’est tordu ? Est-ce que c’est sur l’accélération ? Sur l’appui ? Est-ce que t’as ressenti un coup de poignard dans la cuisse ? » On ne peut pas faire un examen clinique très complet sur le terrain. On fait les signes habituels de terrain pour se faire comprendre du staff et dire si le joueur doit arrêter le match ou non. Quand c’est musculaire, le joueur vous le dit tout de suite. En général, ils savent s’ils peuvent repartir sur le terrain ou non » détaille le praticien. Ce dernier comme ses prédécesseurs signale par ailleurs le bénéfice de pouvoir disposer d’une équipe complète et de moyens techniques toujours disponibles (le recours à l’IRM est très fréquent).

Chambreur

S’il ne peut pas faire de pronostic sur le match qui opposera demain la Croatie et la France, Franck Le Gall sait que sa présence en équipe de France dépend très fortement de celle de Didier Deschamp. «  En équipe de France quand il y a changement de staff technique, il y a aussi souvent changement de staff médical et je sais que le jour où Didier arrêtera, j’arrêterai aussi » confiait le docteur le Gall à So Foot. Et sans doute quand le temps des adieux sera venu ne manquera-t-il pas de regretter une fois encore sa complicité avec un entraîneur, même si Didier Deschamp est selon lui un « chambreur ». « Quand vous êtes avec Didier, il faut venir avec des arbalètes et des pistolets dans la poche. Les flèches, il faut savoir les sortir de temps en temps, sinon vous êtes mort! C'est un artilleur » s’amusait-il il y a quelques semaines auprès de l’AFP. Espérons que demain la répartie sera absente.  

Aurélie Haroche

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