A cœur vaillant…

Christian Cabrol et son equipe à l'époque de la première greffe cardiaque en Europe

Paris, le lundi 19 juin 2017 – Il trouvait que le travail de la terre était trop dur. Bien sûr, en fils zélé, il aidait ses parents aux champs dès que ses travaux scolaires le lui permettaient. Mais, secrètement, il espérait qu’il pourrait se destiner à une autre profession. Le métier de son grand-père, médecin de campagne, le fascinait.

Pas exactement une vocation marquée par la "facilité", mais Christian Cabrol était en réalité loin de se dérober face à l’ampleur de la tâche.

Une silhouette reconnaissable entre toutes

Il débute ses études de médecine au lendemain de la Libération, lui le grand admirateur du maréchal Philippe Leclerc de Hauteclocque dont il a toujours conservé un portrait dans son bureau. La Pitié Salpêtrière lui ouvre les bras : il fait son internat auprès du professeur Gaston Cordier, dont un bâtiment du célèbre hôpital porte aujourd’hui le nom. Le chirurgien ne quittera d’ailleurs la Salpêtrière tout au long de sa carrière que pour une escapade de quelques mois aux Etats-Unis où s’initiant à la chirurgie à cœur ouvert auprès du pionnier Walton Lillehei, il fait la connaissance d’un certain Christiaan Barnard. S’il fait moins figure de héros hollywoodien que le chirurgien sud-africain, Christian Cabrol partage avec lui un même tempérament optimiste et une détermination à toute épreuve. Ainsi, en dépit des protestations et des réticences de nombreux de ses collègues, il pratique au printemps 1968 la première transplantation cardiaque d’Europe. Les premières années seront difficiles : les patients ne survivent généralement que quelques jours ou quelques semaines et sur les tableaux des amphithéâtres, on trouve parfois inscrit à la craie : « Cabrol assassin ». Sourire toujours aux lèvres, silhouette de géant reconnaissable entre toutes, Christian Cabrol n’a que faire de ces attaques. Il est convaincu du bien fondé de cette option thérapeutique. L’arrivée de la ciclosporine lui donnera raison. Et il poursuivra son travail de pionnier en réalisant la première transplantation cardio-pulmonaire en Europe en 1982 et la première implantation d’un cœur artificiel en Europe. 

Tout est facultatif, même les études de médecine 

Pour faire vivre cette discipline, le praticien créera une véritable école. « Il avait une grande capacité à entraîner les hommes. Et il était toujours présent. Quand on opérait, fatigués, au milieu de la nuit, le téléphone sonnait. C’était lui. Sa phrase était toujours la même : il disait : Vous en êtes où les petits gars ? », raconte Alain Pavie qui fut son élève et est aujourd’hui patron de l’Institut de cardiologie que Christian Cabrol s’est battu pour ouvrir.  Le praticien connaissait cependant également quelques épisodes de colère froide, dont certains étudiants d’anatomie se souviennent encore. A un carabin qui demandait si les « cours de dissection étaient obligatoires », il asséna « Tout est facultatif, même les études de médecine ». Mais parfois cassant avec certain de ses confrères, il était d’une disponibilité sans égale pour ses patients. Il tenait à se montrer toujours rassurant (paternaliste remarqueront certains) et bienveillant pour ceux auxquels il consacra toute sa vie.

Jamais loin de la Pitié

S’il a abandonné les blocs opératoires à 65 ans (et la voile vers 80), Christian Cabrol continuait à militer activement en faveur du don d’organes, au côté notamment de sa célèbre patiente Mireille Darc.

Militant politique, il avait été élu conseiller de Paris à plusieurs reprises et député européen dans les rangs du RPR et de l’UMP. Il s’est éteint à l’âge de 91 ans ce vendredi dans l’hôpital qu’il n’aura jamais vraiment quitté et dont un bâtiment pourrait un jour porter son nom au côté de celui de son maître Gaston Cordier.

Aurélie Haroche

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