(Presque) aucun retentissement des radiofréquences sur la santé humaine

Paris, le mardi 15 octobre 2013 - L’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) s’était « auto saisie » le 14 juin 2011 afin de mettre à jour son expertise du 14 octobre 2009 relatif aux problèmes de santé liés aux radiofréquences (RF).

Dans son dernier avis du 14 octobre 2009, l’agence avait souligné la nécessité d’une veille bibliographique permanente et c’est dans cet esprit que l’institution a mis en place un groupe de travail sur cette thématique. Il vient d’émettre son rapport rédigé sous la direction d’Elisabeth Cardis du centre de recherche en épidémiologie environnemental de Barcelone (CREAL) et directrice du programme de recherche sur les rayonnements.

Ce document de près de 500 pages (!) publié aujourd’hui mentionne deux faits marquants des années 2010 et 2011, avec d’une part la  publication des résultats agrégés de l’étude épidémiologique Interphone en 2010 (Téléphone mobile et tumeurs du système nerveux central : l’étude INTERPHONE) et d’autre part, en 2011, le classement des  RF comme « possiblement cancérogènes pour l’homme » par le Centre  international de recherche sur le cancer (CIRC). 

L’agence rappelle enfin l’étude de faisabilité d’un abaissement de l’exposition aux ondes électromagnétiques émises par les antennes- relais publiée en juillet dernier qui proposait notamment d’augmenter le nombre d’antenne relais pour lisser en quelques sortes l’exposition aux ondes électromagnétiques (Encore plus d’antennes-relais ne nuirait pas à la santé !).

Cette veille bibliographique a été réalisée sur la  période du 1er avril 2009 au 31 décembre 2012 et ce sont 308 articles scientifiques originaux qui ont été analysés. Deux tiers de ces études ont finalement été jugé de qualité suffisante.

D’autre part ce groupe de travail a auditionné un certain nombre de personnalités dans un esprit d’ouverture : scientifiques, représentants associatifs, cadres d’opérateurs téléphoniques…

Comme dans son  précédent rapport, l’ANSES a choisi de s’intéresser aux effets sanitaires liés aux gammes de fréquences des technologies nouvelles ou en développement impliquant des radiofréquences (RF) comprises  entre 8,3 kHz et 6 GHz (communications mobiles, TV, radio,  etc.). Toutefois, la plupart des articles publiés s’intéressant  majoritairement  aux  effets des signaux de la téléphonie mobile, il est essentiellement question de cela dans l’expertise parue aujourd’hui.

Au total, le groupe de travail, s’est donné pour but  d’évaluer l’ensemble des effets sanitaires potentiels des  radiofréquences, qu’ils soient  non cancérogènes ou cancérogènes, en gardant à l’esprit que les données scientifiques actuellement disponibles décrivent une situation par définition en partie dépassée de la réalité.

(Presque) pas d’effet sur le cerveau

Le niveau de preuve est jugé insuffisant par le groupe de travail pour retenir l'existence d'un effet d’une exposition aiguë aux  radiofréquences (RF) sur le métabolisme énergétique et le débit sanguin du cerveau, sur les fonctions cognitives, sur les aspects cliniques du sommeil, sur l'audition, et sur les maladies neurologiques  autres que les tumeurs.

Toutefois, l’analyse spectrale de l’EEG a donné, chez des sujets éveillés ou en état de sommeil, des résultats suffisamment nombreux et cohérents pour mériter  une  attention particulière. Ainsi, chez l’adulte jeune éveillé, l’analyse spectrale a permis de mettre en évidence une augmentation de la puissance du rythme EEG alpha liée à une exposition aiguë à un signal GSM 900 MHz .

Décrite initialement dans 5 articles cette augmentation a été controversée jusqu’en 2004  avant d'être confirmée par  4 études récentes reposant sur une méthodologie rigoureuse et publiées par 3 équipes différentes. 

Cette augmentation de la puissance alpha est à rapprocher de celle de la cohérence inter-hémisphérique des rythmes alpha dans les régions frontales et temporales, observée sous exposition aiguë à un signal GSM 900 MHz chez l’adulte jeune et chez les sujets âgés. La  même équipe (Vecchio  et coll. 2012) qui a découvert ces effets a obtenu un résultat comparable sur un groupe de sujets épileptiques, ce qui  suggère que, malgré l’absence de crise et de modification de l’EEG de base pendant la durée de l’expérimentation, l’exposition répétée à un signal GSM pourrait favoriser la  survenue de crises chez les sujets prédisposés.

