A propos de la stimulation magnétique transcrânienne contre la dépression

La gestion d’une dépression résistante au traitement constitue un « défi », rappelle une équipe de Sydney (en Australie). Comparativement à la dépression répondant au traitement, la sévérité de la dépression résistante est souvent plus grande, ainsi que les risques liés au traitement.  À partir d’une étude de cas, les auteurs évoquent plusieurs questions relatives à la place de la stimulation magnétique répétitive transcrânienne (SMRT)[1] dans l’approche thérapeutique de la dépression. D’abord, « est-il logique de proposer cette SMRT après une électroconvulsivothérapie (ECT) ? » Ensuite, quel protocole de SMRT est-il le plus approprié ? Enfin, le coût de cette technique (pour les patients et les organismes d’assurances-santé) est-il un critère à considérer dans l’extension de ses préconisations ? D’autant plus que, dans la vignette clinique illustrant cet article (chez une patiente de 47 ans ne répondant à l’ECT qu’au prix d’effets latéraux « intolérables » sur la cognition et la mémoire), la pratique de 40 séances de SMRT n’a rapporté « aucun bénéfice subjectif pour l’intéressée. »

En fait, des réponses documentées aux questions précédentes nécessiteraient d’en savoir davantage sur le mode d’action de la SMRT contre la dépression, en particulier sur les facteurs influençant son efficacité  éventuelle. Certes, quand une dépression ne répond à aucun traitement classique, tout progrès (même minime) apporté par une méthode nouvelle (comme la SMRT) paraît préférable à une absence totale d’efficacité, mais il faudrait que la prise de décision (pour accepter une telle thérapie « alternative ») demeure « fondée sur des bases logiques et des preuves » remontées de l’expérience clinique, avec une prise en compte soigneuse des bénéfices attendus, comparativement au coût prévisible de ce nouveau traitement, moins courant que d’autres approches traditionnelles : chimiothérapie, psychothérapie, ECT...

Dans l’attente d’une meilleure compréhension des mécanismes de la SMRT, les auteurs conseillent une plus grande vigilance pour s’assurer que les patients ne reçoivent pas des traitements d’une efficacité indéterminée, mais d’un coût certain.

[1] http://www.chu-rouen.fr/page/stimulation-magnetique-transcranienne

Dr Alain Cohen

Référence
Malhi GS et coll.: Do we need to know more about repetitive transcranial magnetic stimulation in the treatment of depression? Aust N Z J Psychiatry 2019 ; 53 (6) : 505–508.

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Vos réactions (2)

  • Consulter Pubmed

    Le 20 août 2019

    Comme je le dis souvent un petit tour sur pubmed ne peut pas faire de mal... Le fonctionnement de la rTMS est connu depuis un petit moment déjà. Pour rappel cette technique est utilisée depuis 25 ans, elle fait parti de tous les algorithme de prise en charge internationaux et est pratiquée activement dans tous les pays développés (sauf en France qui se "tiers-mondise" à vitesse grand V depuis un certain temps en ce qui concerne la santé et à fortiori la Psychiatrie). La rTMS augmente la libération des monoamines de manière ciblée (cortex prefrontal), augmente le métabolisme de cette zone, restaure l'inhibition fronto-limbique, etc. Ça a été montré dans des études d'imagerie fonctionnel à de multiple reprises. Au niveau efficacité certain protocoles retrouvent 80% d'efficacité dans les dépressions résistantes et entre 30 et 60% pour des protocoles standards (ce qui est presque 2 fois mieux que les médicaments). Alors oui par contre il est pas logique de proposer de la rTMS après des ECT car comme disait un expert du sujet, si on compare les ECT à une bombe atomique (pour détruire la dépression, pas le cerveau) alors la rTMS c'est plus une frappe chirurgicale.
    Bref j'ai un peu de mal à comprendre la réticence à cette technique en France alors qu'il y a quasi aucun effet indésirable et que ça marche aussi bien que les antidépresseur voir mieux.

    AB

  • Foutaises

    Le 29 août 2019

    J'ai eu l'occasion de travailler dans un service utilisant la TMS.
    Bilan : foutaises. Les réponses écrites de patients étant falsifiées plus ou moins inconsciemment par le médecin retranscrivant les résultats...

    Dr S. SCAPA, PH 13, en retraite.

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