Accès aux soins : premiers frémissements, avant de multiples bouleversements à venir

Paris, le mardi 10 juillet 2018 – En octobre 2017, le gouvernement présentait un plan dédié au « renforcement de l’accès territorial aux soins ». Sans être révolutionnaire, ce programme se promettait cependant de recourir à l’ensemble des mesures et des méthodes dont l’efficacité avait pu être mise en évidence. Il s’agissait en outre de mieux prendre en compte la spécificité des territoires et d’insuffler de la souplesse dans le système. Pour assurer le bon déploiement de ce plan, un comité de pilotage composé de l’ensemble des "acteurs" concernés, invités par ailleurs à adopter une charte commune, a été installé en février dernier. La seconde réunion de ce groupe a permis l’établissement d’un premier bilan et la confirmation de plusieurs annonces.

Dynamique favorable

S’il se garde bien de présenter des statistiques précises en la matière, le gouvernement l’assure : on constate ces derniers mois une évolution positive. « De premiers résultats se font sentir sur certains territoires. Les ARS ont identifié près de 1 000 intercommunalités rencontrant des difficultés particulières (…) : dans plus de 800, elles ont déjà pu soutenir une dynamique favorable » constate Agnès Buzyn. Des éléments un peu plus concrets soutiennent cette appréciation : le ministre a ainsi « souligné la montée en puissance des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), dont 200 projets sont recensés à ce jour ».

ASALEE : un succès à peine pérennisé

Pour obtenir ces résultats, plusieurs "chantiers" ont été mis en place. D’abord, mieux définir les localités nécessitant une attention particulière. Une réforme du zonage est en cours : on considère ainsi désormais que « les territoires éligibles aux aides conventionnelles rassemblent ainsi près de 18 % de la population française, contre 7 % auparavant ». Ces aides auxquelles s’ajoutent celles de l’État sont nombreuses mais mal connues. D’où l’idée de mettre en place dans chaque ARS un guichet unique pour gagner en visibilité. Le 10 avril dernier, toutes les ARS ont reçu une instruction concernant ce dispositif. Ces guichets, désormais opérationnels, restent néanmoins peu connus des jeunes médecins. Outre une restructuration des aides, le plan du gouvernement s’appuie sur le développement de la coopération entre professionnels de santé. Sur ce point également, ces derniers mois ont été fructueux. Ainsi, la pérennisation du dispositif ASALEE (Action de santé libérale en équipe) « qui permet la délégation de tâche vers des infirmiers pour la prise en charge des maladies chroniques en ambulatoire » a permis « un mois et demi après la signature de l’avenant, le recrutement de 115 infirmiers (70 équivalents temps plein) ».

De nouveaux bonus à venir

Mais sur tous ces plans comme sur d’autres, les bouleversements les plus importants sont à venir. Concernant les aides, la prime de 200 euros par mois « à destination des internes réalisant un stage ambulatoire en zone sous dense éloignée des universités » s’appliquera à partir du mois de novembre. De la même manière, la revalorisation du contrat de solidarité territoriale médecin (CSTM) actée le 15 juin dernier prendra effet à partir de février 2019 : dès lors « les honoraires liés à l’activité réalisée en zone sous dense seront bonifiés de 25 % (contre 10 % actuellement) ».

IPA : c’est demain (et ce ne sera pas nécessairement la folle indépendance)

Sur le terrain de la coopération entre les professionnels de santé, l’avancée majeure et attendue (presque qu’autant que redoutée) est la mise en place des infirmiers de pratique avancée (IPA). Le ministre a annoncé que les « textes (…) seront publiés très prochainement. Une dizaine d’universités devraient proposer une formation de niveau master dès septembre 2018 ». Si le contenu exact du décret n’est pas encore connu (et devrait être largement commenté), le dossier de presse du ministère précise bien que « les infirmiers en pratique avancée ont vocation à exercer au sein d’une équipe coordonnée par un médecin : cela pourra être en établissement de santé, en structure de soins primaire en ambulatoire (dont les maisons ou centre de santé pluriprofessionnels) ou encore en assistance d’un médecin spécialisé ». L’intervention de l’IPA se fera par ailleurs dans le cadre « d’un protocole d’organisation arrêté au sein de l’équipe » : ces différentes précisions pourraient susciter quelques regrets chez ceux qui espéraient qu’une plus large indépendance serait octroyée aux infirmiers de pratique avancée.

Télémédecine et activités multisite : l’avenir ?

Enfin, soulignons encore au titre des "innovations" attendues pour améliorer l’accès aux soins : l’entrée en vigueur des tarifs de la téléconsultation dès septembre (même si certains redoutent la constitution d’une "usine à gaz"), l’application prochaine de l’accord trouvé avec l’Ordre des médecins pour faciliter l’activité multisite ou encore la création d’un cadre d’exercice des « assistants partagés ville/hôpital (…). Cela permettra à la première promotion (100 jeunes médecins) de recevoir dès novembre 2018 un financement pour deux ans ».

Comment allier cadre et souplesse ?

Ces différentes innovations suscitent pour la plupart un intérêt bienveillant de la part de l’ensemble des "acteurs", même si un certain flou est parfois redouté. Ainsi, concernant les CPTS, le Syndicat des médecins libéraux (SML) considère nécessaire de « rendre plus homogène » leur « contenu (…) à l’aide d’un cadre défini, surtout dans l’optique de doter celles-ci d’un financement conventionnel, à condition de préserver une souplesse de mise en œuvre ». Une gageure jugeront certains !

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (2)

  • C'est sympa pour les autres !

    Le 23 juillet 2018

    Infirmieres de pratiques avancées, c'est sympa pour les autres! Elles ont des pratiques reculées surement.
    Je serais curieux de voir la tete de l'E.T qui a pondu cette denomination.
    Au Secours, ma retraite vient me chercher.

    Jean-Claude Plessier

  • Pauvre Hippocrate

    Le 23 juillet 2018

    La Belle affaire, apres ce sera le medecin virtuel en visuel avec une voix metallique, j'en met mon stetho à couper.
    La vraie medecine c'est le regard en face, le timbre de la voix, le toucher, l'odeur, c est ceci qui aide et soulage le malade.

    Pauvre Hippocrate.

    Dr Jean-Claude Plessier

Réagir à cet article