"Y a-t-il un médecin dans l’avion ?" : qui ne répond risque 5 ans !

Deux milliards de passagers par an, dont 13 % de plus de 65 ans. Et si l’on en croit une étude réalisée sur une période de 2 ans par Air France, un évènement médical se produit pour 20 000 passagers, et un décès pour 3 millions ; soit 10 trépassés annuels, dont 6,5 complètement imprévisibles, les autres étant en mauvais état car porteurs d’une maladie chronique (on peut donc admettre au final un décès inopiné pour 5 millions de voyageurs). Sur les deux années de l’étude 38 vols ont été abrégés pour cause médicale (c’est peu) alors que dans 89,6 % (c’est beaucoup) des cas avait été embarqué un médecin qui a pu porter secours. Le risque "statistique" d’être appelé un jour est donc faible mais réel, surtout si vous êtes adepte des longs courriers, nettement plus à risque que les autres. Et dans ce cas, mieux vaut répondre…  

Se porter volontaire même si, biologiste retraité, acupuncteur ou rédacteur médical, vous ne voyez pas de quelle utilité vous pourriez être ? Sans doute car la loi est claire et vous êtes encadré par plusieurs textes, dont le code pénal (articles 113-4 / 223-6) et le code de déontologie médicale de 1995. Un citoyen français est obligé de porter assistance à une personne en danger et la législation indique qu’une négligence volontaire d’un médecin sera sanctionnée la plupart du temps, que le danger soit réel ou hypothétique, que l’aide fournie soit efficace ou non, que le médecin soit compétent et qualifié ou non, qu’il soit actif ou retraité. En l’absence de solides arguments –maladie personnelle ou incapacité physique par exemple mais pas fatigue, mal de l’air, abus de boisson ou prise d’un somnifère- vous risquez 75 000 € d’amende et jusqu’à cinq ans de prison. De quoi faire réfléchir, d’autant que toute dénonciation sera examinée et que des vérifications pourraient être faites à posteriori…

Il faut donc mieux y aller, mais sans trop d’inquiétude cependant. Pour plusieurs raisons : le personnel naviguant a été formé, et saura vous apporter un aide efficace ; des spécialistes de l’urgence aéroportée, disponibles 24h/24, et très au fait, pourraient au besoin vous assister (par radio évidemment, sur Air France et d’autres compagnies) ; enfin vous trouverez sur place une mallette type SAMU contenant des analgésiques, des médicaments cardiaques, des bronchodilatateurs, des anti-allergiques, un stéthoscope, des seringues, des gants etc , qu’on vous ouvrira au vu d’une carte professionnelle. Et il faut avouer, au vu de la nature des incidents, que la grande majorité d’entre eux est sans réelle gravité (malaises vagaux en tête). N’attendez cependant aucune rémunération, rien n’est prévu par les compagnies d’assurance des transporteurs ; peut-être quand même, si vous vous débrouillez bien la compagnie reconnaissante vous offrira t-elle quelques miles (données personnelles…).

Dr Jack Breuil

Références
Dedouit F et coll. : « Medical liabilities of the french physician passenger during a commercial flight. Med Sci Law. 2007 ; 1: 45-50.
NB : un conseil au médecin grand voyageur, consultez l’article entier. Tout y est dont le risque selon le pays, y compris les lois anglo-saxonnes dites du "bon samaritain".

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Vos réactions (17)

  • ""Y a-t-il un médecin dans l’avion ?" : qui ne répond risque 5 ans !"

    Le 12 avril 2007

    Il y a effectivement dans les avions des mallettes type samu...mais sans le materiel de surveillance qui va avec....qui osera utiliser des anti-arythmiques puissants ou des drogues inotropes sans surveillance scopique ? De plus ces mallettes sont tres variables d'une compagnie à l'autre...sur certaines compagnies on ne dispose pas d'un banal tensiométre...quand au risque d'être appelé, il me paraît relativement important (déjà 4 ois pour ma part).

    Laurence Le Page

  • ""Y a-t-il un médecin dans l’avion ?" : qui ne répond risque 5 ans !"

    Le 12 avril 2007

    Et bien non ! Pour en avoir fait plusieurs fois l'expérience les compagnies aeriennes prennent votre N° de conseil de l'ordre non pas pour vous remercier mais pour vous retrouver au cas où ! Quand aux milles en bonus cela arrive exeptionnellement le plus souvent en quémandant malheureusement !

    Dr Lafay (Réunion, Paris, Réunion)

  • ""Y a-t-il un médecin dans l’avion ?" : qui ne répond risque 5 ans !"

    Le 12 avril 2007

    J'ai eu l'occasion de prendre à plusieurs reprises des vols réguliers sur la compagnie Corsair, et ait proposé mes services à deux ou trois reprises. La dernière fois, il s'agissait d'un garçon de 12 ans avec une suspiçion d'appendicite. Je peux vous dire que dans la mallette en question, il n y avait ni anti-émétiques, ni anti-spasmodiques, ni antalgiques et que ceux-ci ont été fournis par l'un ou l'autre passager qui en avait. Si nous sommes tenus d'intervenir, que les compagnies se donnent les moyens de nous permettre d'agir. De plus en plus de personnes âgées voire atteintes de maladies chroniques prennent l'avion, les trousses médicamenteuses se doivent d'être complétées pour répondre à cette catégorie de personnes et de leurs pathologies.

    Dr Thierry Messiaen

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