À cœur vaillant, moins de dépression !

À plusieurs reprises, nous avons déjà constaté que des affections psychiatriques ont aussi des répercussions fâcheuses dans le domaine cardiovasculaire, même indépendamment d’éventuels effets indésirables de certains traitements psychotropes. Une étude réalisée au Brésil évoque cette fois la question symétrique : l’état de santé cardiovasculaire a-t-il une incidence sur une affection psychiatrique, en l’occurrence sur le risque de dépression ?

Exploitant les données d’une enquête longitudinale sur la santé des adultes (ELSA-Brasil : Brazilian Longitudinal Study of Adult Health)[1], les auteurs ont inclus 9 214 participants (âgés en moyenne de 52 ans ± 9 ans, avec 48,6 % de femmes). Les résultats de cette recherche permettent d’apporter une réponse positive à la question posée : oui, le niveau de santé cardiovasculaire (évalué ici d’après l’index ICH[2]) influe effectivement sur le risque de dépression chez l’adulte. Après traitement statistique des données (régression de Poisson[3] et modèles ajustés pour des facteurs sociodémographiques et le niveau de consommation d’alcool), avec répartition des sujets en trois groupes (index ICH « optimal », « intermédiaire » ou « médiocre ») et évaluation des états dépressifs par l’outil Clinical Interview Schedule-Revised[4], les auteurs ont réalisé des « analyses stratifiées selon l’âge et le sexe. »

Triplement du risque de dépression en cas de mauvaise santé cardiovasculaire

L’incidence globale de dépression à 3,8 ans de suivi est de 1,5 %, mais les risques se distribuent différemment, en fonction des évaluations initiales de l’index ICH (IC=95%) :

– un « index optimal » est associé à une baisse du risque de dépression ultérieure : Odds Ratio OR = 0,84 [intervalle de confiance à 95 % IC 0,73–0,96] ;
– un « index intermédiaire » est associé au contraire à une augmentation de ce risque de dépression future : OR = 2,48 [IC 1,06–5,78] ;
– et un « index médiocre » alourdit encore davantage ce risque : OR = 3 [1,28–7,03].

Les auteurs constatent ainsi qu’un index global de mauvaise santé cardiovasculaire augure non seulement d’une aggravation du risque dans ce domaine, mais prélude également à un « triplement du risque de dépression » chez l’adulte concerné. En plus d’un intérêt propre en matière cardiovasculaire, la prévention et le traitement des facteurs de risque cardiovasculaire contribuent donc aussi à réduire la probabilité d’un état dépressif.

[1] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22234482
[2] Proposé par la célèbre American Heart Association, cet index composite (Ideal Cardiovascular Health) synthétise des informations pour sept facteurs de risque cardiovasculaire : tabagisme, habitudes diététiques, index de masse corporelle, tension artérielle, glycémie, taux de cholestérol et niveau d’activité physique. https://www.internationaljournalofcardiology.com/article/S0167-5273(15)00289-2/pdf
[3] https://perso.univ-rennes1.fr/valerie.monbet/ExposesM2/2013/RegressionPoissonAR.pdf
[4] https://www.researchgate.net/publication/224966792_The_Clinical_Interview_Schedule-Revised_CIS-R-Malay_Version_Clinical_Validation

Dr Alain Cohen

Référence
Brunoni AR et coll.: Association between ideal cardiovascular health and depression incidence: a longitudinal analysis of ELSA-Brasil. Acta Psychiatrica Scandinavica, 2019: 140; 552–562.

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