A Rome, l’épidémie de rougeole fait tousser les urgences

Des épidémies de rougeole surviennent chaque année à travers l’Europe, conséquence d’une couverture vaccinale insuffisante. L’épidémie de 2017 aurait touché 14 600 personnes dans l’Union européenne, avec le plus grand nombre de cas déclarés en Roumanie (n = 5 608) et en Italie (n = 5 098). Le haut niveau de contagiosité de la rougeole et le risque élevé de complications en fait un sujet de préoccupation pour les services de santé. D’autant plus qu’une épidémie de rougeole peut avoir un impact important sur le fonctionnement des services d’urgence, comme le montre une étude réalisée en Italie lors de cette épidémie de 2017.

Les auteurs ont relevé les passages aux urgences dans un hôpital de soins tertiaires de la ville de Rome, entre janvier et décembre 2017. Sur les 58 579 admissions, 218 portaient la mention « rougeole » ou « suspicion de rougeole ». Le temps médian entre l’apparition des premiers symptômes et la consultation aux urgences est de 5 jours (entre 1 et 20). Et alors que la majorité des patients étaient pauci-symptomatiques et ne présentaient pas de co-morbidités, seulement 28,6 % d’entre eux avaient pris un avis médical en ville avant de se présenter aux urgences.

Finalement, la rougeole n’est confirmée que dans 55,3 % des cas, exclue chez 26,2 % des patients et jugée « possible » ou « probable » pour 18,3 % d’entre eux. 57,7 % des patients ont été hospitalisés. Mais le statut vaccinal des patients étant rarement connu, plus de 8 patients sur 10 ont été placés à l’isolement en attendant les résultats des tests sérologiques, générant en moyenne 1,7 ± 0,8 jours à l’isolement. Le total des jours passés « inutilement » à l’isolement pour les personnes chez lesquelles la rougeole n’est pas confirmée se monte à 106,4 jours. Par ailleurs, notons que bien que seulement 1 personne sur 10 présente des signes radiologiques de surinfection bactérienne et 7 sur 10 ont reçu une antibiothérapie. Finalement, l’analyse des données ne montre pas de différence significative dans la prise en charge des patients dont la rougeole était avérée et les autres (temps passé à l’isolement, taux d’hospitalisations et d’antibiothérapies).

Ces données illustrent l’impact que peut avoir une épidémie de rougeole sur les services de santé, avec le mésusage des services d’urgence et les coûts, humain et financier, associés. Et cela, pour une maladie qu’il est possible de prévenir par la vaccination.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Ceccarelli G et coll.: Impact of the 2017 measles outbreak on the emergency care system of a large tertiary-care teaching hospital in Italy : a retrospective analysis. European Journal of Public Health, ckz056, https://doi.org/10.1093/eurpub/ckz056. Publié le 16 avril 2019.

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Vos réactions (6)

  • Quelle histoire!

    Le 11 juin 2019

    Quelle histoire pour une maladie infantile naturelle, bénigne, que l'on n'hospitalisait pas et qui guérissait en 8 jours !
    C'est maintenant devenu une maladie "potentiellement" mortelle, avec 50% d'hospitalisations (?) et vaccination obligatoire.
    Comme quoi, même en médecine, on peut réécrire l'histoire.

    Dr Bernard ALBOUY

  • Plus on vaccine et plus on a de flambées !

    Le 12 juin 2019

    Vous avez un peu de retard dans vos statistiques et il est inexact de parler de CV insuffisante car jamais elle n'a été aussi élevée... Du 1er février 2018 au 31 janvier 2019, il y a eu 12.266 cas de rougeole recensés en Europe dont 70% ont été certifiés. La France a été en tête avec 2800 cas (soit 42 cas/ million habs), seconde l'Italie avec 2632 cas (43/M), 2 pays avec obligation vaccinale (Aout 2017 pour l'Italie et Janvier 2018 pour la France) et 44,3% des cas européens. A noter en 6è place, la Slovaquie avec 614 cas (113/M) malgré une CV >95% en 2017. 6500 cas avaient plus de 15 ans et 2500 moins d'1 an, conséquences de la vaccination de masse. Sur les 4 premiers mois de l'année, 168 cas dans la région de Rome avec CV= 96% contre 4 cas dans le Trentin avec CV= 82% (opposition vaccinale). Age moyen de la maladie en Italie = 29 ans. Remarquons qu'en Ukraine en 2016, 90 cas de rougeole avec CV = 31% et une cinquantaine de cas annuels les 3 années précédentes. OMS, Unicef et Ministère ont alors lancé une campagne de vaccination de masse en 2017 (en raison d'une CV basse mais sans besoin sanitaire) où 93% des enfants d'1 an ont été vaccinés à 1 dose et 91% à 2 doses à 5 ans. Résultats 1er semestre 2018, sur les 41.000 cas de rougeole de l'UE, 23.000 ont eu lieu en Ukraine qui a fini l'année à 54.000 cas et 16 morts. Y'a comme qui dirait un problème !

    Serge Rader

  • D'autres souvenirs bien différents

    Le 12 juin 2019

    Au Dr ALBOUY : nous n'avons pas tous le même vécu ou la même mémoire. En deuxième année en pédiatrie à l'hôpital Trousseau, mon premier décès : une fillette de 4 ans, à cause de la rougeole. Et plus tard, interne en unité d'isolement en pédiatrie : des rougeoles dont 10 % passaient en réa! Bien sur beaucoup venaient de familles défavorisées comme il y en a encore tant.
    Alors vive les vaccins.

    Dr Jean-Pierre Lamagnere

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