A Calais, femmes et enfants migrants au centre des inquiétudes

Paris, le mardi 23 février 2016 – Même si s’éloigne la perspective d’une évacuation précipitée de la zone sud de la "jungle"  de Calais où seraient installées entre 800 et 1 000 personnes selon la préfecture et près de 3 500 selon les organisations, les associations humanitaires qui refusent cette solution mais ne se satisfont cependant pas de la constitution de bidonvilles , continuent à dénoncer les conditions d’accueil déplorables des "migrants". Le sort des femmes et des enfants est notamment au centre des préoccupations.

Un enfant de 7 ans dans la boue et le froid

Depuis plusieurs semaines déjà, le Secours catholique – Caritas France, Médecins du monde et l’Unicef alertent sur la situation des mineurs isolés à Calais. En dépit de l’ordre donné par le Conseil d’Etat aux pouvoirs publics de procéder au recensement et à la protection des mineurs isolés en situation de détresse, ces mesures n’avaient toujours pas été mises en œuvre début février. Si depuis cette dernière alerte, une campagne de vaccination expresse contre la rougeole a été organisée, de nombreux éléments inquiétants demeurent.

Le Défenseur des enfants, Geneviève Avenard, présente sur place hier, a ainsi évoqué des « enfants dans la boue et le froid », situations excluant selon elle un « démantèlement » express et autoritaire de la jungle. Selon Geneviève Avenard, quelques 326 mineurs isolés évoluent à Calais (dont 293 dans la zone sud), dont 80 % ont entre 15 et 18 ans. « La prise en charge et le recensement de chaque enfant doivent être organisés et les catégories d’enfants doivent être déterminées » a martelé Geneviève Avenard qui a encore ajouté que certains faits « dépassaient ce qu’on pouvait imaginer ».

Des femmes enceintes livrées à elles-mêmes et refusant parfois les soins

Ce sentiment « d’inimaginable » est évoqué par la plupart des bénévoles qui officient sur les sites où sont rassemblés les migrants à Calais. « C’est pire ce que tout ce que nous avons vu dans le passé, on préférerait être dans un camp en Somalie, sauf que ça se passe en France. A Grande-Synthe, les gens vivent dans 20 centimètres de boue, dorment dans des tentes d’un mètre de haut, se lavent comme ils peuvent » raconte ainsi le vice président de Gynécologie Sans Frontière, le docteur Richard Matis. L’association a mis en place un service « mobile » à bord d’une camionnette dont l’objectif est d’assurer le suivi des femmes. Ces dernières seraient en effet exposées à un risque de violences (notamment sexuelles) élevé, tandis que beaucoup redoutent de faire appel aux structures sanitaires locales de peur de ne pouvoir regagner le camp. « Notre but n’est pas de se substituer aux structures sanitaires existantes, mais de favoriser les contacts et les transferts des migrants vers ces hôpitaux et cliniques. Nous servons d’intermédiaire et c’est nécessaire, il y a beaucoup de résistance de la part des femmes qui doivent se rendre à l’hôpital » raconte sur le site de l’Express, le docteur Matis. L’accent de Gynécologie sans frontières est notamment mis sur la quarantaine de femmes enceintes recensées, afin notamment qu’elles puissent bénéficier d’un suivi avant l’accouchement. L’organisation offre également son accompagnement à celles qui souhaitent mettre un terme à des grossesses non désirées (issues parfois de viols durant le voyage).

Un travail de longue haleine qui risque d’être anéanti par une évacuation brutale

Décrivant des situations parfois inextricables, des conditions d’intervention plus rudimentaires que dans certaines zones de guerre, les associations s’opposent cependant (paradoxalement en apparence) à un démantèlement musclé et ont formé un recours dans ce sens devant la justice qui doit être examiné aujourd’hui, tandis que le gouvernement a déjà donné des gages en faveur d’une évacuation progressive. Les associations font en effet valoir qu’elles ont conduit depuis plusieurs mois un travail destiné à améliorer les conditions d’accueil, que des campagnes de vaccination ont été menées et que certaines personnes ont pu être positivement accompagnées : un travail de mise en confiance qui pourrait être totalement sapé par une intervention brutale.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article