Enfin des diminutions significatives de la durée du sommeil de stade 2 et des augmentations de la durée du sommeil paradoxal dans le 3eme quart de la nuit ont été observées.

Mais l’ANSES rappelle que ces résultats, obtenus par une seule équipe, restent à répliquer par d’autres laboratoires.  De même, les relations entre ces deux types de modifications du rythme alpha restent à explorer. Pendant le sommeil, l’augmentation de la puissance spectrale de l’EEG dans la  fréquence des fuseaux de sommeil, avec un  pic autour de 14 Hz, a été décrite  dans 7 articles  publiés par  3 équipes différentes mais ce phénomène ne s’accompagne cependant ni de modifications de la macrostructure du  sommeil, ni de troubles subjectifs du sommeil.

Et au groupe de travail de conclure : « en tout état de cause, ces diverses modifications sont de faible ampleur et traduisent  probablement un  effet physiologique à court terme. Mais, ils posent la question des conséquences à long terme de leur répétition ». Il rappelle par ailleurs, que des études récentes suggèrent qu’il pourrait y avoir des différences de réactivité individuelle masquant en partie certains phénomènes et conseillent de prendre cette éventualité en considération dans les études ultérieures.

Un effet positif inattendu ?

L’ANSES met en avant des travaux publiés par Arendash et coll. sur des souris normales et transgéniques modèles de la maladie d’Alzheimer ayant fait l’objet de mesures du stress oxydant, de la fonction mitochondriale, du débit sanguin cérébral et des fonctions cognitives qui, confirmant des études antérieures, avancent une amélioration des performances cognitives et de la mémoire chez une population de souris âgés sous l’effet de RF comparables à celles auxquels nous sommes exposés ! Et au groupe de travail d’appeler à étudier cet éventuel phénomène positif sur l’homme…

Des effets sur les tumeurs ?

Les conclusions du rapport sur les effets des RF sur les tumeurs cancéreuses sont moins tranchées que celle sur le cerveau. Ainsi, si deux études, jugés de « bonne qualité » par le groupe de travail ne relèvent aucun impact des RF sur le développement des tumeurs, une troisième (Tillmann, Ernst et coll. en 2010) met en évidence un possible effet co-cancérogéne des RF sur un modèle spécifique de cancer. Pour le groupe de travail cette contradiction pourrait s’expliquer par la méthodologie de cette étude qui n’utilisait pas le même signal de radiofréquence que les précédentes.

Au total, le rapport conclut que « l’ensemble des études in vivo sur le développement de tumeurs analysées (15 études dans le  rapport AFSSET de 2009 et 3 depuis) n’apporte pas la preuve d’une augmentation d’incidence ou de l’aggravation des cancers dans les conditions expérimentales testées pour des niveaux  d’exposition aux radiofréquences non thermiques ».

De plus aucun progrès des connaissances sur l’incidence des RF sur le risque de cancer en général n’aurait été réalisé entre 2009 et 2012 mais aucune agrégation de cancer au voisinage d’une antenne relais n’a été confirmée non plus. Ce flou demeurant sur l’effet cancérigène des RF ne manquera pas d’interroger certains commentateurs.

Concernant plus précisément les tumeurs cérébrales, après analyses des 22 publications parues sur le sujet, le rapport conclut qu’il n’y a aucun effet de la téléphonie mobile sur l’incidence  des méningiomes.

Il repousse, pour arriver à ces conclusions, quelques études qui concluaient le contraire mais qui sont jugés trop faibles méthodologiquement, ce qui ne manquera pas sans doute de déclencher l’ire des associations qui s’appuient sur ces études pour arguer du caractère cancérigène du téléphone portable.

Pour les gliomes, l’ANSES se veut plus circonspect.

Ainsi, bien qu’elle juge le niveau de preuve limité quant à une augmentation du nombre de gliomes à la suite d'une exposition régulière et prolongée aux RF émises par le téléphone portable, elle déclare qu’il ne peut être exclu une augmentation du risque de gliome (d’environ 20 %) circonscrite à des sous-groupes d’utilisateurs intensifs sur de longues périodes.

Des effets génétiques

Au terme de sa revue de la littérature, le groupe de travail conclut à des modifications génétiques liés aux RF (oxydation des bases de l’ADN et cassures de l’ADN) mais il les juge de faible ampleur (dans la fourchette des valeurs correspondants aux lésions naturelles de l’ADN), réversibles dans le temps et sans conséquences pour l’intégrité des chromosomes.

