A propos de quelle innovation, les médecins et les patients sont-ils d’accord ?

Paris, le samedi 1er février 2019 – Les commentateurs de sondage font parfois preuve d’un esprit joyeusement candide. Analysant les résultats du Baromètre télémédecine de l’Agence du numérique en Santé, Gaël Sliman président d’Odoxa qui a réalisé ce panorama conclut : « Si les médecins pouvaient (…) convaincre leurs patients que la télémédecine ne déshumanise pas leur relation (…) et qu’elle est aussi efficace qu’une consultation présentielle (…) nul doute que cela doperait encore les usages ». Gaël Sliman s’appuie pour émettre une telle opinion sur la grande confiance accordée aux médecins par les patients, notamment sur ce sujet de la télémédecine puisque le baromètre met en évidence que 62 % des patients assurent qu’il suivrait l’avis de leur médecin si ce dernier leur conseillait de recourir à la télémédecine. Cependant, pour que les praticiens défendent l’absence de risque de déshumanisation associé à la télémédecine, il serait nécessaire qu’ils en soient eux-mêmes convaincus. Or, en la matière, médecins et patients nourrissent les mêmes appréhensions.

C’est l’avenir…

C’est en effet une des observations les plus marquantes de ce baromètre : professionnels de santé et patients ont les mêmes opinions en ce qui concerne la télémédecine. Côté points forts 72 % des professionnels de santé reconnaissent que cette pratique permet un gain de temps pour le médecin, un point de vue partagé par 57 % des patients. De la même manière 66 % voient dans cet outil un dispositif efficace pour faire face aux déserts médicaux et 68 % des professionnels de santé en sont eux-mêmes persuadés. Enfin, 55 % des professionnels de santé et des patients sont d’accord avec la formule consacrée : « C’est l’avenir ! ».

… mais pas un avenir totalement désiré !

Mais quand on s’intéresse aux défauts, on retrouve la même unanimité. Ainsi, 70 % des professionnels de santé estiment que la télémédecine déshumanise les soins, une opinion partagée par 75 % des Français. Les praticiens sont par ailleurs 69 % à redouter les risques de piratage soit une proportion parfaitement comparable à celle des Français nourrissant de telles craintes (72 %). Enfin, de la même manière 66 % des praticiens et 65 % des Français considèrent que la télémédecine augmente le risque d’erreurs médicales.

On retrouve la même similitude de perception quand on s’intéresse aux personnes déçues de la téléconsultation. Ils sont 29 % chez les patients et parmi eux la majorité évoquent notamment les obstacles techniques (mauvaises images, connexions déficientes) et le sentiment d’une confidentialité mal respectée. Les médecins quand ils regrettent des difficultés techniques (37 %) évoquent de la même manière des images décevantes ou des connexions instables.

Ainsi, en dépit de l’enthousiasme affiché par les décideurs (et les instituts de sondage !), on mesure combien la télémédecine dont les débuts ont été très timides se heurte encore à de nombreux obstacles non seulement pratiques mais également philosophiques.

M.P.

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