Pas d’effet sur le bien-être auto déclaré !

L’une des parties de ce rapport, qui ne manquera pas de provoquer le courroux des associations d’électro sensibles, s’attarde sur l’absence d’effet des RF sur le bien-être déclaré.

Ainsi 14 publications ont été screenées sur cette épineuse question du ressenti. Huit de ces études ont été jugées de qualités suffisantes pour être incluses dans ces travaux, et à leur lecture, il est conclu qu’il n’y a pas d’effet des RF sur le bien-être. Le groupe de travail écarte aussi toute action des RF sur l’état général.

Ce que les radiofréquences n’entraînent pas

Au termes de cette veille bibliographique, l’ANSES juge qu’il n’y a, pour l’heure, pas de niveau de preuve suffisant d’effets des RF sur la fertilité féminine, masculine, le développement fœtal, le comportement sexuel, la taille, le poids, la viabilité de la descendance, le système immunitaire, le système endocrinien, les lignées sanguines humaines, le rythme cardiaque, la pression artérielle, la vasomotricité des vaisseaux sanguins et le système oculaire.

Petit bémol concernant la fertilité masculine où les études sont jugés insuffisantes pour conclure à l'innocuité des RF, l’ANSES recommande la mise en route d’autres études plus approfondies sur le sujet.

Retour sur les électro sensibles

Le groupe de travail s’est aussi employé à étudier le retentissement psychologique de la représentation du risque lié aux radiofréquences, plus communément dénommé électro-sensibilité.

Plus généralement il s’est intéressé aux inquiétudes des populations concernant les troubles de santé liés aux radiofréquences. Ils les attribuent à une faible connaissance technique, et à un flux d’informations contradictoires tantôt inquiétantes tantôt rassurantes (comme celles dont nous vous faisons part).

Soulignant que l’inquiétude est souvent liée au contexte (proximité d’une antenne relais mais aussi niveau socio professionnel et statut  familial et personnel) le groupe de travail recommande d’intégrer ces facteurs contextuels à l’information du public.

Mais prudente sur le sujet, l’ANSES précise enfin que les travaux en cours sur les personnes souffrant d'électro hypersensibilité pourraient l'amener à faire évoluer ses conclusions.

Et l’ANSES de conclure ainsi son étude: « La plupart des effets semblent transitoires ou correspondre à une simple variation biologique démontrant une capacité de réparation ou de rétablissement de l’homéostasie des systèmes biologiques. Il est donc impossible de conclure que les effets biologiques observés sont générateurs d’effets sanitaires », avant de recommander la réalisation de recherches sur les divers points en suspens évoqués plus haut.

Parions que ce rapport exhaustif, ne manquera pas de décevoir les tenants de l’existence de troubles liés aux radiofréquences, tant les études affirmant de tels liens ont été écartées des conclusions de ces travaux.

Frédéric Haroche

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Vos réactions (3)

  • Quid de l'effet à long terme ?

    Le 15 octobre 2013

    Qui aurait trouvé une action significative sur la santé publique de la pollution et des particules émises pas le diesel il y cinquante ans? Qui aurait cru à l'effet des UV sur le cristallin et la rétine il y a cent ans ?
    Il n'est certainement pas besoin d'énergies électromagnétiques importantes pour que des effets se manifestent à long terme sur l'organisme. Tant qu'on est pas en face d'un phénomène cataclysmique de type Tchernobyl personne ne voit rien et comme beaucoup ne veulent pas voir la cécité psychique n'en est que plus grande (arrêt du nuage radioactif par les Vosges...).
    Bien que je sois intellectuellement défavorable à la notion de principe de précaution... j'évite de me soumettre inutilement à des ondes électromagnétiques fussent-elles réputées inoffensives... un conseil d'ami : faites en autant.
    Dr J-F Huet

  • Retentissement des ondes sur le monde politique de la santé

    Le 30 octobre 2013

    C'est bien dommage qu'une institution comme l'académie de médecine se positionne clairement contre les risques potentiels... On se souviendra pourtant qu'elle avait, il y a bien des années de cela, déclaré la non dangerosité de l'amiante !
    C'est vrai que la téléphonie mobile est devenue un enjeu économique certainement bien plus important que l'enjeu de santé publique... Jusqu'à preuve du contraire.

  • Sagesse

    Le 12 décembre 2013

    Bien dit chers confrères vos commentaires sur la dangerosité du diesel et de l'amiante
    Il fut un temps ou l'on conseillait aux femmes enceintes de fumer et de boire!
    Dr Deminiere

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